En vérité : Une réforme mal pensée

Moïse DOSSOUMOU 12 août 2020

C’est dans l’ordre normal des choses. Toute société aspire à évoluer. Mais au niveau de l’ordre national des pharmaciens du Bénin, la tendance est plutôt au recul. Installé seulement en juillet dernier après une période de clivages, cet organe s’apprête à prendre une décision pour le moins renversante. La nouvelle équipe unifiée préoccupée par la restauration de l’image du pharmacien veut changer certaines pratiques pourtant appréciées des consommateurs. La réinstauration du système de garde par rotation qui sera étendu à toutes les pharmacies est au cœur des discussions. Ce principe, s’il est validé, supprimera de fait l’ouverture de plusieurs officines 24h/24. Cela signifie que le consommateur qui se trouverait dans le besoin d’un médicament entre 22h et 6h du matin ou les weekends et jours fériés devra consulter la liste des pharmacies de garde avant de se faire servir. Or, actuellement, les populations savent où aller peu importe le jour ou l’heure pour se procurer des produits.
Cette décision redoutée par beaucoup, placerait les consommateurs dans une position inconfortable. Ils devront alors nuitamment faire le tour de la ville à la recherche des pharmacies de garde dans l’espoir d’y trouver le médicament tant recherché. Les officines qui ont adopté la règle de l’ouverture en continu, soit 24h/24 ont déjà fidélisé leur clientèle. Cette option, loin d’être facile, implique des surcoûts pour ces pharmaciens, qui doivent, contrairement à leurs collègues qui n’ouvrent qu’en journée, recruter du personnel supplémentaire et mettre en place un système de rotation de sorte à ce que le client soit toujours satisfait quelle que soit l’heure à laquelle il se présente. Ce souci de satisfaction des besoins des patients est une dynamique à encourager. Or, il se susurre que, à peine installé, l’ordre des pharmaciens est dans la logique de remettre en cause ce dynamisme qui fait le bonheur des populations.
C’est le propre du pharmacien de se rapprocher des populations. Il n’appartient pas aux consommateurs d’être à la recherche de son lieu d’établissement. Curieusement, c’est ce mouvement inverse qui pourrait être imposé. A défaut d’avancer, on devrait faire en sorte de ne pas reculer. Le principe des pharmacies de garde a vécu. Ses limites ont inspiré plusieurs pharmaciens à s’inscrire dans la logique de l’ouverture en continu. Cela fait le bonheur des clients obligés de se retrouver à des heures indues chez le spécialiste dans le but de trouver les médicaments susceptibles de sauver un parent ou un proche malade. A-t-on évalué ce qui se fait maintenant avant de vouloir revenir à l’ancien système ? Qu’est-ce qui gêne dans le fait que certaines officines restent ouvertes à n’importe quelle heure du jour et de la nuit ? N’est-ce pas pour le bien des populations ? Ne dit-on pas souvent que la maladie ne prévient pas ?
L’article 5 du décret N° 2019-500 du 13 Novembre 2019 portant organisation et fonctionnement de l’Ordre national des pharmaciens du Bénin dispose, entre autres, qu’il « veille au respect des devoirs professionnels ; assure la défense de l’honneur et de l’indépendance de la profession ; veille à la formation continue et à l’évaluation des pratiques professionnelles ; contribue à la promotion de la santé publique ». La restauration du métier de pharmacien passe par la promotion des bonnes pratiques. Il ne sert à rien de revenir en arrière. La saine émulation voudrait que les pharmaciens peu ambitieux ou qui peinent à maintenir leurs portes ouvertes sans interruption aillent à l’école de ceux qui réussissent à le faire. Le but, c’est de tirer le groupe vers le haut. Des médicaments accessibles pour tous et à tout moment participent du salut des populations.





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