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Alougbine Dine : « … Qu’on arrête de faire du désordre à l’ensemble artistique national... »

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Quelles ont été les raisons de votre départ précipité de la tête du théâtre national ?
On ne saurait dire qu’il y a eu un départ et que je suis parti du théâtre national. J’ai eu un petit contrat qui est arrivé à sa fin. Maintenant, le théâtre national peut se reconstituer à chaque fois. Je crois que c’est ce qui s’est passé. Ils ont fait appel à d’autres. Mais ce que je puis dire, c’est vrai qu’il y a eu des problèmes que j’ai soulevés. Je les ai soulevés dès le premier jour du rassemblement. Le directeur, Marcel Zounon m’a fait appel et m’a dit que nous allons faire une expérience de création de spectacle et ils m’ont soumis des contrats qui stipulent que les comédiens sont à 100000F et moi à 200000F. Je devais créer le spectacle dans un délai déterminé et je lui ai dit que ce n’est pas normal ces prix, que ce n’est pas bon pour les artistes. Et lorsqu’on a regroupé tous les comédiens à la salle de spectacle du Fitheb, j’ai dirigé la rencontre avec le directeur et il a présenté le projet. On allait faire une audition avec ces comédiens et je leur ai dit de se prononcer sur les clauses du contrat, notamment si le salaire leur convient, et personne n’a parlé. Ils m’ont répondu en disant, puisqu’ils ont vu mon nom, et que je cautionne, qu’ils sont obligés de se taire. J’ai rétorqué qu’ils n’ont pas à se taire si cela ne leur convenait pas et que moi quand je veux faire une création, je mobilise de l’argent pour payer les comédiens, je ne lésine pas sur les moyens, et nous sommes au théâtre national. Donc, mieux que moi, le théâtre national devrait payer les gens parce que c’est l’endroit où le plus, on doit valoriser la profession. Le directeur a dit que c’est un sacrifice, et j’ai répliqué qu’on ne peut pas faire un sacrifie au théâtre national. Ce n’est pas normal. Le Fonds d’aide à la culture (Fac) distribue de l’argent gratuitement à des gens qui achètent des voitures, se donnent une belle vie. Et le théâtre national, s’il n’a pas d’argent, qu’il prenne de l’argent au fonds pour payer. Le fonds est fait pour cela. Et qu’on paye les gens normalement comme on devrait les payer. On ne va pas demander à des comédiens qui vont travailler d’arrache-pied d’accepter d’être mal payés, de se sacrifier alors qu’on donne des millions à des charognards. Donc, moi j’étais révolté contre ce fait et le directeur a beaucoup parlé pour que les gens puissent accepter ces conditions, et qu’après qu’il va améliorer. Moi je leur ai dit que c’est déjà heureux qu’il veuille faire du théâtre, puisqu’ils ne font que de la danse. Voilà qu’il nous dit qu’il n’a pas d’autres moyens, donc on fera le travail à la mesure de ce qui est payé. C’est sur ça qu’on s’est entendu. Je dis qu’on ne pourra pas faire un grand spectacle. Qu’on fera un atelier et une restitution d’atelier, et c’est ce qui a été fait. Mais, le jour de la restitution, dans les fiches de spectacles qu’on a fait, on s’est arrêté à un moment donné de la pièce, pour aller à la réclamation de nos droits, à des revendications, et le ministre de la culture était là, à l’époque, c’était Jean Michel Abimbola. Et il était heureux de venir voir un théâtre national dans lequel on paie les comédiens après une session à 100000F. Ça devrait être une honte. Après une création, la base, c’est 300.000F que moi, je paie aux comédiens. Et c’est depuis 1997 que je paie 300.000F aux comédiens. Ça n’a pas beaucoup évolué, après, j’ai payé 400.000F quand je pouvais. Je crois qu’on ne peut pas dans tous les cas payer moins de 200.000F à des gens qui font un travail de ce type parce que c’est un métier libéral où on n’a pas de retraite. Et quand on prend des gens sur des projets, il faut les payer au moins raisonnablement. Au moins 200.000F voire 250.000F le mois, pour que les gens se sentent à l’aise. Tenez-vous bien, quand moi je paie 300.000F, c’est que je paie le déplacement aussi, et là-bas il n’y a pas ça du tout.
Et au besoin, parfois et le plus souvent d’ailleurs, je les héberge, je les nourris pendant ce temps là, pour plus de concentration sur le travail et d’efficacité. Et que le théâtre national banalise, minimise les comédiens de cette façon-là, moi je ne pouvais pas être d’accord. Mais cette revendication qui a eu lieu dans le spectacle n’a pas plu au directeur, ni au ministre. Ils m’en ont voulu, mais ce ne sont pas des gens qui peuvent quelque chose contre moi, donc cela m’importe peu. Le directeur lui-même, je l’ai déjà mis dans un spectacle où je l’ai payé. J’ai fait ce que j’avais à faire en ce temps-là, comme je le voulais et comme ma conscience me le dictait. J’ai la conscience dégagée.

