Interview avec Coffi Attédé sur la société civile culturelle béninoise : « Les associations culturelles seront les adhérents du Cnoa »

Arnaud DOUMANHOUN 3 septembre 2020

Le Directeur des arts et du livre (Dal), Koffi Attédé se prononce ici sur la vision du ministre de la culture, Jean Michel Abimbola de travailler à l’amélioration de la qualité de la gouvernance de la société civile culturelle béninoise. Ceci passera par la mise en place du Conseil national des organisations d’artistes (Cnoa).

Un nouvel organe se met en place sous votre Direction. Que peut-on retenir de ce creuset qui devrait permettre aux acteurs culturels et artistes de se défendre vis-à-vis du pouvoir public ?
Le Conseil national des organisations d’artistes (Cnoa) est une instance. C’est le cadre national de concertation des organisations de la société civile culturelle béninoise. Et cela a été conçu de concert avec les acteurs culturels. C’est un processus qui a été autorisé en décembre 2019 et la première réunion de concertation que nous avons eue avec les acteurs s’est tenue le 16 mars 2020.
Après, il y a eu la crise de la Covid-19, avec le cordon sanitaire qui nous a ralenti. Dès la levée du cordon sanitaire, nous sommes allés dans tous les anciens chefs-lieux de départements pour rencontrer les acteurs concernés afin de les informer de la nécessité de mettre en place une structure lisible, structurée, représentative de toutes les organisations de base, c’est-à-dire les associations culturelles. Nous avons fait cette première campagne d’informations et d’échanges avec les acteurs en leur expliquant les différentes phases par lesquelles nous allions passé avant d’arriver à l’étape de l’élection du Conseil d’administration (Ca). C’est donc tout le Conseil d’administration qui a été mis en place le 21 Août 2020.
A l’issue de la phase d’identification, nous avions retenu qu’il fallait passer par les Fédérations qui sont déjà dans la logique que nous souhaitons, à savoir celle des regroupements d’associations. C’est un consensus que nous avions obtenu, parce que nous avions estimé que la situation des associations culturelles au Bénin n’est pas très claire. Mais tous les acteurs sont unanimes sur la question : « Il faut revoir les associations culturelles Béninois, les conditions de leur création, l’usage qu’on en fait, les finalités auxquelles on estime ces regroupements ». Nous en avions défini 7 filières d’activité à savoir : le théâtre, la musique, la danse, le cinéma, la littérature, la mode et les arts graphiques numériques. Et nous n’avons pas des confédérations dans toutes les filières. La situation des associations étant ce qu’elle est, et n’ayant pas de confédération dans toutes les filières, il fallait donc trouver le juste milieu, et ce sont les Fédérations.

Il existe également plusieurs Fédérations. Comment avez-vous fait la distinction entre les usurpateurs et les vrais regroupements ?
Nous avons pris des précautions en demandant à ce que les Fédérations nous donnent la preuve qu’elles sont vraiment des organisations qui regroupent des associations de base. Donc, chaque Fédération nous avait fourni les noms d’au moins trois associations affiliées, en donnant à la fois la preuve de leur existence légale ainsi que celle des associations affiliées et les actes d’affiliation. Cela a été fait afin que nous soyons sûrs de ce qu’il n’y a pas usurpation, que des associations ne soient pas cohortées sans que les présidents ou les membres ne soient informés de leur appartenance à une Fédération. Nous avons dénombré à l’issue de toutes les tractations 55 Fédérations réparties dans 7 filières. 19 dans la filière musique, 1 en littérature, 7 en art visuel, 3 dans la filière mode etc. Une fois que nous avons fait ces regroupements-là, il était entendu également que chaque filière quel que soit le nombre de Fédérations qu’elle compte, désigne 3 membres.

