En vérité : Le juteux trafic des gares

Moïse DOSSOUMOU 26 août 2020

Le contraste est saisissant. Des millions y sont brassés chaque semaine, mais l’aspect des lieux laisse à désirer. Les gares routières du pays sont dans un état tel que les usagers n’éprouvent aucun plaisir à s’y aventurer. Points de regroupement des voyageurs en partance dans diverses régions du pays, elles sont de fait incontournables. De gré ou de force, les populations s’y rendent dans l’objectif de prendre un moyen de transport qui les conduira à destination. Une fois sur place, la vétusté des infrastructures qui rime le plus souvent avec l’insalubrité qui y règne écœure plus d’un. Ces lieux de brassage et de trafic par excellence devraient présenter un aspect attrayant et propre. Force est de constater que chaque usager contribue à les salir davantage. Comme s’il s’agissait d’une compétition, chauffeurs, racoleurs, représentants des syndicats, gestionnaires, vendeuses et même les passagers s’arrangent pour y apporter une part de saleté.
Chaque jour, toutes les fois qu’un véhicule fait le plein de voyageurs et s’ébranle hors des parcs, une taxe est exigée au chauffeur qui s’en acquitte avant de démarrer. Le mécanisme est si bien rodé que cela devient un réflexe. Les récalcitrants qui veulent passer entre les mailles de cette contrainte en ont souvent pour leur grade. Quand le véhicule n’est pas immobilisé pendant de longues heures, le conducteur est sommé de payer des amendes après d’interminables conciliabules et mises en demeure avant de reprendre son activité. Les maîtres de ces lieux sont incontestablement les individus pompeusement baptisés du titre sulfureux de « syndicats ». Souvent installés dans de bonnes conditions à l’ombre, ils devisent gaiement en attendant que les chauffeurs viennent leur faire allégeance par le prélèvement des taxes. Quotidiennement, c’est à plusieurs reprises qu’ils échangent les liasses de ticket contre des espèces sonnantes et trébuchantes.
A quoi sont destinés ces fonds ? Qui s’occupe de leur gestion ? A combien s’élèvent ces prélèvements qui durent depuis une éternité ? Les syndicats des transporteurs passés maîtres dans l’art d’opérer ces taxations ont quelles obligations vis-à-vis des pouvoirs publics qui laissent prospérer ces agissements ? Selon les lois sur la décentralisation, les communes ont la compétence de l’aménagement, de l’érection et de la gestion des gares routières. Dans les faits, ce n’est pas souvent ce qui est constaté. Si les populations et usagers indexent souvent les pouvoirs locaux quant à leur passivité pour ce qui est de l’état dégradant des gares routières, très peu se posent des questions sur l’utilisation du pactole collecté quotidiennement par les soi-disant syndicats. Dans l’ordre normal des choses, seuls les services de la commune en partenariat avec les organisations des conducteurs devraient faire ces ponctions auprès des conducteurs de véhicules légers et bus.
Ces sous ne sont pas censés se retrouver dans d’autres caisses hormis celles des pouvoirs publics, même si on peut convenir pour certaines raisons qu’une répartition peut être faite de commun accord entre la personne publique et les syndicats en question. Les ressources propres des communes n’en seraient que plus renforcées. Au nom d’une saine gestion des fonds collectés çà et là, les maires gagneraient à miser sur la transparence en révolutionnant certaines pratiques. Il est impérieux que les collectivités locales soient plus regardants sur cet aspect qui fait plein d’heureux sur les parcs au détriment d’autres. Lorsqu’on se retrouve du bon côté, sans faire trop d’efforts, on peut s’en mettre plein les poches sans un investissement en retour sur les infrastructures qui accueillent ces trafics. Charlemagne Yankoty, maire de Porto-Novo a si bien compris l’enjeu qu’il a suspendu depuis le 19 août dernier « toute activité syndicale relative à la délivrance de tickets aux usagers et toute opération tendant à percevoir des frais auprès des conducteurs de mini-bus et de véhicules légers de transport en commun » dans sa commune.



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