En vérité : Le top de la présidentielle

Moïse DOSSOUMOU 10 août 2020

Ils sont allés droit au but. Sans tergiverser, Jacques Ayadji et les siens ont mis les pieds dans les plats. Mine de rien, ils y sont allés un peu fort. Sans se faire annoncer, le Mouvement des élites engagées pour l’émancipation du Bénin (Moele-Bénin) est entré de plain-pied dans la présidentielle de 2021. A la faveur du 2ème conseil national ordinaire du parti qui s’est déroulé ce dimanche à Cotonou, les langues se sont déliées. Après avoir fait le point des activités antérieures, place a été faite pour la présidentielle. Il faut croire qu’à l’unanimité, les 15 coordinations de ce creuset ont porté leur choix sur Patrice Talon. Alors qu’a priori, rien ne présageait d’une telle issue, Jacques Ayadji et les siens, ont préféré, non pas marcher à pas feutrés, mais évoluer au galop. Sans fard ni déguisement, en plein jour, ils se positionnent dans l’arène.
La déclaration du parti est d’autant plus surprenante qu’il ne peut encore se prévaloir d’une quelconque prouesse électorale. A deux reprises, bien qu’ayant manifesté la volonté de participer à un scrutin, ses dossiers ont été rejetés. En 2019, à l’occasion des législatives, Moele-Bénin était sur la ligne de départ à la Commission électorale nationale autonome. Au bout du compte, le logo du parti ne figurait pas sur le bulletin de vote. Un an plus tard, lors des municipales et communales, le même scénario a été observé. Si cette formation politique a le mérite de produire, pour ainsi dire, de bons dossiers au ministère de l’intérieur en vue de sa reconnaissance officielle, il n’a pas su aller plus loin. Du moins pour l’instant. Certes, lors des communales, en désespoir de cause, Moele-Bénin s’est allié à l’Union progressiste. Cela a-t-il pesé dans la balance des résultats ? Bien malin qui pourra le dire.
L’autre curiosité de ce conseil national est que le parti est allé plus loin que la dynamique actuelle. En effet, c’est la période de suscitation des candidatures pour la présidentielle. Alors que les probables candidats ne se sont pas encore prononcés, leurs soutiens ne manquent pas de leur faire des yeux doux. Mais Jacques Ayadji et son équipe ont dépassé cette étape. Ils n’ont pas voulu susciter une candidature. Ils ont purement et simplement désigné leur candidat qui n’est rien d’autre que le chef de l’Etat, qui par ailleurs, a fait l’apologie du mandat unique. Mais ça, c’est un autre débat. Pour Moele-Bénin, Patrice Talon est déjà candidat pour la présidentielle. Et le parti a tôt fait de lui apporter sa caution. Est-ce un ballon d’essai ? Ou, étant dans le secret des dieux, Ayadji a-t-il révélé ce qui ne sera plus un mystère dans peu de temps ?
Ce qui est sûr, en provoquant le débat de la présidentielle, Moele-Bénin se positionne comme le premier parti qui en parle sur la place publique en des termes qui ne souffrent d’aucune ambiguïté. A coup sûr, les autres formations politiques ne manqueront pas de lui emboîter le pas. Certains passeront par plusieurs étapes avant de se prononcer clairement. D’autres par contre, pourraient adopter la même démarche que Moele-Bénin. Pour l’instant, la dizaine de partis politiques officiellement en règle sont apparemment timorés. Comme si l’échéance de la présidentielle qui approche à grands pas ne les intéressait pas, les animateurs de ces creusets sont tous muets sur la question comme des carpes. A croire que la réforme du système partisan annihile les initiatives plus qu’elle ne les promeut. Tout compte fait, à un moment ou à un autre, le personnel politique devra se résoudre à rompre le silence en engageant les grandes manœuvres. Ce temps n’est plus loin.





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