En vérité : Présidentielle 2021 : calme plat

Moïse DOSSOUMOU 13 juillet 2020

Plus que huit mois et Patrice Talon sera à la fin de son mandat qu’il a voulu unique. Elu en mars 2016 dans la ferveur populaire au terme du second tour du scrutin présidentiel, le chef de l’Etat sera appelé, soit à rendre le tablier, soit à solliciter à nouveau les suffrages des électeurs. Si ce dernier cas de figure advenait, ce serait l’expression la plus éloquente de son renoncement au mandat unique qu’il a âprement défendu. Mais, on n’en est pas encore là. Dans quelques mois, le corps électoral sera convoqué pour élire le prochain président de la République. Un scrutin redouté par les candidats en ce que c’est quasiment le seul moment où le peuple dans son ensemble, seul détenteur du pouvoir, s’exprime en toute majesté dans le silence de l’isoloir. Souvent imprévisible, le choix des électeurs permet d’arbitrer le jeu électoral sans possibilité de remise en cause du verdict des urnes.
Habituellement, à l’approche de ce grand rendez-vous électoral, le marché politique est en effervescence. Les prétendants au poste, des plus sérieux aux plus loufoques se bousculent sur le terrain pour s’imposer. Les discours et les postures, séduisants à souhait, et produits à profusion permettent aux électeurs de se situer quant aux prétentions des uns et des autres. En effet, bien que la tâche soit des plus éprouvantes, ils sont nombreux les Béninois qui sont animés par le désir de diriger leur pays. Quand vient cette échéance, ceux d’entre eux qui remplissent les conditions et qui s’y sont préparés d’une manière ou d’une autre, n’hésitent pas à se jeter à l’eau. C’est ce faisceau de candidatures qui donne de l’intérêt et du piquant au jeu. Contrairement au passé, cette fois-ci, les choses ont vraiment changé. Il y a cinq ans, à pareil moment, la foire des candidats battait son plein. Mais actuellement, c’est le calme plat.
Excepté un universitaire de renom dont les agissements renseignent suffisamment sur ses intentions, les autres probables candidats à la candidature se font désirer. C’est à croire que le personnel politique et autres dits technocrates ne sont pas intéressés par le fauteuil présidentiel. La possibilité que Patrice Talon soit encore candidat ne saurait justifier cette lourdeur observée. En 1996, 2001 et 2011 par exemple alors que Nicéphore Soglo, Mathieu Kérékou et Boni Yayi pouvaient encore se représenter, des candidats et pas des moindres, nullement intimidés, se sont manifestés. Que Patrice Talon décide de solliciter les suffrages des électeurs ne saurait être un frein à l’expression des ambitions. La cause la plus évidente de ce silence assourdissant, c’est bien la réforme du système partisan qui a corsé à souhait les conditions à remplir pour se mettre en lice pour la présidentielle. Il faut croire que désormais, seuls les candidats issus des partis auront la chance de se faire élire à la tête de l’Etat.
En soi, ce n’est pas mauvais. C’est même ce qui doit être, même si jusque-là, le Bénin post conférence nationale a fait exception à cette règle. La pesanteur qui règne actuellement sur le pays est due à l’inertie des deux partis qui tirent leur substance de leur proximité avec le pouvoir et qui totalisent à eux seuls 153 élus sur les 160 qui sont appelés à parrainer les candidats. En effet, selon le code électoral, il faut recueillir au minimum 16 parrainages de députés ou de maires pour valider sa candidature à la présidentielle. En théorie, aucun candidat hormis ceux désignés par ces deux partis ne peut valablement prendre part à cette compétition. Vu que le chef de l’Etat n’a pas encore pris une décision officielle dans ce sens, tous les regards sont tournés vers lui. Quand il aura libéré la parole, peut-être qu’à ce moment-là, les autres langues vont commencer à se délier.





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