En vérité : Dialogue en suspens

Moïse DOSSOUMOU 14 mai 2020

C’est ce qu’on appelle une réaction d’humeur. Invités par le gouvernement à leur demande, les secrétaires généraux des centrales et confédérations syndicales ont annoncé boycotter la rencontre. Prévue pour se dérouler ce jour, cette audience a très peu de chances de se tenir. Salimane Karimou, ministre des enseignements maternel et primaire et Kakpo Mahougnon, son collègue en charge de l’enseignement secondaire, technique et professionnel devront vaquer à d’autres occupations. Outrés par le peu de considération dont ils sont l’objet, leurs vis-à-vis ont adressé un « refus poli » à leur invitation ». A première vue, on peut être tenté de se demander si les partenaires sociaux veulent d’une chose et de son contraire. Ce serait vite aller en besogne que de leur jeter la pierre. Les responsables syndicaux qui boudent le gouvernement auraient souhaité que cet appel des pouvoirs publics leur soit adressé un peu plus tôt conformément à leurs souhaits.
En effet, quelques semaines avant la reprise des cours, et eu égard à la menace du Covid-19 qui se fait persistante en dépit des mesures prises par les décideurs, les leaders syndicaux, préoccupés par la situation, ont alerté l’opinion publique plus d’une fois. Seuls ou en groupe avec d’autres creusets, les responsables de la Bourse du travail ont adressé mille et une propositions au gouvernement. Sans se lasser, ils sont allés plus loin dans les démarches en sollicitant une audience. Tout ceci pour s’assurer que leurs préoccupations, à défaut d’être prises en compte, sont tout au moins attendues. A leur grande surprise, toutes ces initiatives sont demeurées sans réponse. C’est dans ces conditions que le Conseil des ministres du mercredi 8 mai dernier fixait les règles devant prévaloir à l’occasion de la reprise des cours. Comme les parents d’élèves ont pu le constater, des efforts ont été faits, mais tout ceci ne rassure pas pour autant.
La rencontre tant souhaitée entre leaders syndicaux et les ministres en charge de l’enseignement a finalement été annoncée pour ce jour 14 mai. Trop tard, disent les partenaires sociaux qui estiment qu’il s’agira d’un entretien sans objet. Le fait que les ministres soient restés sourds pendant plusieurs semaines aux multiples exhortations des responsables des associations faîtières des syndicats a été vu d’un mauvais œil. Du coup, le dialogue social qui demeure l’arme privilégiée entre gouvernants et partenaires sociaux est compromis. La réaction des syndicalistes se justifie d’autant plus qu’ils nourrissent des griefs contre les deux membres du gouvernement, coutumiers du fait. A présent, les deux parties qui ne peuvent pas s’éviter se font dos. Une situation fâcheuse qui aurait pu être évitée si les ministres concernés avaient été proactifs. Tout porte à croire que l’approche participative dans la riposte contre la propagation du Covid-19 n’est pas la bienvenue.
Après cet épisode, que réservent les deux parties pour les jours à venir ? Les syndicalistes qui ont fait l’option de bouder le gouvernement ont des raisons d’agir ainsi. Mais ils auraient pu néanmoins, toutes considérations faites, prendre sur eux-mêmes pour répondre à l’appel de l’autorité. Qui sait ? Des lignes pourraient toujours bouger après la rencontre. Le gouvernement également qui a l’initiative de la décision ne perd rien à échanger et à écouter les autres parties. La pandémie du moment donne du fil à retordre tout le monde. Les fruits des réflexions des autres peuvent toujours inspirer les dirigeants, qui ne peuvent pas toujours prendre en compte tous les aspects, parce ne détenant pas la science infuse. A l’avenir, au nom de la décrispation et d’une meilleure performance des agents de l’Etat représentés par les syndicats, le gouvernement gagnerait à dialoguer. De la même manière, un peu de souplesse ne fera pas de mal aux partenaires sociaux.





Dans la même rubrique