Interview avec MoctArt artiste-dessinateur : “Quand on veut vivre de son art, il faut se faire voir »

La rédaction 19 novembre 2019

De son vrai nom Abou Abdoul-Mouta’al. Moctart est un artiste pluridisciplinaire. A travers cette interview, il nous parle de son union avec le dessin, comment ont été ses débuts et ce qu’il en tire comme profit

Dites-nous comment est née cette motivation pour le dessin ?
Ma motivation pour le dessin c’était depuis mon enfance. Et j’ai appris à améliorer ça avec le temps, parce que j’ai vu que dans le dessin, je pouvais tirer profit. Je fais beaucoup plus de la reproduction. Quand je vois de belles images, je suis motivé à reproduire cela.

Comment ont été vos débuts ? Certainement pas aisés.
Mes débuts étaient difficiles. Quand on veut être professionnel dans le métier, c’est difficile de telle sorte que la population, notre entourage ne nous encourage pas. Parce qu’on dit que le dessin ne nourrit pas son homme. Les amis qui disent non tu peux faire autre chose que le dessin. Donc ça n’encourage pas surtout que nous sommes en Afrique. Au Bénin, les gens ne connaissent pas beaucoup la valeur du dessin. Donc j’ai dû passer par des situations qui ne m’avantagent pas. Bon, ce qui m’a permis de m’accrocher, c’est ma passion surtout ma passion de faire encore et encore pour plaire aux gens par mes œuvres.

Vous avez réalisé un portrait-dessin du président de la cour constitutionnelle Joseph Djogbénou et l’ex ministre de l’économie numérique. Comment ont-ils reçu celà ?
J’ai eu à dessiner des personnalités. Certaines personnalités dont je n’ai pas privilégié les œuvres. Parce que je dessine souvent beaucoup de personnes. Mais pour M. Djogbenou c’était pour son anniversaire. Il a beaucoup aimé. Il m’a dit de la reprendre. J’ai dû reprendre cela parce qu’il a beaucoup aimé. Il m’a permis de partager l’œuvre parce qu’il a validé et c’était une bonne expérience pour moi. J’ai aussi dessiné le procureur de la République.

Quels sont les matériels que vous utilisez pour faire vos dessins ?
Je peux dire que j’utilise plus du crayon. Bien qu’actuellement je dessine beaucoup plus avec du stylo Bic. Je dessine également avec les bics ordinaires, du crayon, du crayon graphite et la peinture. Je fais des toiles également.

Avez-vous des thématiques propres qui vous inspirent ou qui vous permettent de faire vos dessins ?
les thématiques j’en ai beaucoup, mais pas assez précises parce que mes œuvres dépendent de mon inspiration. Quand il s’agit d’une reproduction, il me faut avoir un modèle. Que ça soit une photo ou la personne en face. Je prends, je dessine. Ça peut être une motivation ou une inspiration qui me vient. Et je prends une toile que je peins. Ça peut être un visage ou bien quelque chose d’abstrait. Ça dépend de l’environnement aussi parce que l’environnement, la nature aussi ça m’inspire pour créer mes œuvres.

Dites-nous qu’est-ce qui vous inspire le plus souvent ?
Ce qui m’inspire souvent c’est la beauté. J’aime la beauté. Tout ce qui est beau. Et ce qui tend à sortir de l’ordinaire. Ça m’inspire et ça me permet d’être à l’aise dans mes réalisations. Je peux être inspiré par une belle femme et puis une belle image ou bien la nature qui me fascine. Je peux peindre la nature.

Aujourd’hui, vous totalisez combien d’années d’expériences dans le domaine du dessin ?
- Bon, déjà j’ai dessiné depuis tout petit. Et si je peux parler de depuis que j’ai commencé par gagner tout en étant professionnel, je peux totaliser jusqu’à quatre ans.

Comment associez-vous études, vie professionnelle et dessin ?
vie professionnelle et dessin ce n’est pas facile parce que ce n’est pas évident que je dise que je fais seulement que du dessin. Puisqu’il m’arrive de faire du graphisme. Je suis graphiste aussi. Je fais une formation en graphisme qui me permet de concevoir des créations visuelles, des visuels pour des clients. Et je fais des affiches, des publicités, des badges, des logos, tout ce qu’il y a comme création visuelle. Ça me permet de joindre les deux bouts. Je fais aussi la vente des matériels de dessins. Et je compte ouvrir mon propre atelier studio de dessin et de formation aussi.

Gagnez-vous votre vie avec ? Est-ce rentable ?
Oui c’est rentable, mais on ne peut pas se cacher dans sa chambre et dire qu’on dessine. Quand on veut vivre de son art, il faut se faire voir. C’est pour ça que quand j’en ai l’occasion je publie mes œuvres sur une page que j’ai sur internet. Ce qui me permet d’avoir des commandes. Je suis aussi professeur de dessin dans les lycées et collèges. Je donne mon CV aux directeurs de lycées qui me donnent des heures de cours, pour dispenser des cours aux élèves et étudiants. Aussi, je fais des formations en graphisme qui me permettent de joindre les deux bouts. A part mon métier de dessinateur, d’artiste peintre, je vends aussi mes toiles comme je l’ai dit sur mes pages, mes différentes pages que j’ai publiées aussi. Voilà c’est ça qui me permet de vivre. Je peux dire que je vis de mon art parce que c’est ça qui me donne à manger actuellement.

