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Michel Alokpo au sujet du Pag 2016-2021 : : « 500.000 emplois en cinq ans..., c’est une utopie »

Ancien collaborateur du président Boni Yayi, homme politique et actuellement président de l’Ong Jeunesse Ambition, Michel Alokpo, un allié de la rupture, se prononce sur le Programme d’actions du gouvernement (Pag) du président Patrice Talon.

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Quelle appréciation faites-vous du Programme d’actions du gouvernement de la Rupture ?
J’ai jeté un coup d’œil sur le Pag 2016-2021. C’est un programme alléchant, intéressant et très ambitieux. Je suis les informations économiques des sous-régions Afrique de l’Ouest, Afrique de l’Est, Afrique australe. Je sais que la situation économique du continent africain n’est pas reluisante et que les Chefs d’Etat de ces différents pays se battent et luttent contre la corruption. Ils luttent aussi pour relever le niveau économique de leurs différents pays. Mon pays en fait partie également. En jetant un coup d’œil sur le Pag, je trouve que le gouvernement du président Talon a une bonne ambition pour notre pays. Je voudrais quand même dire que le Président de la République, Patrice Talon n’est pas un étranger. Il est un Béninois 100%. Il a vécu tous les systèmes politiques de notre pays, depuis Kérékou jusqu’à Yayi Boni en passant par Soglo. Les hommes politiques qui ont accompagné ces différents gouvernements, c’est les mêmes hommes qui sont avec lui aujourd’hui. Je m’en vais demander par quel miracle il pourra réussir ce grand programme qu’il a lancé.

Parlez-nous des grands axes du programme qui ont retenu votre attention ?
Je veux croire à ce programme de 500.000 emplois en cinq ans. Oui, parce que ce qui est important pour moi, c’est comment créer de l’emploi dans ce pays. C’est vrai, il faut relever le niveau de l’économie du pays, il faut redynamiser les structures de l’administration, il faut travailler sur la bonne gouvernance. Mais, nous avons aujourd’hui des milliers de jeunes au chômage. Et 500.000 emplois en cinq ans pendant que nous avons déjà passé une année, c’est une utopie. Nous venons de passer presque un an. Il faut dire honnêtement qu’il faut enlever 100.000 emplois, parce que quand est-ce qu’on va réaliser 100.000 emplois de 2016-2017 ? En avril 2017, le gouvernement de Patrice Talon va boucler un an. Il va lui rester 4 ans et là, c’est un défi à relever. Au bout de deux ans, d’ici 2018, nous devons évaluer ce programme de 100.000 emplois par an et voir comment le gouvernement du Président Talon pourra réaliser cet objectif. Si cela se réalise, c’est au bonheur de nous parents qui avons des enfants au chômage. Aujourd’hui, le partenariat public-privé n’a pas encore pris. Il ne faut pas se leurrer. La collaboration est tendue. Vous n’êtes pas sans savoir que les syndicalistes sont en train de critiquer le gouvernement par rapport à la privatisation de certaines sociétés d’Etat et autres. Tant qu’il n’y a pas la paix dans le pays, il ne peut y avoir un développement durable. Quelle action le gouvernement du Président Talon est en train de mener pour régler le problème de crise sociale, de paix sociale ? La paix sociale est prioritaire. Sans elle, il ne peut y avoir un développement durable. Le président Talon lui-même a dit que ça ne va pas, sur tous les plans. Mais il a une telle conviction que ça va changer. Moi, je l’accompagnerais de ma prière. Mais, il faut se demander avec qui il va devoir mener ses actions, les réformes de son programme d’actions qu’il entend mettre en œuvre. Avec quelle catégorie d’hommes politiques, quelle catégorie d’hommes d’affaires, il peut réussir son programme ? Je suis sur le plan politique. Je puis vous dire qu’il n’y a plus d’éthique en politique au Bénin. Aujourd’hui, je ne vois pas encore d’opposition et sans opposition dans un pays, le pays ne peut pas être sur les rails. S’il n’y a pas de contradiction dans un système démocratique, alors, ce système est en panne. J’ose croire que les choses vont évoluer et que d’ici là, nous aurons une opposition et une société civile crédibles. Non pas une société civile corrompue, un syndicat corrompu, mais une société civile qui va œuvrer pour le pays, pour le Bénin. Une société civile qui va s’engager à dire non quand il faut le dire, à dire oui quand il le faut. Si tout le monde est corrompu, si l’argent est devenu le nerf de la guerre, plus personne ne peut parler, plus personne ne peut dire ce qui ne va pas. Je suis pourtant d’accord pour les réformes qu’il veut entreprendre au niveau de la justice. Par quelle magie, il va réussir à infléchir les magistrats pour qu’il y ait célérité dans les dossiers devant les tribunaux ? J’ai plein de dossiers devant les tribunaux et je suis horrifié de voir qu’un dossier puisse trainer près de vingt ans entre le tribunal de première instance et la cour d’appel. On trouve qu’il n’y a pas les moyens, qu’il n’y a pas le personnel. Mais, l’Etat fait un effort pour recruter les magistrats. Il y a de véritables problèmes au niveau judiciaire aujourd’hui. J’ose croire que notre justice est autonome et indépendante. Et comme l’a dit le Président Talon dans son projet de société, nous voulons voir au cours de la révision de la Constitution, comment on va parvenir à toucher le système judiciaire pour qu’il y ait une véritable justice dans notre pays. Je trouve que tous les gouvernements de Kérékou à Soglo, de Soglo à Kérékou, de Kérékou à Yayi Boni ont eu une main mise sur la justice, sur le système judiciaire. C’est à croire que la justice n’est véritablement pas indépendante. Je souhaite que dans ces réformes qui s’annoncent, le président Talon puisse réussir cet exploit. Nous avons des problèmes sociaux. Le Béninois n’a pas mangé. Vous allez au marché Tokpa, les bonnes dames se plaignent. Ça ne va pas, l’argent ne circule pas. Est-ce-que c’est l’argent sale qui ne circule plus ? Une chose est sûre, l’argent ne circule plus. Je ne suis pas le seul à en parler. Je suis citoyen et je vais au marché. J’ai des enfants et amis qui sont au chômage. Je pense que l’unité nationale est indispensable à la construction d’un Bénin qui pourra réussir à relever les nombreux défis qui s’imposent à lui. Il ne faut pas faire de différence entre le Sud et le Nord. Un gouvernement d’union national s’impose, il faut pardonner. Il faut un gouvernement d’union nationale. Il faut une réconciliation nationale. Quand il y a la haine encore dans les cœurs, on ne peut pas relever l’économie d’une nation. Nous sommes un pays de croyants, donc le pardon, la réconciliation devraient être de mise. Bref, il faut faire en sorte qu’il y ait un débat démocratique. Je veux voir des débats démocratiques. A un moment donné, notre pays a perdu les valeurs démocratiques. Il est important que notre gouvernement puisse dialoguer avec le peuple. Je partage bien les réformes de Talon, mais j’insiste : avec qui il fera ces réformes ? Ses collaborateurs doivent être bien choisis. On a toujours chanté depuis Kérékou, l’homme qu’il faut à la place qu’il faut. Mais, il faut un Béninois de type nouveau. Il faut un Béninois trempé dans les valeurs démocratiques, spirituelles et qui a l’amour de son pays.

