Panégyriques claniques : Des valeurs ignorées par la nouvelle génération

La rédaction 1er octobre 2020

Identité culturelle, les panégyriques claniques, appelés « Akô » en fon et « Oriki » en Yoruba, sont reconnus par ailleurs pour leurs valeurs de réveilleur de sens et du point culturellement sensible chez les sociétés Béninoises. Malheureusement, dans les villes du Bénin comme Cotonou, les jeunes en savent peu.

Chantés comme des louanges, les panégyriques sont totalement étrangers à beaucoup de jeunes, comme Bernardine Kintossou. Cette étudiante en première année de Lettres à l’Uac n’en sait presque rien. « Je ne connais pas mon panégyrique parce que je n’ai jamais entendu mes parents dire cela, même si j’ai grandi au village », regrette-t-elle. Son défi, c’est de pouvoir se rattraper pour se construire une identité. « J’aimerais bien le connaître. Ça fait partie de notre culture et je pense faire un tour au village pour en savoir plus auprès des parents », ajoute-t-elle l’air rassurant.
Tout comme elle, de nombreux autres jeunes demeurent dans l’ignorance quant à ce pan de leur identité. Si le fait de ne pas grandir en famille est une raison pour certains, d’autres par contre n’y trouvent même pas d’intérêt. « Je n’ai pas grandi au village et je n’ai pas non plus connu la grande famille. Papa et maman n’ont pas l’habitude de nous dire ça par moment. Ce qui fait que je n’y taille pas d’importance. En plus, presque toute la famille est religieuse. Moi-même je n’ai jamais cela entendu depuis le bas-âge, raison pour laquelle je n’ai pas de préoccupation à ça ».

La faute aux parents…
Les jeunes accusent donc leurs parents de ne leur avoir pas montré le chemin. Mais ce qui est sûr, c’est qu’à cette allure, les panégyriques finiront par disparaître à moins d’une prise de conscience collective. Chimène Adjovi, étudiante en 2e année de linguistique y accorde du prix. « J’ai cherché à connaître mon panégyrique à cause de mes tantes. Quand elles sont en visite à la maison, elles ont pour habitude de nous les chanter. Alors je me suis rapprochée des parents par curiosité pour en savoir plus sur le contenu. Ceci m’a permis de connaître profondément mon panégyrique clanique », dit-elle avec fierté. Et c’est aussi pareil pour Rufine Mikpaso qui est allée se ressourcer auprès de sa mère. « Quand notre mère voit que nous ne sommes pas de bonne humeur, elle nous chérit en récitant cela. C’est comme ça que j’ai pu mémoriser mon panégyrique clanique ». Le grand rôle revient principalement aux parents qui doivent insérer dans les communications avec leurs enfants ce sujet et son importance. Siriack Ahodekon, sociologue à l’université d’Abomey- Calavi, croit que c’est une piste à prioriser. « Nous laissons nos valeurs de sorte qu’on ne s’intéresse plus à ces genres de choses et ce n’est pas bien parce que le contenu de ces panégyriques permet de connaître la valeur, les histoires et pouvoirs de chaque clan. Et c’est vraiment dommage que nous délaissions ce côté traditionnel ». Ce dernier prend exemple sur lui-même « Même moi qui suis ici, je connais mais je ne peux pas prononcer toutes les paroles jusqu’au bout. Il y a un peu plus tard, par moins d’un an, nous avons par exemple décidé de transcrire toute notre histoire dans une plaquette pour permettre à tous les enfants et les petits fils qui viendront d’avoir accès à cette plaquette et même s’ils ne peuvent pas le réciter, qu’ils puissent le lire ».
Le panégyrique clanique, quel que soit ce qu’il devient, fait partie de l’identité culturelle et sociétale des peuples du Bénin. Il faut dès lors, que les ascendants assurent efficacement sa transmission aux prochaines générations.
Brunelle AZA (Stag)





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