Est-ce que vous avez déjà exposé vos œuvres quelque part ? Si oui c’est à un festival ou bien c’est où ?
Oui, j’ai eu à faire au moins trois grandes expositions. Je peux dire quatre même parce que j’ai eu à exposer lors du festival international de dessin Vootoon qui se passe ici à Cotonou, souvent à la place des martyrs. En 2018, j’ai exposé à Vootoon 2018 et Vootoon passé aussi 2019. J’ai aussi exposé avec une association congolaise qui promeut des dessinateurs, des artistes plasticiens du Bénin comme à l’international. J’ai exposé avec eux et c’était à l’hôtel Best western Nobila en 2018. Ce qui m’a aussi permis d’avoir plus d’expériences. Et en 2018 encore j’ai exposé pour la journée internationale de l’art plastique JIAP 2018 et qui a été organisée à la médiathèque de Cotonou à la place des martyrs.

Quels sont les conseils que vous avez à donner pour encourager les jeunes même les enfants qui s’intéressent au dessin ?
les conseils que je peux leur donner, c’est de croire en leurs talents, en leurs potentiels. Ce n’est pas facile parce que les camarades vont dire non, bon tu as autre chose à faire. C’est à eux de croire en leurs talents si c’est ce qu’ils veulent vraiment faire, qu’ils se disent oui il y a la possibilité de gagner de son art. Le conseil que je peux leur donner c’est de suivre des grand-frères qui sont dans l’art et qui ont déjà fait leurs preuves dans le métier et qui aujourd’hui sont des exemples quand on parle d’art plastique, de dessin. Dans tous les domaines il faut avoir un mentor, quelqu’un qui te motive et avoir de la passion surtout la passion. C’est cette passion qui va leur permettre de tenir le coup quoiqu’il arrive.

Et les parents qui tuent les rêves de ces enfants. Qu’est-ce que vous avez à dire à ses parents ?
- Souvent j’ai du mal à savoir pourquoi ces parents font cela. Mais j’ai compris que c’est un manque de valorisation du monde de l’art parce qu’il n’y a pas assez d’écoles de dessin. Il n’y a pas d’institutions où on engage les dessinateurs. Il n’y a pas assez de valorisation du domaine même. Même l’Etat fait peut-être mieux. Mais je crois que ce n’est pas encore ça. Il faut déjà mettre dans la tête de ces parents-là que le dessin est une opportunité. Que le dessin est une opportunité d’emploi. Et avec ce dessin l’enfant peut à l’avenir gagner sa vie, être professionnel ; voyager même. Donc si ces parents sont conscients de cela ils vont laisser ces enfants vivre de leur passion. Ce n’est pas évident d’interdire à l’enfant de dessiner. Puisqu’il peut dessiner même en allant à l’école. Parce que c’est une passion. Moi j’ai le BAC, ce n’est pas pour ça que je n’ai pas eu à dessiner. Donc ils peuvent dessiner. Il faut leur donner de temps libre pour dessiner comme un enfant qui joue au football ou bien même va jouer au jeu vidéo. Donc c’est une passion qu’ils peuvent développer.

Vous avez parlé tout à l’heure de mentor, de quelqu’un qui motive. Qui est-ce qui vous a motivé particulièrement ?
Particulièrement, j’ai eu à suivre plusieurs mentors. Je peux parler des gens qui m’ont inspiré parce que déjà je n’y croyais pas. C’est donc à force de les voir faire que je me suis dit moi aussi que je peux le faire. Cà peut être des artistes au Bénin. Au Bénin je peux citer Constantin Adadja qui est un caricaturiste que j’aime beaucoup. C’est vrai qu’il ne fait pas des portraits comme je le fais. Il y a aussi qu’il dessinait déjà au stylo quand moi je ne dessinais pas encore. Et il m’a donné cette flamme-là, cette inspiration pour commencer moi aussi. A l’international j’ai des gens comme Jacques Soro qui est de la Côte d’Ivoire et qui fait du bon dans la peinture et le dessin portrait. A l’international encore j’ai beaucoup de dessinateurs que je suis. Au Nigéria, il y a Oscar. Il dessine au stylo. Et Enam Bossoka, il dessine également au stylo. Comme en Europe aussi il y en a plein. Mais ce que je fais le plus, je tiens au côté positif qui m’intéresse chez un mentor, quelqu’un qui fait mieux que moi et j’arrive à copier un peu de lui pour faire ce que j’ai à faire de mieux ? Donc j’ai plusieurs mentors.

Votre mot de la fin
Je remercie tous ceux qui me soutiennent de près ou de loin dans ma carrière. Merci à vous tous !
Propos recueillis par : Marina HOUNNOU(Coll.)



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