100 jours d’une législature controversée

Moïse DOSSOUMOU 28 août 2019

Déjà 100 jours qu’ils sont installés dans leurs fonctions. 100 jours qu’ils ont le statut d’élus du peuple dans la République. Le 16 mai dernier, il a fallu un impressionnant dispositif militaire pour qu’ils soient investis. 100 jours après, certes, la situation n’est plus aussi tendue, mais elle n’est pas apaisée pour autant. Les députés, renouvelés dans leur majorité pour le compte de cette 8ème législature, ont du pain sur la planche. Les conditions particulières qui ont favorisé leur élection suscitent toujours des grincements de dents. Contrairement aux autres législatures, celle-ci n’a pas de facto les faveurs des populations. Mais il n’est pas exclu d’ici la fin du mandat, selon les prouesses réalisées, que les députés soient en harmonie avec l’ensemble de leurs mandants. Mais ça, c’est une autre paire de manches, car rien n’est gagné d’avance. La seule manière par laquelle ces 83 députés issus tous des rangs de la mouvance présidentielle peuvent sortir par la grande porte est qu’ils s’attèlent véritablement et sans parti pris à l’accomplissement de leurs missions.
Le vote des lois, c’est la fonction première d’un parlement. Norme générale, contraignante et impersonnelle, la loi est l’expression de la volonté générale. On considère, en effet, que chaque citoyen participe par l’intermédiaire de ses représentants à l’élaboration et au vote de la loi. Qu’il s’agisse des autorisations de ratification, des lois de finances, de règlement, organiques ou ordinaires, l’intérêt général devra être recherché dans chacune de ces normes. C’est à ce niveau que la maturité et la responsabilité de ces élus seront recherchées. Sont-ils capables de produire des lois de bonne facture qui rassurent et font avancer le pays ? Sauront-ils décliner l’offre d’intérêts particuliers ? Déjà qu’il leur colle à la peau l’étiquette de partisans chevronnés du gouvernement, pourront-ils œuvrer à une législation de qualité ? Louis Vlavonou qui tient les rênes de cette 8ème législature saura imprimer la marche à suivre. A l’heure du bilan, les Béninois apprécieront.
Le second volet des missions de l’Assemblée nationale tout aussi important que le premier est lié au contrôle de l’action gouvernementale. Des possibilités prévues dans le règlement intérieur de l’institution permettent aux députés de s’illustrer, seul ou en groupe, sur ce terrain. Les questions orales ou écrites, avec ou sans débat selon le cas ainsi que les commissions parlementaires d’enquête sont autant de moyens offerts aux élus du peuple pour fouiner dans la gestion de l’Exécutif. Il leur revient d’en faire usage aussi souvent que possible. La législature écoulée, la 7ème, ne s’est pas vraiment illustrée sur ce plan. Il faut espérer que la 8ème fasse mieux. Personne n’en voudra à un député de demander des comptes au gouvernement. Bien au contraire ! Au-delà de tout, une Assemblée nationale, quelle qu’elle soit, qui se comporte comme un appendice du gouvernement ne suscite que peu d’intérêt.
100 jours sont déjà égrenés depuis le 16 mai dernier. Le mandat ne fait que commencer. Les choses sérieuses s’annoncent dès octobre avec la session budgétaire. C’est un test qui se présente à cette législature. Plus que quelques semaines et l’opinion pourra apprécier la manière dont ce tournant sera négocié. Une chose est sûre. L’Assemblée nationale est une institution de contre-pouvoir. Certes, il ne s’agit pas de s’opposer littéralement au gouvernement, mais de le recadrer au besoin en jouant en permanence le rôle du gendarme. Mieux que quiconque, les 83 députés savent dans quelles conditions ils se sont retrouvés à l’Assemblée nationale. Ils connaissent aussi leurs missions et les attentes des populations. S’ils sont disposés à œuvrer pour l’intérêt général, tant mieux. S’ils veulent par contre donner raison à ceux qui les traitent de caisse de résonnance, tant pis.





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