Mazoclet Toninfo, artiste plasticien au sujet de l’exposition Africa Dokpo : « Autant que nous sommes, nous avons tous quelqu’un qui nous a quitté… »

20 septembre 2023

Dans la dynamique de l’unité africaine, Mazoclet Toninfo, artiste plasticien, associé à son aîné Prince Toffa, a lancé l’exposition Africa Dokpo. Dans cet entretien, il a apporté plus de détails sur son aventure.

Que peut-on savoir de Mazoclet Toninfo en termes de parcours dans l’univers des arts plastiques ?
Cela remonte à 2013. Du début jusqu’à ce jour, j’ai fait le chemin comme j’ai pu. Il faut savoir qu’on ne force pas les choses mais on le fait comme on le sent. Je travaille beaucoup plus en mettant en exergue le culte Egoungoun, culte des morts. Je crois que la mort est une réalité à laquelle tout le monde peut s’identifier qu’on veuille ou pas. Autant que nous sommes, nous avons tous quelqu’un qui nous a quitté et le culte Egoungoun qui est un vodoun, donne une certaine valeur à ceux qui sont de l’au-delà. A travers ces accoutrements et tout ce qui suit, on les fait revenir parce qu’ils sont présents à tout moment et n’importe où. Quand on est quelque part, ils sont là et nous protègent même si on ne les voit pas. Quand on veut les revoir, ils ne peuvent plus apparaître comme nous le désirons. Alors, ils viennent sous des costumes qui sont apprêtés comme sacrés. Donc, je m’inspire de cela pour travailler.

Pourquoi avez-vous choisi le titre Africa Dokpo pour l’exposition ?
Africa Dokpo qui veut dire en français Afrique 1 parle de l’unité africaine à travers les peuples, les cultes et les cultures. Il faut aussi comprendre que cette exposition est le fruit d’une résidence de trois mois entre Mazoclet Toninfo que je suis et Prince Toffa. Donc, c’est en même temps une question de génération parce que Prince Toffa est déjà connu dans le domaine de l’art plastique mais en tant que jeune, j’ai travaillé et fait une résidence avec lui. Alors lorsque nous sommes arrivés ici, nous avons un peu de tout comme des sculptures, des installations des toiles et bien d’autres. L’exposition a démarré le 19 août dernier et se poursuit jusqu’au 14 octobre prochain.

Qu’est-ce qui vous pousse vers l’idée de l’unité Africaine faisant objet au titre de cette exposition ?
C’est pour moi une préoccupation depuis 2019. Ce n’est pas une idée récente même si cela semble coïncider avec l’actualité en Afrique notamment l’Afrique sub-saharienne. Je me suis dit à un moment donné que si l’Afrique arrivait à s’unir, elle pourrait étonner le monde. C’est vrai que beaucoup ont pensé à cela et en ont parlé mais, il reste à le traduire en acte et pour le faire, je pense qu’il ne faut pas s’éloigner des ancêtres, ni de notre culture encore moins oublier le peuple que nous sommes avant de devenir pays. A l’avènement des frontières artificielles établies entre des peuples par les colons, quand vous allez au Nigeria, vous rencontrerez des Yoruba comme au Bénin, au Togo et même au Ghana. Si déjà les Yoruba de ces quatre pays se reconnaissent en tant que frères et arrivent à oublier que le Togolais est différent du Ghanéen et le Béninois différent du Nigérian mais en se reconnaissant en tant que des Yoruba, alors les Ewe qui sont amis aux Yoruba seront obligés d’être amis ainsi que les Minan. L’unité va pouvoir ainsi se constituer et se consolider. De cette façon, ensemble on va pouvoir faire de grandes choses avec zéro obstacle. C’est l’idée générale du projet et c’est ce qui m’a fait penser à ce projet.

Nous vivons aussi une époque où le panafricanisme est devenu un enjeu. Peut-on dire que l’Afrique 1 est dans la même logique que le panafricanisme ?
Je n’aime pas forcément utiliser ce terme parce qu’ils ont forcément leurs explications et leur concept. Je ne m’affiche pas en tant que panafricain. Je ne sais pas ce qu’ils font ni ce qu’ils vivent. Je ne veux pas savoir forcément ce que le panafricain fait mais l’important pour moi, c’est de défendre l’Afrique mais pas en oubliant son passé. Aujourd’hui, quand on va vouloir parler du passé de l’Afrique, on parlera forcément de l’Europe. L’Europe n’a pas fait qu’apporter de mauvaises choses en Afrique. Il a aussi apporté de bonnes choses. Quand on fait une analyse du bon et du négatif, je crois que l’Afrique doit pouvoir faire la synthèse pour pouvoir réellement acter l’unité et tout ceci, sans oublier d’où nous venons, nos ancêtres, ce qu’ils faisaient, ce qu’ils enseignaient. Il faut donc aller à la source.

