En vérité : Les troupeaux de la mort

Moïse DOSSOUMOU 4 mai 2020

C’est un drame récurrent. Des morts et des blessés graves, il y en a toujours eu. A intervalles réguliers, les affrontements sanglants entre éleveurs et agriculteurs, sur fond de règlement de compte, font rage. Depuis plusieurs années, des mesures normatives prises par diverses autorités étaient censées mettre un terme à la saignée. Mais il n’en est rien. Mieux, les mille et une séances de sensibilisations effectuées sur le terrain n’ont véritablement pas abouti à l’accalmie recherchée. La semaine écoulée, les faits regrettables qui se sont déroulés dans le département du Plateau prouvent à suffisance que ce phénomène ne sera pas de si tôt conjugué au passé. Woroko, un village de la commune de Kétou a été le théâtre d’opération d’une violence inouïe. Dans la nuit du jeudi 30 avril au vendredi 1er mai, des éleveurs habités par un vil dessein s’en sont pris aux paisibles populations. Bilan : 6 morts et un blessé grave, qui plus est agent de la police républicaine.
Craignant une attaque imminente, les habitants du village, dans le but d’éviter le pire, faisaient le guet à la nuit tombée. Informés, les forces de l’ordre déployées sur le terrain, sont venues leur prêter main forte. Mais cela n’a nullement dissuadé les agresseurs déterminés à commettre leurs funestes forfaits. L’attaque perpétrée dans la nuit profonde n’a pas permis aux villageois de riposter. C’est peu dire qu’ils ont subi la rage des assaillants. Ce bilan macabre non négligeable vient raviver les douleurs et les ressentiments d’autant plus que le chef du village fait partie des victimes. Cet énième drame démontre l’inefficacité des mesures et décisions prises jusque-là pour calmer les ardeurs entre éleveurs et agriculteurs. Chaque fois, des appels à la retenue et à la paix sont lancés par les diverses autorités. Mais, force est de constater que tout ceci demeure lettre morte.
Si les éleveurs, nomades par excellence, sont à la quête permanente de pâturage pour leurs troupeaux, les agriculteurs par contre, sont habités par le souci de voir leurs cultures croître en vue d’une bonne moisson. En présence de ces deux intérêts divergents, une solution, a priori simple, avait été trouvée. La délimitation des couloirs de circulation pour les bovins apparaissant comme une panacée. Mais dans la pratique, des insuffisances sont apparues montrant clairement les faiblesses de cette réponse aux querelles. Pour diverses raisons, les éleveurs ne parviennent pas toujours à respecter les couloirs convenus souvent d’accord partie. Les paysans, devant le triste spectacle de leurs champs saccagés par les bœufs, n’ont pas la patience d’élever le conflit. Sous le coup de la colère, leurs réactions suscitent un déferlement de violences. Et bonjour les dégâts.
Ce n’est pas évident de garder son calme lorsqu’on perd en un clin d’œil des promesses de récoltes abondantes. Hélas, toute action entraîne une réaction. Dans le cas d’espèce, personne n’ayant le monopole de la violence, ça part dans tous les sens et il est difficile d’arrêter la saignée. Lorsqu’on prend en compte la dernière attaque en date, la présence des éléments de la police républicaine sur le terrain n’a pas dissuadé les assaillants. Le mal est donc profond. C’est le moment de nourrir sereinement la réflexion en vue d’aboutir à des solutions pratiques et efficaces. Dans tous les cas de figure, il faut éviter que éleveurs et agriculteurs se croisent, lorsqu’ils sont préoccupés par leur gagne-pain. C’est à ce prix que ces drames récurrents seront progressivement conjugués au passé. au point où nous en sommes, les anciennes mesures ne peuvent plus être brandies. Il faut impérativement changer de paradigme. Sans cela, le sang continuera de couler au nom de la transhumance des bovins.





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