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Editorial : La polémique de la gratuité au campus

Ils ne veulent pas entendre parler des inscriptions payantes. Considérant que la gratuité de l’enseignement supérieur décrétée par le précédent régime est un droit acquis, les étudiants sont sur le qui-vive. Pour eux, rien ne saurait justifier la remise en cause de cette mesure sociale, dont tout semble indiquer qu’elle a été prise sur un coup de tête. Dès qu’il a été annoncé la reprise des inscriptions payantes dans les universités publiques, les associations estudiantines ont haussé le ton. Il est vrai que le timing adopté par le ministère de l’enseignement supérieur manque d’élégance. Ce n’est pas à la veille de la rentrée académique qu’il faut annoncer que les règles du jeu ont changé. Il aurait fallu le faire savoir un peu plus tôt aux étudiants. Ces derniers refusent d’avaler cette pilule amère.
Requinquées par la Cour constitutionnelle qui les a rétabli dans leurs droits, les associations estudiantines ont embouché la trompette des contestations. Jugeant la mesure hâtive, ils sollicitent du gouvernement un moratoire d’un an. Ce délai de grâce est censé leur permettre de prendre toutes les dispositions utiles pour commencer à mettre la main à la poche dès l’année prochaine. La démarche n’est pas mauvaise. Les étudiants qui ont réclamé de tout temps le renforcement des mesures sociales sont dans leur rôle. Mais ils oublient qu’ils se font du mal en insistant pour être formés sans frais. Si les conditions matérielles devant concourir à leur formation ne sont pas réunies, leur cursus universitaire sera assimilé à un véritable chemin de croix. Les enseignants et le personnel administratif et d’encadrement, nullement motivés, se feront une joie de bâcler leur travail au nom de l’insuffisance des moyens.
Sentant le danger venir, les recteurs des universités publiques nationales ont adressé une correspondance au ministre de l’enseignement supérieur. Ayant fait les frais de la gratuité ces dernières années, ils n’ont pas tardé à mettre le gouvernement face à ses responsabilités. Pour eux, le report des inscriptions payantes relance la problématique du financement de nos universités. Sans détour, ils affirment que ce sont les ressources provenant des inscriptions qui leur permettent de faire face, un tant soit peu, à leurs charges. Pis, les subventions destinées à soutenir la gratuité de l’enseignement supérieur n’ont jamais été libérées depuis une dizaine d’années. Si le gouvernement se range du côté des étudiants, les recteurs suggèrent au chef de l’Etat de mettre en place à temps des mesures d’accompagnement. Ils souhaitent aussi l’appui financier de l’Etat dans le recrutement des enseignants qualifiés et dans la construction d’amphithéâtres et de laboratoires modernes.
En attendant la réponse du gouvernement, les étudiants ne jurent que par la gratuité, oubliant qu’ils seront encore les seuls à ramasser les pots cassés. L’Université prépare à la vie active et il est de bon ton que les futurs travailleurs mettent la main à la poche pour s’assurer une formation professionnelle de qualité. Si ces dernières années, l’Université d’Abomey-Calavi est devenue un champ de batailles, c’est bien parce que la gratuité mal pensée a montré ses limites et les étudiants en sont venus à être identifiés comme des badauds ou des cas sociaux. Aujourd’hui encore, les séquelles de ces soulèvements sont visibles sur le campus. Quelle que soit la décision qui sera prise par le gouvernement, il lui appartient de l’assumer entièrement, sans faux fuyant. Sans quoi, l’année académique en cours, voulue calme et apaisée, sera à coup sûr, mouvementée. Dans ce cas de figure, ce sont encore les étudiants qui seront pénalisés.

16-11-2017, Moïse DOSSOUMOU


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