Sur quelles techniques se basent vos réalisations ?
Prince et moi, nous sommes des artistes récupérateurs. On fait beaucoup de recyclage. C’est aussi pour répondre à l’écologie. L’Afrique est sale. Il n’y pas longtemps j’ai demandé au gérant de la galerie ce que pensaient les visiteurs et il m’a répondu qu’après les visites, des gens, de loin, disent que les œuvres sont jolies mais une fois près des toiles, ils disent que c’est sale, qu’il y a de la colle dessus, qu’il n’y a pas de finesse, que c’est vide. Je lui ai dit en retour que c’était bien car c’est ce que j’ai voulu qu’on constate. C’est pour faire remarquer aussi qu’on est allés vers des matières qui normalement sont destinées à finir dans le feu ou sous terre. Mais elles ont été revalorisées, on les utilise pour parler de l’Afrique. Et là encore, je dis qu’il ne faut pas négliger ce que l’Europe a apporté. C’est important car, s’il n’y avait pas eu des bidons en plastique, on n’aurait pas eu la matière première. Elle est réalisée quelque part. Autrement, cela ne m’aurait pas dérangé de voir les gens brûler les plastiques. Puisque comme cela je ne les aurais pas récupérés. S’il n’y avait pas eu cela, mon travail serait autre chose. Donc le but est aussi écologique et cela prouve que ces deux artistes abordent plusieurs aspects de par leurs différents travaux. Faire du recyclage, c’est pour répondre à un problème écologique, diminuer la pollution mais en pensant au futur sans oublier le passé. Et je crois que l’Afrique, depuis lors, s’est basée sur le passé et le présent pour pouvoir réaliser le futur. C’est important pour nous de repenser à tout cela.

Que peut-on retenir en terme de collaborations ?
Je ne crois pas qu’on pourrait parler d’unité africaine sans au moins travailler à deux. Cela causerait beaucoup de problème. Si je voulais, je pourrais exposer mes œuvres à moi seul mais cela n’entrerait pas dans la logique du projet. On peut aussi remarquer que l’artiste Sika da Silveira a écrit des textes sur nos œuvres. Ce n’est pas son travail habituel et cela a appelé à l’unité comme à la galerie ‘’Les Ateliers Coffi’’ qui a accepté l’exposition. Donc tous ceux qui sont là ont participé à l’exposition et y ont ainsi contribué et c’est la chose la plus noble.

L’idée de l’exposition Africa Dokpo dans ‘’Les Ateliers Coffi’’ est non négligeable. Les œuvres en disent aussi long. En dehors de ‘’Les Ateliers Coffi’’, Mazoclet s’est-il déjà prêté à d’autres expositions ailleurs ou ici ?
Bien sûr, j’ai exposé au centre de Logozokpa. J’ai exposé à la maison Moov, le parking et plusieurs autres.

Parlez-nous de vos difficultés
Pour moi, les difficultés font partie de la vie et sans cela, on ne grandit pas. Je crois que c’est important qu’il y ait des difficultés par moment. Même au poste de président, il y a toujours des difficultés. Mais si on va se focaliser sur les difficultés, on ne fera rien. Je ne les vois pas comme des difficultés mais des étapes à franchir.

Avez-vous d’autres activités en dehors des arts plastiques ?
Tout ce que je fais se rapporte à l’art. je suis ébéniste. Cela se rapporte à l’art. Seulement que de l’autre côté, c’est la création des meubles. Je suis aussi promoteur et j’organise des expositions. Je suis le fondateur d’une association qu’on appelle Rencontre des artistes plasticiens du monde (RAPLAM). Je suis également un transporteur logistique évènementiel.

Quels sont les projets de Mazoclet ?
Déjà le projet qui s’annonce, c’est Africa Dokpo. Une tournée se prépare et je souhaiterais passer dans les 54 pays d’Afrique pour travailler et faire une résidence en montrant à chacun d’eux que l’Afrique est vraiment la mère de l’unité pour que les gens commencent à s’identifier ou pour mieux s’approcher. Et je crois que c’est ce que nos ancêtres nous ont toujours appris. Ils ne nous ont jamais appris à nous oublier entre frères mais au contraire à nous rassembler, à nous côtoyer, à nous comprendre et à nous soutenir entre frères.

Un appel à lancer ?
Je leur dirai juste que même l’eau salée peut éteindre le feu. Chaque bout de personne a sa place à côté de l’autre. Tout le monde est important et il ne faut jamais faire l’erreur de négliger une partie. Nul n’est irremplaçable certes mais nul n’est négligeable.
Propos recueillis par Fidégnon HOUEDOHOUN



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