Le programme d’actions du gouvernement comporte 19 réformes institutionnelles et pour y arriver, le gouvernement demande aux députés de l’accompagner. La révision de la Constitution est la plus grande réforme à l’ordre du jour. Selon vous, cette révision est-elle opportune ?
Depuis le gouvernement du président Kérékou, la révision de la Constitution est restée un projet majeur. Cette révision revient sur le tapis. Sous Yayi, les gens avaient peur car ils craignaient que Yayi s’éternise au pouvoir. C’est pour cela que la réforme n’a pas pu passer. Aujourd’hui, la même question se pose. Est-ce-que le président Talon cherche à faire un second mandat au pouvoir ? Je suis parfaitement d’accord pour ces réformes. Nous serons très en retard si ces réformes ne sont pas faites. Il faut un débat démocratique autour de ces réformes. Il faut que les acteurs politiques s’asseyent pour débattre des contours politiques de ces réformes. La conférence des forces vives de la Nation a sorti des réformes et ces réformes nous ont servi jusqu’à maintenant. Après 25 ans de gestion démocratique, le peuple souverain a jugé qu’il faille réviser cette Constitution. D’aucuns sont pour le mandat unique, d’autres sont contre. Il y a d’autres aspects de cette révision que nous ne savons pas. Le Béninois est encore sur sa soif par rapport à cette Constitution. C’est vrai, les députés vont se prononcer avant qu’on aille au référendum. Mais, ils doivent être francs avec eux-mêmes et ne doivent rien cacher au peuple à propos de cette constitution. Ils doivent penser à l’intérêt du peuple et non à leur propre intérêt. Nous voulons connaître les avis des députés. Il faut faire un débat sur le sujet pour que les députés puissent se prononcer. Nous devons savoir où nous allons par rapport à la révision de la Constitution. On est dans un flou total. La commission a déposé son rapport, un rapport partiel. C’est vrai que dans son projet de société, il a émis un certain nombre de choses qu’il va faire pour rétablir le système démocratique. Je ne lui en veux pas, mais je voudrais que ce soit un débat démocratique autour duquel les cadres et la société puissent se prononcer avant qu’on aille au référendum. La révision de la Constitution est importante pour que notre pays puisse décoller sur le plan économique. Nous allons donner notre point de vue par rapport à la question si on nous associe. Je salue son programme d’actions. En quatre ans, les routes qui vont être construites, les différents chantiers qui vont être ouverts vont démarrer en 2017 ou 2018. On aura combien de temps pour les finir sachant que les élections législatives s’annoncent bientôt. Je crois bien qu’il arrivera à réaliser ce programme très ambitieux. Mais, le fera-t-il avec les mêmes personnes ? Si aujourd’hui, il n’y a plus d’opposition au gouvernement et si la société civile ne se prononce plus, on va où ? C’est une carte blanche qu’on donne au pouvoir pour faire ce qu’il veut. L’économie du Bénin ne peut pas se développer sans le Nigéria, elle dépend de son grand voisin. Et si le Nigéria ferme ses portes aux trafics, c’est un véritable problème sur le plan social. Si le secteur privé sur lequel on se base pour réaliser ce projet, si l’arsenal juridique qui doit accompagner le secteur privé est mal au point, je ne pense pas que les opérateurs économiques viendront investir au Bénin. Je suis d’accord que ce n’est pas le gouvernement qui va créer les 500.000 emplois mais le secteur privé. Si nous cherchons les opérateurs économiques, nous devons compter sur les Béninois. Si nous les favorisons, je pense que nous allons créer plus d’emplois. Si on se confie à un opérateur privé international, il va employer son personnel international et des béninois qu’il ne va pas payer au même niveau que les expatriés. Aujourd’hui, les gens travaillent en réseau. Vous donnez un secteur à un opérateur économique étranger, il travaillera avec le personnel de son réseau. Il faut que les Béninois aient de l’argent pour investir dans le pays. Je pense que le partenariat public-privé est à revoir. Le gouvernement a beaucoup de contacts à l’extérieur, mais il doit s’ouvrir aux Béninois qui doivent investir au Bénin.

