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En vérité : Ils l’ont fait !

Rien ne les a arrêtés dans leur élan. La vive réprobation de l’opinion manifestée par de virulentes critiques n’a pas entamé la détermination des élus du peuple. A l’image du buffle, ils sont allés droit au but. La commission des lois de l’Assemblée nationale n’a fait qu’annoncer les couleurs. Les jérémiades et les mises en garde de l’opposition n’ont pas ému les députés du Bloc de la majorité parlementaire qui ont déroulé leur plan sans se soucier du qu’en dira-t-on. Les innovations apportées au code électoral sont effectives depuis hier. Souveraine, la plénière a validé, à quelques exceptions près, le travail préliminaire accompli par les membres de la commission des lois. En étude depuis le jeudi dernier, le code électoral nouvelle version qui fait tant jaser a finalement été voté. Cet acte majeur accompli par la Représentation nationale sonne le glas des vieilles habitudes qui avaient cours dans le landerneau politique.
En termes d’innovations, les députés ont vraiment osé. Désormais, comme on le savait depuis peu, la caution des candidats à l’élection présidentielle est portée à 10% du montant maximal autorisé pour la campagne électorale, soit 250 millions. Pour la dernière présidentielle, celle de 2016, elle n’était que de 15 millions. La facture est tout aussi salée pour les aspirants à la fonction législative. Là également, la nouvelle caution pour les listes en compétition est égale à 10% du montant maximal de dépenses autorisées par candidat pour la campagne électorale. La somme de trente millions étant prévue par candidat, il s’ensuit que chacun déboursera un montant de trois millions, qui multiplié par 83 donne un chiffre de 249 millions. De quoi donner le tournis à ceux et celles qui nourrissent l’ambition de siéger au palais des gouverneurs pour le compte de la 8ème législature. Mieux, contrairement à ce qui se faisait jusque-là, les alliances de partis ne peuvent plus participer au scrutin législatif.
Seules les formations politiques régulièrement créées et enregistrées selon les dispositions de la nouvelle charte des partis politiques seront admises à affronter ces joutes électorales. L’autre question qui fâche, celle relative au quitus fiscal exigé de tout candidat, a été maintenue. Dans la droite ligne des innovations, les listes qui aspirent à obtenir des sièges au parlement devront réunir 10% des suffrages exprimés au plan national. C’est dire que la bataille électorale qui pointe à l’horizon sera des plus impitoyables. Du côté des éléments des forces de défense et de sécurité et assimilées, c’est plutôt le désarroi. Il leur faudra présenter leur démission un an avant les échéances électorales, avec une dérogation de six mois pour les prochaines législatives. Les plus heureux qui peuvent garder le sourire, ce sont les anciens chefs d’Etat qui sont admis à postuler à ces élections sans renoncer aux avantages liés à leur statut. A ce niveau tout au moins, la clameur de l’opinion a été entendue.
La tache noire enregistrée au cours de ce vote fut le refus des élus du peuple de faire un clin d’œil aux jeunes. L’amendement qui consiste à fixer l’âge d’éligibilité des candidats à partir de 20 ans a été rejeté. 25 ans révolus, c’est l’âge minimum requis pour être candidat aux législatives. Fidèles aux motivations ayant conduit à la réforme du système partisan, les députés ont donné leur caution pour le bouleversement des mœurs politiques. Dorénavant, tout le personnel politique se remettra en cause. La refonte des anciens partis en de grands blocs déjà en cours participe de la nouvelle dynamique. En ligne de mire, les députés eux-mêmes candidats à leur propre succession iront au charbon.
L’issue des prochaines élections renseignera l’opinion sur la pertinence de ces réformes. Après la Conférence nationale, voici venu le temps d’un nouvel ordre politique. Comme quoi, « quand la musique change, les pas de danse aussi changent ».

4-09-2018, Moïse DOSSOUMOU


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