Interview avec Nel Tachart, artiste peintre : « Le body painting est un art audacieux »

La rédaction 17 septembre 2020

Féru d’art qu’il est, Nel Tachart s’est investi dans la peinture corps et âme. De son vrai nom Léonel Zadji, le jeune peintre béninois nous parle d’une branche particulière du troisième art : le ’’body painting’’.

Qu’est-ce que le ’’body painting’’ ?
Le ’’body painting’’ est un art corporel. L’artiste peut disposer du corps d’une personne comme d’une toile, pour peindre. Et quand il s’agit uniquement du visage, on parle de ’’face painting’’.

Pourquoi cette orientation artistique ?
C’est l’envie de rendre mon art visible qui a suscité mon engouement pour la chose. Sur un tableau par exemple, je peux tout à fait transmettre des émotions ou un message. Mais un tableau ne peut bouger de lui-même, puisqu’il est matériel. Il est bon à être exposé et comptemplé. Par contre le body painting est vivant. Je peux alors valoriser mon œuvre d’une toute autre façon.

Quelle est l’intérêt de cet art au Bénin ?
Au Bénin, peu de gens s’intéressent à l’art en général et encore moins au body painting. Mais c’est un art qu’on peut exploiter de plusieurs façons. J’ai déjà collaboré avec des photographes et des mannequins, pour ne citer que ceux-là. On peut donc combiner body painting et photographie et/ou mode. On peut également l’associer à la danse et même à la musique. D’ailleurs, l’artiste Sessimè en fait usage dans son clip ’’Diyo’’. C’est aussi un moyen intéressant de promouvoir une marque, de faire la publicité. Je pense que l’art béninois aurait beaucoup à y gagner.

Mais le body painting allie art et nudité. Dans un monde plein de vices, ne serait-il pas un appel à la débauche ?
L’intention n’est pas d’inciter à un quelconque vice. C’est plutôt un appel à une ouverture d’esprit, pour qu’on puisse voir les choses avec moins d’étroitesse. Quand on parle du body painting, le face painting ne recouvre que le visage. Et parfois, je reçois des demandes pour des événements comme les anniversaires, les fêtes de fin d’années et autres activités pour enfants. Lors de ces occasions, c’est le face painting qui est sollicité. C’est un moyen pour les enfants de festoyer et de partager leur joie d’être ensemble. Et lorsqu’il s’agit de peindre le corps d’un modèle, il n’est pas question d’exposer son intimité. L’attention n’est pas du tout portée sur la nudité, car on vise un message précis. L’artiste habille donc le modèle avec la peinture.

Quelles sont les réactions que votre travail suscite auprès du public béninois ?
Il est évident que je ne peux pas faire l’unanimité. Mais les remarques que je reçois sont positives. Et de la part de mes proches, j’ai un grand soutien moral. Je trouve ça même défavorable de ne pas avoir de retour négatif, car c’est grâce aux critiques qu’on apprend à s’améliorer.

Quelles sont les difficultés rencontrées ?
Le manque de matériel adapté pour faire du body painting est l’une des difficultés. Il y a également un problème de mentalité qui se pose. Ça empêche la créativité de l’artiste de s’exprimer. Après tout, le body painting est un art audacieux. Et une fois l’œuvre réalisée, il n’y a pas d’espace pour l’exposer malgré le temps et l’argent investi. C’est très peu rentable comme activité, ici au Bénin. Raison pour laquelle, je ne peux envisager de laisser de côté les tableaux que je peins et de me spécialiser en la matière.

Au vu de ces difficultés, le body painting a-t-il un avenir au Bénin ?
Personnellement, je connais peu de gens qui le font. Mais on n’en est plus au même niveau qu’avant. C’est la preuve que tout est changeant. Il suffit que tous les artistes y mettent les moyens et travaillent en synergie. Le mur de l’Obcn n’a pas été graffé par un seul artiste, par exemple. Le plus gros travail nous revient alors. Quant à moi, je compte mettre toutes mes idées en action pour faire évoluer le body painting.
Propos recueillis par Vidjennagni MISSINHOUN (Stag)





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