À bâtons rompus avec le député Robert Gbian sur les 60 ans d’indépendance du Bénin : « Nous avions perdu assez de temps par le passé… »

Karim O. ANONRIN 30 juillet 2020

La République du Bénin, ex-Dahomey commémore ce samedi 1er août 2020, le soixantième anniversaire de son accession à la souveraineté internationale. En prélude à cet anniversaire d’indépendance, votre journal a reçu le député Robert Gbian, 2ème Vice-président de l’Assemblée nationale, 8ème législature à la faveur d’un entretien à bâton rompu. Pour lui, si beaucoup de choses restent à faire dans la marche du Bénin vers le développement, il est indéniable que de 1960 à aujourd’hui, le pays a accompli des progrès considérables sur tous les plans et surtout sur le plan politique grâce aux réformes entreprises par le régime de la Rupture. Toujours selon le député Robert Gbian, le plus important aujourd’hui est de tourner les regards vers l’avenir en maintenant le cap du redressement économique et sociopolitique du Bénin.

Il y a 60 ans, le Bénin, ex-Dahomey accédait à la souveraineté internationale. Où étiez-vous à l’époque ?
Il y a 60 ans, je n’étais qu’un enfant, écolier à l’école communale de Bembèrèkè dans l’actuel département du Borgou. A l’époque, je ne comprenais pas grand-chose de l’actualité politique. Ce dont j’entendais parler est que nous sommes devenus nous-mêmes, que les Blancs partent et que ce sont les Noirs qui vont prendre la relève. Je me souviens quand même qu’un peu plus tard, nos aînés nous disaient que le Commandant de la Brigade de Bembèrèkè était un Blanc et que le Chef de l’administration territoire à l’époque était aussi un Blanc. Même au camp militaire, on voyait beaucoup de Blancs. Avec le temps, ils ont tous disparu de notre environnement. C’est un peu dans cette ambiance qu’enfant, nous avons vécu les premières heures de l’indépendance du Bénin, ex-Dahomey.

60 ans après la proclamation de l’indépendance du Bénin, est-ce qu’il y a des motifs de satisfaction pour le chemin parcouru et quels sont ces motifs ?
Il y a bien des motifs de satisfaction pour le chemin parcouru depuis l’accession de notre pays à l’indépendance jusqu’à présent. Nous avons connu des périodes difficiles avec une instabilité politique de 1960 à 1972 où le Bénin était même considéré comme ‘’l’enfant malade de l’Afrique’’ avec des coups d’Etat militaires à répétition. Il y a ensuite eu une longue période de régime marxiste-leniniste avec le Général Mathieu Kérékou de regrettée mémoire. Par la suite, nous avons connu l’avènement du renouveau démocratique à la faveur de la Conférence des forces vives de la Nation de février 1990. De ce point de vue, nous pouvons aisément dire que nous avons des raisons d’être satisfait du chemin parcouru. Si je dois aller dans les détails, je citerai les avancées du Bénin sur le plan économique, sur le plan politique, sur le plan social, sur le plan des infrastructures, sur le plan culturel, sur le plan de la gouvernance, sur le plan éducatif et j’en passe. Le nombre d’infrastructures sociocommunautaires dans les années 60 n’est plus le même aujourd’hui. Les réalisations se sont multipliées grâce aux efforts des filles et fils de ce pays. Dans tous les domaines, le Bénin a évolué. Ce qu’il nous faut aujourd’hui souhaiter, c’est que nous poursuivions nos efforts avec beaucoup plus d’efficacité afin de répondre aux exigences du moment. Vous n’êtes pas sans savoir que sur le plan démographique, la population béninoise s’est beaucoup accrue avec plus de 60% de jeunes dont une bonne partie en quête d’emplois. Nous étions environ 2.000.000 sur le territoire national en 1960. La population béninoise a déjà dépassé 11 millions à ce jour. C’est dire que nous devons absolument accélérer le développement de notre pays pour satisfaire les besoins au quotidien de tous.

