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Editorial : Les bombes du code électoral !

Incontestablement, pendant des semaines au Bénin, elle fera le buzz. Jusqu’à son vote, la proposition de loi portant code électoral, fraîchement adoptée par la Commission des lois, déchaînera les passions. Déjà sur elle, et sur son contenu, chacun se fait son idée et sort ses arguments. Essentiellement braqués sur deux dispositions, les Béninois attendent de pied ferme, leurs représentants sur ce qu’il adviendra très prochainement de la proposition de cautionnement pour les candidats à la présidentielle et aux législatives et de celle relative au statut des anciens présidents qui voudront briguer un siège au parlement.
De façon plus explicite, alors qu’à l’issue du séminaire de Azalaï Hôtel, une polémique était déjà née autour de la cinquantaine ou de la centaine de millions à débourser par les candidats pour le cautionnement à la présidentielle au lieu des 15 millions en vigueur, la Commission des lois a frappé fort en la fixant à 250 millions. Une somme qui tombe comme une bombe et qui en rajoute à la confusion. Même pour ce qui est des listes de candidature aux législatives, le cautionnement grimpe jusqu’à 200 millions. Quant aux anciens présidents, ils sont visés par une disposition dissuasive, surtout s’ils avaient d’éventuelles envies de représenter leurs mandants au parlement.
Première lecture, avec ces dispositions à apprécier par les députés, une chose est certaine, il n’y aura plus de candidatures fantaisistes. A l’instar des regroupements et des coalitions qu’induit la nouvelle charte des partis politiques, le code électoral à venir forcera à des soutiens financiers très variées. Mais, il n’empêche que, comme avec la limitation d’âge contenue dans la Constitution du 11 décembre 1990, l’impression générale qui se dégage du curieux code électoral à voter à l’hémicycle est qu’il contient quelques dispositions discriminatoires ou des restrictions démocratiques.
Sinon, pendant qu’il est question de financement public des partis politiques, ces cautionnements peuvent s’assimiler à une manière de donner quelque chose avec la main droite, et faire tout pour le reprendre avec la main gauche. Et, en ce qui concerne la menace sur le statut des anciens présidents, ce n’est, ni plus ni moins, qu’une blague de mauvais goût. Evidemment, nous sommes en politique, et qui s’attend aux cadeaux des adversaires, attendra longtemps, même si, les pièges pour les gibiers politiques d’aujourd’hui n’épargneront peut-être pas demain leurs chasseurs. D’ailleurs, implicitement réduits au silence par ce code très liberticide, les jeunes ont de bonnes raisons de s’inquiéter sur la République que leurs aînés sont en train de leur léguer.
C’est pourquoi, même si, nous sommes dans un régime de séparation de pouvoir et dans une démocratie où habituellement, c’est la raison du plus fort qui l’emporte, la pression de l’Exécutif et des forces vives de la Nation serait la bienvenue pour éviter au parlement de tomber dans ses travers. A mon avis, il faut bien revoir à la hausse les cautionnements pour les raisons que tous les Béninois savent. Mais, surtout pas d’un coup, 250 millions. Même le cinquième ou le tiers de ce montant est déjà assez dissuasif.
Aussi, ne doit-on pas oublier que personne n’a le droit d’empêcher les anciens présidents de servir autrement leur Nation. Je serai d’accord, dans un contexte de récession économique et de gestion rationnelle des ressources de l’Etat, qu’ils perdent certains des avantages liés à leur statut dès qu’ils réussissent à accéder au Palais des gouverneurs. Maintenant, aux députés de jouer, et qu’ils sachent que la défense de l’objectivité d’une loi est la meilleure façon de se mettre soi-même à l’abri. Qui peut prédire l’avenir ? Certainement pas les députés du Bmp, porteurs de la proposition du code électoral à controverse.

9-08-2018, Angelo DOSSOUMOU


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