En vérité : Les laissés-pour-compte de l’Ecole

Moïse DOSSOUMOU 16 octobre 2019

Un mois déjà que l’Ecole béninoise a rouvert ses portes. Quatre semaines que écoliers et élèves ont repris le chemin des classes. Ils en ont encore pour huit mois avant de profiter des grandes vacances. Pendant que certains, qu’ils soient du public ou du privé, suivent les cours avec facilité et assiduité, d’autres par contre, du fait des caprices de la nature sont contraints à marquer une pause. Impuissants, les apprenants, les parents, les enseignants et le personnel d’encadrement assistent, la mort dans l’âme, à la fermeture provisoire des salles de classe. Il ne faut pas réfléchir longtemps pour connaître les raisons de ce « drame » qui frappe des dizaines de milliers d’enfants. Les inondations et les crues marquent leur territoire. La montée des eaux, phénomène cyclique dans nombre de régions du pays, dicte encore sa loi. Les moyens rudimentaires qui sont ceux des communautés sont loin de résoudre ce problème qui devient teigneux.
Plus d’une dizaine de communes sont concernées par cette situation qui a viré au chaos dans bien d’endroits. Certes, l’ampleur n’est pas la même partout. Pendant que dans certaines localités, notamment Malanville et Karimama, la décrue s’observe déjà, ailleurs, c’est plutôt le contraire. La crue donne des sueurs froides aux habitants de Athiémé, Grand-Popo, Aplahoué, Dogbo précisément l’arrondissement de Dévé, à Adjohoun, Bonou, Ouinhi et Cotonou. Une partie de Lokossa et de Zagnanado évolue lentement mais sûrement vers des jours meilleurs. Si les adultes ont du mal à s’accommoder de cette montée des eaux, parce bloqués dans l’exercice de leurs diverses activités économiques, les plus jeunes souffrent véritablement le martyre. Les scolarisés qui ont les mêmes droits que les autres enfants du pays rongent leur frein en espérant que les eaux libèrent l’espace. Des dizaines d’écoles et de collèges, inaccessibles ou difficiles d’accès, marquent une pause dans le déroulement des activités pédagogiques.
En temps normal, même lorsque la nature est clémente, l’Ecole béninoise, en dépit des réformes et de la longue liste des mesures prises par le gouvernement, est sujet à de nombreux dysfonctionnements qui impactent négativement le niveau des apprenants. Le constat des classes jumelées et volantes dû à l’insuffisance d’enseignants et de salles de classe, le déficit en matériels didactiques et pédagogiques… pour ne citer que ceux-là, sont des maux restés sans solutions définitives. A ceci, il faut ajouter la triste situation des écoliers et élèves dont le péché est d’habiter des localités proches des eaux. Dans le Mono, Athiémé notamment, du fait de sa position géographique proche du barrage de Nangbéto, détient la palme d’or de la montée répétée des eaux à divers moments de l’année. Qui pense aux écoliers et élèves, victimes innocentes des crues cycliques, dont le séjour à l’école est écourté de manière fréquente ?
Et pourtant, ils participent aux examens nationaux au même titre que leurs camarades dont la présence à l’école n’a souffert d’aucune irrégularité. Soumis aux mêmes épreuves, ils font de leur mieux pour tirer leur épingle du jeu. Les lacunes et insuffisances accumulées au fil des années ne manqueront pas de leur jouer de sales tours au fil du temps. Puisqu’il est de la responsabilité du gouvernement de veiller à l’équité, à défaut de l’équilibre, il serait indiqué que des programmes spécifiques de mise à niveau soient conçus et exécutés pour le bénéfice de ces apprenants qui subissent de plein fouet les conséquences des intempéries. Eprouvés par la nature, ils ont besoin d’être réconfortés et pris en compte par les ministères en charge de l’éducation nationale. c’est ce qui doit être dans un Etat soucieux du mieux-être de tous ses citoyens, quelles que soient leurs conditions. Le droit à l’éducation est sacré. Comme l’a si bien dit Victor Hugo, « chaque enfant qu’on enseigne est un homme qu’on gagne ».





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