Cette situation n’a-t-elle pas précipité votre départ du théâtre national ?
Non ! Ce n’est pas un départ précipité. Est-ce que c’est un départ ? Je n’ai pas fait un contrat à vie avec le théâtre national. J’ai mieux à faire. Mais après, ils ont été cherché les enfants avec qui j’ai travaillé et ils leuer ont payé moins de 100.000F, et les mêmes ont accepté. Ceux là qui ont revendiqué avec moi, ont accepté moins de 100000F. Allez-y voir.

Mais pour l’opinion, ils sont à 100.000F. Pourquoi dites-vous qu’ils ont perçu moins de 100.000F ?
C’est moins de 100000F. On leur a prélevé une taxe. Je parle de ce qu’ils ont reçu dans leurs mains. Mais moi je les laisse. Ils ont exploité la misère des jeunes parce qu’ils savent que les jeunes ont besoin de travailler, de s’exprimer. Ils sont allés les voir pour leur chanter des choses et ils ont choisi parmi eux le metteur en scène, et ils ont fait une autre expérience. Tant mieux. Ce que je réclame, c’est le traitement. A Marcel Zounon, j’ai dit que c’est de l’escroquerie érigée en système public que de payer 100000F au théâtre national à des comédiens.

Ce n’est pas la faute au Directeur. N’est-ce pas qu’il exécute juste le budget mis à sa disposition ?
Quel budget ! Si c’est le budget que l’Etat a mis à sa disposition qu’il fasse le travail de ce budget-là, et qu’il n’exploite pas les gens. Ce n’est pas normal que l’Etat exploite le citoyen.

Mais peut-il faire mieux avec 60 millions ?
Si ce n’est que 60 millions, pourquoi il ne discute pas avec son homologue du Fonds des arts et de la culture. Lui, il prend des millions au Fac, pour son propre ballet, la compagnie Towara. Pourquoi il n’en demande pas pour le théâtre national, pour mieux payer les gens. Ecoutez, les danseurs, ces gens qui exploitent leur corps, vous savez à combien ils sont payés ? 50000F. Et comme j’ai fait revendiquer les gens, ils les ont mis à 100000F, c’est heureux pour eux. Mais on aurait pu mieux les payer. Pour la transpiration, pour l’énergie qu’ils donnent au pays, je crois que c’est criminel de les payer de cette façon. Et depuis que le ballet national existe, on exploite, on escroque ces enfants-là. Quand ils sortent, leur perdiem est bouffé, les gens ne touchent pas ce à quoi ils ont droit. Depuis toujours, c’est ainsi, et ça continue à ce jour. Dites-leur de cesser d’escroquer les enfants. Qu’ils leur donnent ce qui leur revient après les tournées. Et il faut régler également une autre situation. Que ces directeurs de ballets ne prennent pas les marchés du ballet national pour les leurs. Et qu’on arrête de faire du désordre à l’ensemble artistique national.

