Monseigneur Marcel Honorat Agboton, l’étrange destin d’un prélat…

Isac A. YAÏ 30 avril 2020

Il a commencé à être oublié dans la conscience collective des gens de sa génération. Tellement son souvenir est devenu lointain, très lointain et presque perdu dans la brume des longues années passées dans le silence, loin des fidèles croyants du Bénin avec qui il partage le même amour pour le même Seigneur : Monseigneur Marcel Honorat Agboton ! Très peu de jeunes chrétiens catholiques aujourd’hui le connaissent, ou se souviennent encore de lui, et même ceux qui l’avaient côtoyé à un moment, avaient fini par le ranger avec le temps, dans le jardin des mémoires qui s’effacent avec le temps. Mais depuis qu’une opinion le rappelle à nos souvenirs, on se rappelle de ce front carré et altier, cet éternel sourire, cette permanente et infatigable détermination. C’est bien lui ça, Mgr Agboton, celui qui aura servi des décennies durant la foi chrétienne béninoise et converti de millier de jeunes par son exemplarité et son dévouement.

Qui est Mgr Marcel Honorat Agboton ?
Marcel Honorat Léon Agboton est né le 16 janvier 1941 à Avrankou. Fils de Denis Agboton et Alexandrine de Souza. Il est aujourd’hui le dernier survivant d’une grande fratrie de 6 enfants (Léopold, Gaston, Gisèle, Yves, Gilberte). Après son baccalauréat, il répond à l’appel de Dieu et entre au grand séminaire de Ouidah. Il est ordonné prêtre à l’âge de 25ans. Il parle couramment 10 langues : Le Goun, le Fon, le yoruba, le nago, le minan, le dendi, le bariba, le français, l’anglais, l’espagnol, l’allemand, le portugais, le latin, l’italien. Son ascension fut par la suite fulgurante, puisqu’il dirigea tous les principaux centres de Formation des prêtres du Bénin. Le 19 décembre 1994 il est nommé évêque de Kandi par le Pape Jean-Paul II, et sera consacré le 25 mars 1995, par le Cardinal Bernardin Gantin assisté des Mgrs Assogba et Mensah. Il sera ensuite nommé évêque de Porto-Novo et enfin, Archevêque de Cotonou de 2005 à 2010 avant son renvoi aux oubliettes dans des conditions misérables.

Mourir trois fois…
Partir du jour au lendemain, sans adieux et loin des personnes qui vous aiment et à qui vous rendez la pareille, est une mort évidente, que le prélat, originaire de Porto-Novo a dû, dans la douleur et la résignation, subir. Combien sont-ils en effet, humains et attachés aux hommes par amour, peuvent-ils concéder de partir sans au revoir, pour laisser continuer l’amour du Seigneur, dans le sacrifice, la solitude, l’éloignement et l’effacement sur dix ans ?

La deuxième mort, c’est le silence et le renoncement à soi-même, la vie sans chaleur et dans l’oubli, dans une continuelle lutte contre soi-même et contre le noir, le trou dans la vie, pendant que les forces physiques s’étiolent, se ternissent. Il n’y a pas plus de peine que de mourir en assistant à sa propre mort loin des gens et du pays qu’on aime et qu’on a servi.

La troisième, et la dernière, certainement définitive, et qui mettra fin à tout, reste la mort physique, prochainement promise au fidèle du Christ. Elle est inévitable, mais peut s’adoucir par les circonstances et lieux où elle frappe. Mgr AGBOTON rêve d’être chez lui ce jour-là, à Porto-Novo au Bénin, si lointain et si proche. Ce que réclament d’ailleurs avec ferveur, ses proches et parents depuis lors dans l’espoir d’une absolution, si péché il y avait, d’un homme qui n’aura eu d’autre famille que celle de Dieu ; le Dieu du pardon et de l’amour ; le Dieu de la miséricorde et de la magnanimité ; le Dieu pour qui désormais, un homme, âgé aujourd’hui de 79 ans et souffrant, est prêt à mourir, comme toujours.





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