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Entretien avec Océane Ganiéro, Karatéka : « Sur le Tatami, je suis comme une lionne prête à dévorer sa proie »

« Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années ». 5 fois championne ouest africaine et championne du Bénin invaincue depuis 8 ans, Océane Ganiéro, ceinture noire 3 Dan de Karaté-Do est internationalement reconnue. Pour elle, le Karaté n’a pas trop de secrets tout comme elle non plus n’a pas de secrets pour le Karaté qui l’a vue grandir. Sur le tatami à l’âge de 4 ans, Océane Ganiéro a terrassé beaucoup de ses adversaires et est aujourd’hui l’une des Karatékas béninoises la plus titrée. Moulée dans cette discipline depuis son jeune âge, Océane Ganiéro vit sa passion et ses rêves. En route pour les Jeux Olympiques Japon 2020, Océane s’ouvre à vous et vous permet de rentrer dans son univers.

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Bonjour Océane Ganiéro. Vous évoluez dans le Karaté-Do depuis votre jeune âge, environ quatre ans. Ceci grâce à votre père qui vous a inscrite dans cette discipline. Dites-nous, pourquoi a-t-il fait ce choix pour vous ?
Comme vous l’avez dit, j’étais vraiment très petite à cette époque, donc, je ne peux pas vous dire exactement ce qui l’a motivé dans son choix. Mais d’après ce qu’il m’a dit après, c’est que j’étais une pleurnicharde, je pleurais pour rien du tout. Donc, il a voulu corriger cette situation. De plus, quand j’étais petite, je m’agrippais à l’une de nos fenêtres de la maison. Tout le monde me laisse tout en croyant que j’allais tomber, mais je ne tombais pas. Et quand j’étais aussi bébé, je n’avais pas rampé avant de marcher, j’ai marché directement. Tous ces éléments réunis, il a su que j’avais des prédispositions pour faire du Karaté. L’un de ses amis était maître du Karaté. C’est ainsi qu’il m’a inscrite dans cette discipline.

Et comment vous vous êtes sentie le premier jour d’entrainement ?
Mes premiers entrainements étaient dans notre salon puisque je n’étais pas très grande pour aller dans un centre. On déplaçait juste les meubles et je m’entrainais.
Le premier jour, j’étais à la maison quand l’ami de mon père dont je vous avais parlé est venu. Il avait quelque chose de blanc dans la main et une ceinture. C’est là que mon père m’a appelée et me l’avait présenté comme étant désormais mon maître de Karaté. Il m’a porté le Kimono blanc qu’il avait en main et c’est comme cela que j’ai commencé le Karaté. Au départ, je ne prenais pas ça au sérieux. Je me contentais juste de faire ce qu’on me disait.

Et l’entrainement au salon a duré combien de temps avant vous n’intégriez un centre de formation ?
L’entrainement au salon a duré le temps que je prenne de la taille. Après le salon, nous sommes venus dans la cour de la maison, déjà à l’âge de 5 à 6 ans. A 7 ans, je suis allée dans le centre de formation « Dojo » qui était vers Sainte Rita à l’époque.
A l’époque combien étiez-vous ien dans ce centre de formation ?
Je ne me rappelle plus exactement du nombre, mais on était une dizaine.

Et comment était l’entrainement ?
C’était vraiment difficile pour moi et je n’avais du tout pas envie d’y aller. Mais, mon papa m’obligeait à y aller. Peu importe ce que tu peux sentir comme mal, à 16 heures, je dois être à l’entrainement et parfois, c’est lui-même qui me déposait là-bas. C’était vraiment difficile car, le maître était rigoureux sur les exercices et quand on ne faisait pas bien, il nous fessait. Et comme j’ai toujours peur d’être fessée, je m’appliquais au maximum. Et quand je faisais bien les exercices, il m’achetait du yaourt.

Comment s’appelle ce maître dont vous parlez si tant ?
Il s’appelle Agbégninou Georges Eric et il continue toujours d’être mon maître.