Quelle est la finalité de ce processus ?
Il y a un chantier sur la société civile culturelle béninoise que nous n’avons pas encore fait et que nous devons faire si nous voulons sortir de l’ornière. Donc, chaque filière a choisi ses hommes et femmes, parce qu’il s’agissait de choisir un jeune de moins de 40 ans, une femme obligatoirement et un aîné. Au total, on s’est retrouvé avec 21 personnes. C’est ce que nous avons retenu et c’est ce à quoi l’ensemble des organisations a adhéré.
Nous avions également dit que dans le cadre d’un travail que nous faisons, le Cnoa in fine aura pour adhérents, les associations de base et non les Fédérations, parce que la finalité recherchée, c’est l’assainissement du milieu. C’est créer une interlocution entre le ministère et la société civile, permettre aux organisations de la société civile de pouvoir faire des propositions en vue d’améliorer la qualité de la gouvernance au niveau du pouvoir publique. Il faut dire que c’est l’une des exigences au niveau des Partenaires techniques et financiers (PTF). Car, la société civile a une contribution à faire au niveau de la gouvernance publique.
Et faire des propositions, c’est s’impliquer. Avec les 21 personnes qui ont été retenues, chaque filière a identifié une personne devant siéger au Conseil d’administration. Je précise que le rôle du ministère dans tout ce processus a été celui de facilitateur. Parce qu’au final, il sera mis en place une association loi 1901.
Nous avons fait ce travail en ayant le regard sur les missions et les attributions que le chef de l’Etat nous a confiées, notamment à la Direction des arts et du livre (Dal). Il s’agit entre autres de travailler à l’amélioration de la qualité de la gouvernance de la société civile culturelle béninoise.

Comment en est-on arrivé à l’élection du Président du conseil d’administration du Cnoa ?
Chaque filière nous a désigné un représentant, et ce sont les 7 qui d’office siègent au Conseil d’administration. Après, comme on le fait dans d’autres organes d’Etat constitutionnellement reconnus, les 7 se retrouvent et forment un bureau. C’est ce qui a donné le Conseil d’administration présidé par Mr Philippe Victorien Abaï, à l’issue de l’élection du 21 août dernier.

Qu’est-ce qui justifient les remous dans les rangs des acteurs culturels au lendemain de cette élection ?
Personne n’a contesté les élections, ni officiellement, ni officieusement, ni administrativement, ni publiquement jusqu’à l’heure où je vous parle. Evidemment pour toute élection, il y a des courants, il y a des camps, il y a des chapelles. Certains pensaient être ceux qui l’auraient gagné, et ça n’a pas été le cas. Certains sont entrés dans une forme de retenue par rapport au processus. Mais cela n’entache en rien le processus. Le processus continue normalement. Nous devrions faire l’Assemblée générale constitutive le 10 septembre afin de ramener tous les acteurs. Car, l’objectif n’est pas de faire un conseil où il y aura encore des gens en dehors.
J’ai demandé à rencontrer les acteurs majeurs qui se réunissent régulièrement dans un autre cadre et cela a été fait le 18 août dernier. Il s’est agi de leur dire que le seul souci du ministre Jean-Michel Abimbola, c’est que tout ceci se passe dans la transparence, de façon inclusive et dans la paix. Il ne sera jamais question pour le ministre Jean-Michel Abimbola de dire : c’est tel que je veux, je ne veux pas tel. Et tant que le ministre Abimbola ne donne pas des instructions dans ce sens, aucun directeur ou collaborateur n’oserait le dire. Il a vu la nécessité pour nous de nous doter d’un cadre de concertation nationale transparent, structuré où lorsqu’on élit quelqu’un, il faudrait qu’on sache les conditions de renouvellement de son mandat. C’est ce que j’ai proposé et c’est ce qui a été validé.
Dans la salle le 21 août dernier, il n’y avait pas d’agents de la Police républicaine devant les sept (7) qui votaient le jour-là. Chacun a voté en toute transparence et je peux même redire encore qu’aucun d’eux ne remet en cause ni la fiabilité, ni la transparence du processus.

Quand le creuset sera définitivement installé. Comment allez-vous réussir à faire adhérer les frustrés ?
Le Cnoa n’est pas pour des individus. C’est pour les organisations de la société civile. Parallèlement à l’identification des Fédérations qui nous ont permis de mettre en place ces différents organes, nous avons lancé un autre processus qui concerne les associations de base parce que j’ai dit que ce sont elles qui nous intéressent. Le constat est que toutes les associations ne sont pas affiliées à des Fédérations.
Si nous prenons le risque de dire que nos interlocuteurs, en tout cas les membres ou les adhérents au Cnoa sont des Fédérations, nous allons laisser en rade beaucoup d’associations culturelles qui animent le territoire, qui font du bon travail et nous allons les mettre de côté juste parce qu’elles ne sont pas affiliées à une Fédération. C’est le risque que nous courrons et donc quand nous avons lancé l’identification des associations, nous avons à ce jour sur la plateforme, 475 associations culturelles de droit béninois enregistrées. Et ce sont celles-là qui seront les adhérents du Cnoa, filière par filière, département par département. Elles seront les adhérents du Conseil national des organisations d’artistes.