Vous avez assumé dans l’armée béninoise de hautes fonctions. Vous avez été Directeur du Services de l’Intendance des Armées (DSIA), puis Directeur de Cabinet Militaire (DCMIL) du président de la République avant de partir en 2012 pour une retraite bien méritée au grade de Général. Parlez-nous un peu de l’évolution de l’armée béninoise dans son ensemble.
Pour parler de l’évolution de l’armée béninoise depuis les indépendances jusqu’à présent, je pense qu’on ne pourra pas le faire en quelques mots dans une interview. Ce que je peux vous dire et que je salue est la transformation de notre armée en une force au service du peuple. Il fut une époque où lorsqu’on parle de l’armée béninoise, on pensait au coup d’Etat. Depuis l’avènement du renouveau démocratique, les hommes en uniforme toujours en service n’ont plus le droit de faire la politique. L’armée béninoise est devenue une armée de développement et de maintien de paix aussi bien sur le territoire national que sur les théâtres de guerres où elle participera aux opérations onusiennes.

Honorable, vous êtes aujourd’hui un homme politique. Vous avez été 2ème Vice-président de l’Assemblée nationale, 7ème législature, candidat malheureux à la présidentielle de 2016, et vous avez été réélu 2ème Vice-président de l’Assemblée nationale pour la législature en cours, la huitième. Quel regard portez-vous sur l’évolution de l’institution parlementaire ?
Monsieur le journaliste, je crois que l’Assemblée nationale, depuis l’ère du renouveau démocratique est demeurée un lieu de manifestation réelle de la politique nationale, un laboratoire pour la vivacité de notre démocratie. Le politiste béninois Hygin KAKAI, qualifie l’institution parlementaire de « forum politique grâce auquel les intérêts des citoyens sont entendus et débattus », car au-delà de ses compétences à savoir le vote des lois et le contrôle de l’action gouvernementale, l’Assemblée nationale du Bénin permet au peuple de participer activement à l’animation de la vie publique par le biais des députés, représentants du peuple. Tout ce qui se passe au Parlement et qui vise l’intérêt des populations est connu de tous et les préoccupations de ces mêmes populations sont mieux défendues puisqu’elles font l’objet de discussions devant le gouvernement. L’évolution du Parlement est d’autant plus papable qu’à chaque législature, il y a des innovations dans la pratique parlementaire. C’est un environnement suffisamment dense et dynamique. A la huitième législature que nous poursuivons, nous sommes allés un peu plus loin en révisant le Règlement intérieur pour rendre l’institution beaucoup plus efficace dans la production législative et l’adapter aux réalités actuelles. Mais puisque nous parlons de l’indépendance du Bénin, nous ne saurions occulter les Parlements d’avant la Conférence nationale avec les hommes et femmes qui les ont animés. Je pense particulièrement à l’Assemblée nationale révolutionnaire qui, quoiqu’on dise, a quand même joué sa partition dans la construction de notre Nation. C’est le lieu pour nous de rendre hommage à tous ceux-là qui, à un moment donné de l’histoire de notre pays, ont été des parlementaires.