Malgré les difficultés, qu’est-ce qui vous a donné l’envie de continuer ?
Au fait, j’ai grandi dans le Karaté. J’ai été donc moulée dans cet environnement. De plus, j’ai aussi vu des aînés évoluer dans cette discipline. Et le fait de les voir travailler me donnait envie de faire comme eux. Parfois, je les titille en leur disant que je peux faire mieux qu’eux. C’est cette envie qui me permettait de me donner à fond. Je prenais juste le plaisir de m’amuser. C’est quand j’ai fait ma première sortie internationale au Maroc que j’ai vu d’autres enfants comme moi, mais qui étaient très rapides alors je me suis dit, il me reste beaucoup à faire. Donc, c’est l’envie de gagner et d’être tout le temps la meilleure qui m’a donné la force et le courage de continuer.

En quelle année avez-vous participé à première compétition ?
Je pense que j’avais 7 ans à l’époque, je ne saurais vous dire exactement l’année. Au début, je faisais les Katas. Je ne faisais pas du tout de combats car, j’étais vraiment une peureuse.

Qu’est-ce que cela fait d’être l’une des athlètes de l’équipe nationale ?
Cela fait énormément plaisir. Au fait, les années passent mais on ne se rend pas compte de ce que nous sommes en train de construire. C’est comme un joueur sur un terrain. Il n’a pas la même lecture du jeu qu’un spectateur. Je suis comme ce joueur. Je ne réalise pas trop tout ce que je suis en train de faire. C’est quand je passe et les gens me félicitent que je me rends compte que ce que je fais est bien. Ça fait vraiment plaisir.

Vous avez été 5 fois championne d’Afrique de l’ouest et depuis 8 ans, vous championne du Bénin. Comment vous vous sentez ?
Ça fait plaisir. Et cela montre que le travail bien fait, paie toujours.
Vous êtes indétrônable depuis 8 ans, quel est votre secret ?
Ma force, c’est d’abord mon mental. Ensuite, l’envie et la volonté d’être toujours la meilleure. Je n’aime pas du tout perdre. Je me déteste quand je perds aussi bien dans le Karaté qu’à l’école. Quand je ne suis pas la première ou parmi les 5 premiers, je me fâche contre moi-même. Du coup, je travaille très dur pour pouvoir être la première ou être parmi les 5 premiers.

Votre parcours élogieux rime-t-il avec les avantages que cela devrait vous procurer ?
Je ne dirai pas non, car, je me suis fait un nom sur les plans national et international. On sait désormais qui est Océane Ganiéro. Et cela m’ouvre certaines portes. Mais, est-ce que cela me permet d’être logée à la même enseigne que les athlètes internationaux, je ne dirai pas forcément oui. Mais le meilleur reste à venir.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez en tant qu’athlète ?
La première difficulté, c’est au niveau des entrainements. C’est extrêmement dur. Car à ce niveau, il faut être vraiment rigoureux et discipliné. La motivation est donc nécessaire pour évoluer. Le suivi médical, la participation aux compétitions et le financement sont les autres difficultés car, cela ne suit pas comme il le faut, mais on fait avec.

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Selon vous, qu’est-ce qui cause tous ces blocages ?
D’abord, il y a notre environnement, car, on n’a pas encore la culture de financer le sport au Bénin. Du coup, les choses ne se font pas comme cela devrait se faire. Chaque athlète devrait avoir un kinésithérapeute, des soins adéquats, participer régulièrement aux compétitions et être financé comme il se doit. Ce qui n’est pas encore le cas au Bénin, et cela pénalise beaucoup les athlètes.