De quels genres de désordre parlez-vous ?
Je peux ouvrir des fenêtres. Du désordre sexuel par exemple. C’est ahurissant ce qui se passe à l’Ensemble artistique national. Et cela ne date pas d’aujourd’hui. C’est devenu une tradition. Moi, c’est des choses qui me révoltent. Il est important de commencer à considérer les gens en tant que des êtres humains, en tant que professionnels. Il faut reconsidérer ces danseurs, et quand ils doivent recruter des comédiens, il faut le faire encore mieux.

Qu’est-ce que ça fait de vous voir remplacer par l’un de vos comédiens comme metteur en scène à la tête du théâtre national ?
Je crois qu’il faut laisser aussi les jeunes travailler. Je n’ai pas d’état d’âme par rapport à ça. Même si quelqu’un n’est pas à ma hauteur, il faut laisser la chance à celui-là aussi de travailler. Le problème n’est pas à ce niveau, mais c’est dans le traitement qu’on fait aux gens.

Si le baobab Alladé Coffi Adolphe, ce chorégraphe de renom fait profiter son expérience au ballet national depuis plusieurs années et y est toujours, pourquoi pas vous à la tête du théâtre national quand on sait que votre réputation est aussi légendaire en cette matière ?
Moi, je ne suis pas prêt à faire des deals, donc on ne peut pas me garder. On ne peut pas faire des combines avec moi, c’est tout le problème.

Qu’est-ce qu’il faut faire pour améliorer la qualité des prestations du théâtre national, quand on sait qu’il vous est aussi reproché d’avoir mis de côté des textes de dramaturges Béninois pour en exploiter ceux d’un auteur étranger pour la mise en scène d’une création ?
Et quand je ne trouve pas de textes béninois par rapport à ce que je veux faire ; j’ai pris un texte d’origine française, et on travaille en français. C’est un texte de Molière et Molière, c’est le père du théâtre, pour moi, le théâtre commence par là. Et pour nous autres Béninois, africains en général, le genre de théâtre, même traditionnel que nous faisons correspond bien à l’univers de Molière. C’est de l’ignorance quand on raconte des choses du genre. Pour moi, au théâtre national, il fallait quelque chose de grande envergure qui puisse nous amener à nous amuser beaucoup. Combien de pièces amusantes les Béninois ont écrites ? C’est la question que je pose, et celles qui sont vraiment bon à monter sont très peu, et parmi celles-là encore, la distribution est aussi faible. C’est des pièces qui sont faites pour 5 voire 6 personnes. Et j’estime qu’au théâtre national, il faut faire jouer beaucoup plus de gens. Ce sont ces raisons qui m’ont amené à choisir une pièce où il y a une grande distribution, et qui a une aura internationale pour qu’on puisse la travailler. La pièce de Molière, on peut l’adapter. J’ai adapté Molière à la béninoise et tu ne sais même plus si c’est Molière, parce que le théâtre national, c’est aussi une forme d’école, il faut amener les jeunes à découvrir des choses. Et travailler Molière avec eux, pour moi, c’est de les instruire, leur donner d’autres visions du spectacle vivant. C’est un apprentissage. Et si j’avais à faire encore avec les mêmes, c’est sûr que j’allais changer de pièces.

Evidemment, il y a beaucoup de remous au sujet du contrat aussi bien des comédiens que des danseurs, où c’est un renouvellement perpétuel qui ne favorise pas la consolidation d’une d’équipe, des acquis. Qu’en est-il exactement ?
Je crois que ce truc est mal ficelé, ce n’est pas du tout professionnel ce qui se passe. C’est la conception même du ballet, du théâtre national qui est faussée à la base parce que la façon dont les choses se font, ce n’est pas du tout ça. C’est de l’à peu près. Même au niveau du Ballet national, ils en sont arrivés à la routine. Tout ça est à revoir, à dynamiser, à révolutionner, à professionnaliser. Je disais tout à l’heure que ça ne me gêne pas du tout d’être parti. Demandez au Directeur, Marcel Zounon. Il est venu me voir avec Ousmane Alédji. Je leur ai dit, moi, je suis d’accord pour travailler là-bas, mais il faut confier le travail aux jeunes. Il faut un jeune metteur en scène, je peux être derrière pour le guider.