60 ans d’indépendance dont une trentaine de processus démocratique. D’aucuns pensent que les fondamentaux de la Conférence des forces vives de la Nation sont aujourd’hui bafoués par les réformes politiques que le pays connaît depuis l’avènement du régime de la Rupture. N’ont-ils pas raison ?
D’abord, je voudrais rappeler que depuis les années 2000, c’est-à-dire une dizaine d’années après la Conférence nationale, des voix s’élevaient déjà pour relever les imperfections de notre système politique. Nous avons souvent entendu dire qu’il faut réviser la Constitution, réformer le système partisan, renforcer l’arsenal juridique, lutter contre la corruption. Rares étaient les discours des politiques sans la mention ’’consolider notre démocratie’’. Pouvait-on réaliser tous ces rêves sans faire des réformes ? Je crois que nous devons être honnêtes et reconnaître humblement que le régime de la Rupture est venu bouger les lignes. La Constitution du Bénin est enfin révisée avec la prise en compte d’un certain nombre de dispositions qui viennent renforcer notre démocratie. Je veux citer la création de la Cour des comptes pour une gestion efficiente des finances publiques et l’amélioration de la représentativité des femmes au Parlement. Le Bénin dispose désormais d’une Charte des partis politiques qui encourage les grands regroupements politiques. De plus de 280 partis politiques, le pays est passé à une dizaine. La lutte contre la corruption est plus efficace grâce aux réformes au niveau de l’appareil judiciaire avec la création de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET). Des tribunaux de commerce et d’autres tribunaux de première instance pour rapprocher la justice du justiciable ont vu le jour. Ceux qui disent que les fondamentaux de la Conférence nationale sont bafoués, il faut peut-être les comprendre. Ils ne sont certainement pas prêts à rompre avec les mauvaises habitudes. Parfois, il faut du temps à certains pour bien comprendre la pertinence des réformes. Avec le temps, ils se rendront sûrement compte que les réformes entreprises depuis 2016 ne visent que l’intérêt général.

La commémoration des 60 ans se déroulera dans la totale sobriété à cause de la Covid-19. Des regrets ?
Bien sûr que nous avons des regrets, mais la pandémie du coronavirus avec tous les risques de propagation qu’elle comporte n’a pas laissé le choix au gouvernement. Nous devons saluer le gouvernement pour avoir pris cette sage décision qui tient compte de la riposte contre la Covid-19. Il y va de l’intérêt de nous tous étant donné que les festivités commémoratives de l’indépendance de notre pays ont toujours été des moments de grands rassemblements et de réjouissances. Or, la lutte contre la propagation de la Covid-19 suppose des mesures barrières et la distanciation sociale partout sur le territoire national.

Que diriez-vous alors à vos compatriotes qui auraient souhaité que les 60 ans d’indépendance de leur pays soient célébrés avec faste ?
Je leur demanderai de faire montre de courage face à cette pandémie meurtrière qui ne cesse de faire des victimes aussi bien sur le plan sanitaire, sur le plan social que sur le plan économique. Lorsqu’on sait qu’au Bénin, le nombre de personnes testées positives dépasse la barre des 1000 et plus de 30 décès, je pense qu’on ne devrait avoir aucun regret par rapport à la sobriété annoncée des festivités des 60 ans d’indépendance du Bénin. Je voudrais surtout inviter chacun de nous à respecter scrupuleusement les recommandations du gouvernement et à observer les mesures barrières pour ne pas être un vecteur de la propagation du nouveau coronavirus dans son environnement.

Quels sont vos souhaits pour l’avenir du Bénin sur le plan économique et pourquoi pas sur le plan politique ?
Mon souhait est que notre pays poursuive sa marche retrouvée vers le développement. Ceci, dans tous les domaines. Depuis l’avènement du régime de la rupture sous la houlette du Président Patrice Talon, nous nous rendons compte que nous avions perdu assez de temps par le passé. Aujourd’hui, grâce aux efforts du gouvernement et de son Chef, à travers le PAG, le Bénin a trouvé ses marques et a amorcé un réel développement. Les performances enregistrées par le Bénin grâce aux efforts du gouvernement et surtout du Ministre de l’économie et des finances forcent admiration et encouragements. Je souhaite enfin que la classe politique nationale dans son ensemble, du moins ceux qui n’ont pas encore saisi la pertinence des réformes entreprises dans le pays depuis 2016 se mettent au pas et comprennent que le Bénin est dans un nouveau processus de la consolidation de sa démocratie. Il faudra qu’au moment où le pays sera en train de commémorer le centenaire de son indépendance, les futures générations puissent être fières de nous et de l’héritage politique que nous leur aurions légué. C’est comme ça que nous rentrerons positivement dans l’histoire politique de ce pays.
Propos recueillis par Karim Oscar ANONRIN





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