Il faut mobiliser des milliards pour les 45 projets phares, les 95 sectoriels et la construction de grandes infrastructures routières. Est-ce que vous pensez que le gouvernement a les moyens de sa politique ?
Je pense que le programme d’actions du gouvernement est basé à 71% sur le secteur privé. L’Etat ne va pas participer à la concurrence, il n’aura pas à mobiliser tant de ressources pour réaliser ces infrastructures. L’Etat n’a pas à mobiliser plein de ressources pour réaliser ces grandes infrastructures. Les investisseurs privés dont on nous parle, j’ose croire qu’ils sont déjà tapis dans l’ombre et qu’ils vont bientôt venir. Mais, sont-ils béninois ? C’est une question que je me pose. Je le dis et je le répète : il faut reconnaitre que notre économie dépend essentiellement du Nigéria. Même le petit Togo est en train de nous dépasser sur tous les plans. J’ai ouï dire qu’il y aura beaucoup de mesures fiscales drastiques et j’ai peur que cela n’entraine une augmentation substantielle des prix des denrées de première nécessité. Si elles s’avéraient, on risque d’asphyxier le peuple. A combien s’élève aujourd’hui le salaire minimum du Béninois ? Le taux de chômage est élevé et il n’y a pas beaucoup d’emplois créés.
Il y a un aspect qu’il ne faut pas perdre de vue. Lorsque quelqu’un vient investir dans votre pays, il lui faut au minimum deux à trois ans pour que vous commenciez par jouir des fruits de son investissement. Ce temps prend en compte les procédures administratives, l’importation et l’installation des équipements, le recrutement des ressources humaines, les travaux de construction etc. Prenez par exemple les projets de la route des pêches ou de l’aéroport de Glo-Djigbé, cela fait combien d’années qu’on en parle ? De plus, je me demande avec quels hommes le Président de la République veut mettre en œuvre ces réformes. C’est au regard de toutes ces réalités que je pense que les réalisations annoncées vont aboutir par la grâce de Dieu, mais pas avant plusieurs années. Je ne crois pas que ce Pag qui vient d’être lancé pratiquement à la fin de la première année du quinquennat, que Patrice Talon en voit les résultats avant la fin de son mandat. On verra sans doute les retombées de certains projets après son mandat. En tout cas, je suis là. Je suis un croyant. Nous allons prier pour cela.

Un appel à l’endroit du Chef de l’Etat, de son gouvernement et du peuple béninois à la veille des fêtes de fin d’année ?
Je voudrais dire au Président de la République que je l’admire. J’apprécie sa vision, son courage et sa détermination à aller jusqu’au bout. Je voudrais aussi m’adresser aux hommes des médias en leur souhaitant une bonne année 2017. Je leur souhaite beaucoup de prospérité, parce qu’aujourd’hui, c’est dur pour les hommes des médias. On les a privés de tout, mais j’espère que d’ici à l’année 2017, tout va rentrer dans l’ordre. Je voudrais dire au peuple béninois que nous avons un pays chouchouté par Dieu, et ce dernier à un plan pour notre pays. Aux étudiants, je voudrais dire de garder le calme. Aux syndicalistes, je voudrais demander d’être patients. Que le rêve du Chef de l’Etat puisse se réaliser les semaines, les mois et les années à venir pour que nous puissions tous frotter les mains. Je voudrais, par anticipation, souhaiter une bonne fête à tous et que Dieu nous bénisse.
Réalisation : Adrien TCHOMAKOU & Cyrille LIGAN (Coll.)

21-12-2016, Adrien TCHOMAKOU


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