En vérité : Le réveil du procureur

Isac A. YAÏ 10 juillet 2019

Elle reprend de plus belle. La lutte contre la pollution sous toutes ses formes est à nouveau d’actualité. Le procureur de la République près le tribunal de première classe de première instance de Cotonou revient à la charge. Hier, au détour d’une rencontre avec les officiers de police judiciaire, Mario Mètonou a décidé à nouveau de prendre fait et cause pour la protection de l’environnement. La loi-cadre sur l’environnement a donc des chances de connaître une meilleure application dans les semaines et mois à venir. Il faut croire que désormais toute pollution sera réprimée. Cette fois, les choses sont un peu plus corsées. « Ceux qui urinent au bord des voies, ceux qui jettent des ordures dans les rues ou encore ceux qui font du bruit aux heures de repos seront interpellés et présentés au Procureur ». Telle est la substance de l’annonce faite hier et, précision utile, cette mesure est d’application immédiate.
Ainsi, le procureur renoue avec ses vieilles amours. L’année écoulée déjà, il s’était mis en vedette sur le sujet. A travers des séances de sensibilisations et des descentes dans la ville, Mario Mètonou avait montré son engagement à lutter efficacement contre ces travers de notre société. Dans la foulée, plusieurs citoyens interpellés ont été gardés-à-vue puis condamnés à des amendes et à des peines d’emprisonnement avec sursis. La répression contre toutes formes de pollution sonore avait même été entamée à l’occasion. Ces sanctions ont fait mouche et les Béninois, notamment les habitants de Cotonou commençaient déjà à se ranger. Mais, du jour au lendemain, sans crier gare, le procureur a baissé la garde. Les mauvaises habitudes combattues pendant un laps de temps ont repris le dessus. Les caniveaux, les ruelles et les terre-pleins centraux ont repris leur statut de dépotoirs sauvages. Aujourd’hui plus qu’hier, Cotonou est davantage sale.
« Nous avons pris le flambeau et nous allons continuer la lutte jusqu’à faire en sorte que les lois de ce pays soient respectées. Nous allons travailler à faire en sorte que chacun puisse prendre part à l’assainissement de la cité parce que le droit à un environnement sain fait partie des droits de l’homme », martelait le procureur en décembre dernier. Cette lutte entamée tambour battant n’a pas vraiment prospéré. Le combat a cessé pour ainsi dire faute de combattant. Voilà que six mois après, la même rengaine est entonnée. Est-ce pour de bon cette fois ? L’avenir nous le dira. Compte tenu des effets positifs attendus en terme de salubrité publique, il faut néanmoins saluer ce réveil du procureur. Les Béninois ont en effet besoin de discipline sur le plan de l’assainissement de leur cadre de vie. Comparativement aux autres métropoles de la sous-région, l’image que renvoie Cotonou est dégradante.
Certes, il est prouvé que « la peur du gendarme est le commencement de la sagesse ». Mais une lutte intermittente ou sélective ne produira pas les effets escomptés sur la durée. La détention, même brève et préventive n’est pas forcément la meilleure solution pour décourager les personnes qui ont pris l’habitude d’uriner sur la voie publique ou de jeter des ordures partout et n’importe comment. Les amendes sont encore plus efficaces que la privation de liberté. Encore que si on jette la pierre aux citoyens pour leur désinvolture face à l’assainissement de leur habitat, on peut valablement en faire de même pour la mairie de Cotonou. De combien de toilettes publiques dispose la ville ? Où se trouvent les bacs à ordures ? Qu’en est-il des Ong de collecte d’ordures ménagères ? Sont-elles régulièrement contrôlées quant à l’effectivité de leur mission ? Autant de questions dont les réponses devraient servir de base à la répression décidée par le procureur.



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