En vérité : La dignité restaurée

Moïse DOSSOUMOU 16 juillet 2020

Ils reviennent de loin. Bannis de la société, voués à un destin de clochards, ils sont en voie de recouvrer leur dignité. Les malades mentaux, abandonnés par leurs familles, ne bénéficiant d’aucun soin et dont le nombre ne cesse de grossir jouissent à présent de la sollicitude des pouvoirs publics. Pendant de nombreuses années, ils ont passé le temps à errer dans les villes, se gavant des restes de nourritures. Aux carrefours, le long des artères et sous les ponts, ils ont élu domicile. Dépourvus d’assistance, ils sont perpétuellement aux prises avec la maladie qui leur ôte progressivement la capacité de raisonner et de se prendre en charge. Indifférente à leur sort, la société ne s’en préoccupe guère. Seules quelques personnes prises de pitié leur jettent des piécettes à l’occasion. Ces véritables cas sociaux qui pullulent dans nos cités jouissent à présent de la solidarité nationale.
Il y a encore quelques années, c’était presque impensable que le gouvernement se soucie de leur bien-être au point d’être préoccupé par leur restauration. Heureusement, le processus mis en branle depuis novembre 2019 suit son cours. L’étape de Cotonou, qui constitue d’ailleurs la phase pilote, a été couronnée de succès et a permis la guérison de plusieurs malades au bout de quelques mois seulement. Certains, réinsérés dans leurs familles, ont repris goût à la vie. D’autres, dont l’état nécessite encore des soins, sont aux mains du personnel soignant. Le centre universitaire psychiatrique de Jacquot et les centres saint Camille sollicités dans le cadre de l’opération de prise en charge des malades mentaux errant dans les villes ont convenablement accompli leur mission. Aux dernières nouvelles, le Fonds d’appui à la solidarité nationale, bras opérationnel de cette intervention s’active pour la réinsertion professionnelle des personnes guéries. Une fois à cette étape, la boucle sera bouclée et les concernés n’auront plus qu’à prendre eux-mêmes le relai pour ce qui est de leur santé.
Après Cotonou, ce projet est entré sans sa phase active dans le Septentrion. Le mardi dernier, avec l’appui des forces de l’ordre et des sapeurs-pompiers, les malades ambulants de Parakou ont été sauvés de l’errance. Le tour de ville a permis à l’équipe en charge de les identifier et de les conduire vers le centre de traitement. Au total, une trentaine de personnes sont actuellement aux soins. Elles y demeureront tout le temps nécessaire pour recouvrer la santé. Les familles des intéressés qui ont démissionné depuis bien longtemps, soit du fait de leur incapacité à leur faire bénéficier de conditions de soins adéquates, soit du fait de la honte, peuvent pousser un ouf de soulagement. L’Etat, à travers le ministère des affaires sociales et de la microfinance, prend les choses en main. Il faut croire que progressivement, les citoyens aux prises avec les maladies mentales et qui se retrouvent livrés à eux-mêmes auront droit aux soins appropriés.
Véronique Tognifodé, ministre des affaires sociales et de la microfinance a voulu faire plus que ses prédécesseurs. C’est pourquoi elle n’a pas hésité à faire appel à la solidarité nationale pour concrétiser cette opération dont le but est de restaurer la dignité humaine. Communément désignés sous le vocable péjoratif de « fous », ces citoyens n’ont pas choisi de connaître ce triste sort. Sachant que toute personne apparemment bien portante est un malade qui s’ignore, nul n’est véritablement à l’abri d’une déchéance. Encore que dans le cas d’espèce, le stress, l’anxiété, l’alcool, l’absence de soutien social, les mauvais traitements durant l’enfance, la violence familiale, le chômage, bref les coups de la vie peuvent influencer et faciliter le déclenchement de la maladie. Véronique Tognifodé joue admirablement sa partition. Il faut espérer à terme que cette opération s’étende à toutes les grandes contrées du pays.





Dans la même rubrique