Si tout va bien, vous allez participer aux Jeux Olympiques (J.O.) Japon 2020. Comment vous préparez-vous ?
J’ai commencé les préparatifs sans pression car, prendre part aux J.O. est un rêve, et c’est à la fois un objectif. En ce qui concerne les entrainements, je travaille deux fois par jour. Mais avec mon mémoire de master, on est revenu à l’ancienne formule. Je devrais aussi continuer les préparatifs ailleurs afin de me confronter à des athlètes qui ont un niveau supérieur au mien. Cela me permettra d’élever aussi mon niveau. Il y aura les préparations physique et technique sur le tatami…

Quels sont les défis à relever pour pouvoir mieux vous affirmer ?
Le défi à relever est de pouvoir marquer mes empreintes sur le plan international une fois au J.O. et aussi décrocher assez de titres pour pouvoir me qualifier.

Océane n’est pas qu’athlète, elle est aussi étudiante en master2 option gestion des projets. Dites-nous, comment arrivez-vous à concilier les deux domaines ?
C’est une question d’organisation. La rigueur que je m’impose dans le sport est aussi valable dans les études. Donc, il faut être discipliné afin de faire chaque chose en son temps.

Si vous devriez choisir entre les études et le sport, quel sera votre choix ?
Si l’environnement était propice, c’est-à-dire si le sport est vraiment valorisé, je choisirai le sport, car, c’est une passion pour moi. Mais dans l’environnement qu’est le nôtre actuellement, je choisirai mes études.

Quand vous vous retrouvez sur le tatami face à votre adversaire, qu’est-ce que cela vous inspire ?
Les sensations diffèrent d’une compétition à une autre. Si on se laisse envahir par le stress, on n’aura que la peur au ventre. Mais face à un adversaire, je suis comme quelqu’un qui est en transe. Je suis comme une lionne en cage et qui n’attend que l’ouverture de la cage pour dévorer sa proie. Quand je monte sur le tatami, c’est comme si on se déclare la guerre. On n’est pas là parce qu’on est des copines, mais pour faire un combat.

Alors si vous devriez ressembler à un animal, lequel préfériez-vous ?
Si je dois ressembler à un animal, j’aimerais bien être une colombe car, elle symbolise la paix.

Pourquoi une colombe ?
Sur le tatami, je suis une lionne. Mais dans la vie en général, je suis une colombe. Mais je n’aime pas trop les animaux.

S’il vous est permis de changer quelque chose dans le monde sportif béninois, que feriez-vous ?
Je vais m’accentuer sur la situation des athlètes béninois. C’est ce qui m’a même amenée à faire mon mémoire de master2 sur le sponsoring sportif, car nous avons des athlètes qui ont vraiment de la compétence, mais qui ne sont pas accompagnés. Tout comme d’autres athlètes, ce n’est pas aujourd’hui que je fais de bons résultats, mais nous ne sommes pas connus. Les athlètes béninois vivent dans une situation de précarité énorme. Il faut donc améliorer la situation des athlètes et changer le regard de la société sur les sportifs.

Si les athlètes vivent dans la précarité, à qui incombe la responsabilité ?
C’est la faute à tout le monde, aussi bien aux athlètes qu’au gouvernement, aux fédérations et aux médias. La responsabilité est donc partagée. Un athlète doit se concentrer sur le travail. Son objectif est de gagner des médailles, pas plus. Mais s’il doit maintenant penser aux sponsors, à la communication…, ça devient compliqué. Donc, chaque fédération devrait avoir une cellule de communication qui devrait donner de la visibilité aux activités de la fédération dans les médias et autres. Les médias aussi devraient chercher à se rapprocher des fédérations afin de relayer les informations. Aussi, chaque athlète de haut niveau devrait-il avoir un staff qui communique sur ses compétitions, travaille son image et lui cherche de sponsors.

Un mot pour conclure cet entretien
Je dirai aux autorités que nous avons besoin de leur soutien. L’Etat ne peut pas tout faire. Je demande aux chefs d’entreprises et à toute personne capable de faire quelque chose pour accompagner le sport au Bénin de bien vouloir s’y mettre. Ils ont beaucoup à gagner en collaborant avec les athlètes surtout, sur les plans de la notoriété et de leur image.
Propos recueillis par Isac A. YAÏ

20-06-2018, Isac A. YAÏ


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