Voulez-vous dire qu’il faut également un jeune chorégraphe à la tête du ballet national ?
Il faut des jeunes partout. Que les autres soient derrière pour les orienter. Vous voyez comment ça se passe à Capp Fm ? Le doyen, Jérôme Carlos est derrière, et il place des pions. Mais sa place est là. Dès qu’il fait sa chronique c’est apprécié oui ou non ? C’est apprécié. C’est comme ça qu’on devrait faire à un moment donné. C’est ce qui est normal. On ne peut pas tout le temps se mettre au devant de la scène. Il doit maintenant apprendre aux jeunes à faire, et les corriger. Comme ça, ils deviendront des maîtres. Et c’est ce qu’il fait. On n’est pas éternel. Si on ne laisse pas les choses, les choses nous laisseront. Donc, il faut laisser les jeunes émerger. C’est une grave erreur que des gens restent éternellement là.

Ne pensez-vous pas qu’ils sont en train de donner la main aux jeunes ?
Non ! Quand on donne la main, on ne reste pas devant. On reste derrière.

Vous qui avez vécu d’autres expériences, quels sont les pays qui ont émergé en matière de l’Ensemble artistique national que le Bénin pourrait imiter ?
Je peux prendre l’exemple de la Guinée Conakry, même si là-bas, c’est éteint aujourd’hui parce que la politique au sommet de l’Etat n’est plus la même chose qu’hier. Ce sont eux qui nous ont montré que le théâtre national est une grande source de revenus pour l’Etat. Parce qu’ils avaient au moins 20 ballets guinéens qui parcouraient le monde et qui ramenaient des devises à l’Etat guinéen, révolutionnaire à l’époque. On a vu le théâtre national au Sénégal et dans d’autres pays. Moi, j’ai été au Gabon. J’ai travaillé dans un théâtre national et je sais ce que c’est qu’un théâtre national. Mais à chaque pays sa façon de faire. Mais ce qui se fait chez nous, ce n’est pas ce qu’il faut. D’abord, il faut mettre les moyens qu’il faut et qu’il n’y ait pas des chefs qui grugent ceux qui transpirent. Et ça, j’insiste là-dessus.

Au Bénin, l’une des grosses questions, c’est aussi la rentabilité des créations de l’Ensemble artistique national, parce que l’Etat y injecte des centaines de millions. Que faire pour garantir un retour sur investissement, ne serait-ce que le dixième ?
Il revient aux dirigeants de l’Ensemble artistique national de faire des propositions. C’est à eux d’innover. Au fait, exactement comme le Fitheb, l’Ensemble artistique national devrait être un projet. Quelque chose à concurrence, c’est-à-dire que chacun propose et on choisit le meilleur comme c’est le cas au Fitheb. C’est un appel à propositions, à projets, et chacun dit sa vision de ce qu’il veut faire du Fitheb. L’Ean devrait être ça. Ça ne devrait pas être quelque chose qu’on confie à un copain, parce que c’est aussi important que le Fitheb, c’est quelque chose qui peut être notre vitrine à l’étranger. A partir de ce moment, il faut le prendre comme il le faut. Il faut qu’il y ait des candidatures, et qu’on fasse des appels à projets.

Votre mot pour conclure cet entretien
Je crois qu’il faut revoir les choses. Le ballet fait maintenant du surplace, de la routine. La routine, ça tue. Le théâtre national en tant qu’institution, ce n’est pas du tout ce qui se fait là. Le Nouveau départ devrait corriger les choses.

24-03-2017, Arnaud DOUMANHOUN


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