Qu’en sera-t-il concrètement de la collaboration entre les associations de base et le Cnoa ?
J’avais dit qu’il faut mettre au clair la situation des associations de bases. Mais si vous ne les identifiez pas, comment vous allez y mettre de l’ordre ? C’est ce que nous avons fait. La base de données existe et elle sera la matière sur laquelle le Conseil national des organisations d’artistes et ces différents organes à savoir le Conseil d’administration dont le rôle est bien défini et la Direction exécutive qui sera l’organe opérationnel, qui mettra en œuvre les différents chantiers, projets et programmes du conseil.
Au niveau du Conseil d’Administration, nous aurons également en interne trois commissions techniques d’orientation et de gouvernance. L’une chargée des entreprises et des industries créatives, l’autre chargée de l’amélioration de la qualité de la gouvernance de la société civile culturelle et l’autre en charge de la formation et de la commission professionnelle des travailleurs artistiques. Et là, vous avez les trois entités qui composent le secteur culturel béninois. Ces trois commissions vont s’intéresser à ces trois composantes. Les entreprises, les associations et les individus.

Parlant des financements, comment cela sera-t-il désormais organisé au niveau du Cnoa ?
Vous savez, les acteurs eux-mêmes ont toujours souhaité au même titre que les fédérations sportives qui reçoivent des subventions chaque année d’en recevoir aussi. Est-ce-que dans la situation telle qu’elle est aujourd’hui, on peut donner des subventions ? Nous allons fonctionner sur la base des filières. Ces filières qui englobent en réalité des associations de base sont censées être membres ou non des fédérations, des confédérations et autres. Donc au final, la question du financement va être une réalité, parce que le secteur est organisé et structuré. Je voulais que nous arrivions à une étape où lorsqu’on nous dit la société civile culturelle béninoise, qu’est-ce que c’est ? Que nous pussions dire que nous avons dans la filière art plastique, graphique et numérique par exemple, tel nombre d’associations enregistrées, affiliés et en règle.
Que nous puissions dire voilà la vision du secteur promue par le Conseil national des organisations d’artiste. Que lorsque le ministre, le cabiner ou n’importe quelle instance du pays a envie de s’informer, a envie d’avoir une contribution, un point de vu, le regard des professionnels sur une question, que nous puissions avoir des interlocuteurs valables dont la légitimité ne souffre d’aucune contestation et c’est ce que nous sommes en train de faire.

Quelle sera donc la prochaine étape dans ce processus d’installation du Cnoa ?
La prochaine étape est que nous allons organiser l’Assemblée générale consécutive le 10 septembre prochain. On a laissé du temps pour que les tensions chutent, que les discussions continuent. Donc, le processus ne s’est pas arrêté. Il n’est pas enrhumé. Nous somme dans l’administration et il y a une façon de faire que nous ne pouvons pas ignorer, juste parce qu’il y a deux ou trois mécontents. Aucun processus même au niveau supra, au niveau de l’Etat, aucune réforme n’est passée comme un bonbon sucré pour quelqu’un. Si vous êtes président de Fédération ou de Confédération, vous donnez un mot d’ordre à vos associations si vous voulez influer sur une décision. Mais si vous n’avez aucune association à la base autour de vous, là vous avez effectivement un problème.
La mission du Cnoa c’est d’accompagner les organisations culturelles à la base à améliorer la qualité de leur gouvernance. Une organisation qui fonctionne bien, qui renouvelle régulièrement ses instances, qui arrive à faire payer les cotisations à ses membres, qui est capable d’aller lever des fonds à l’international, c’est une organisation qui est solide et qui porte haut le drapeau du Bénin.
Propos recueillis : Arnaud DOUMANHOUN





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