Entretien avec l’He Gilbert Bangana, président du Cos-Lépi : « On est tenu de produire une liste transparente pour une élection inclusive »

Angelo DOSSOUMOU 16 octobre 2020

Sans tambour ni trompette, il conduit de main de maître l’actualisation de la liste électorale permanente informatisée. Président du Cos-Lépi et député du Bloc républicain, élu dans la 3ème circonscription électorale, l’Honorable Gilbert Bangana n’est pas de ces personnalités qui aiment trop faire entendre leur voix et s’afficher plus qu’il n’en faut. Plutôt discret mais très disponible et décontracté, c’est avec plaisir que l’élu de la nation qui est à sa troisième participation au Cos-Lépi a reçu dans l’après-midi du mercredi dernier, l’équipe de votre journal dans les locaux de l’organe qu’il préside. Pendant une demi-heure, il a été question avec le député, tout de blanc vêtu, d’éclairer la lanterne de ses compatriotes sur le travail effectué jusqu’ici par le Cos-Lépi dans le cadre de sa mission et de se prononcer sur les défis à relever pour lever tout équivoque autour de la crédibilité du fichier électoral. Par ailleurs, un plongeon dans le marigot de l’actualité politique nationale, riche de diverses polémiques notamment autour des conditions de participation à la présidentielle de 2021 et de la candidature du président Talon, a également permis d’arracher à l’He Gilbert Bangana ses vérités : amères ou douces, à chacun d’apprécier.

Vous êtes président du Cos-lépi. Votre élection n’a sans doute pas été facile. Dites-nous un peu comment ça s’est passé ?
Pourquoi dites-vous que ça n’a pas été facile ? Je suis le président du Cos-Lépi et c’est le résultat qui compte. Je pense que c’est rare que nos élections se passent dans le consensus. Je n’ai pas eu de candidat adverse. J’ai été désigné par les collègues à l’unanimité, s’il vous plaît.

Vous êtes tous de la même mouvance présidentielle…
Non, on n’est pas de la même mouvance. Je relève de la minorité parlementaire et il y a la majorité parlementaire. Nous soutenons tous le président mais on n’est pas du même parti.

Tous les députés du Cos-Lépi sont de la même obédience politique. Quelle garantie pouvez-vous donner aux Béninois que tout se passera dans la transparence ?
Dans un pays, tous les partis sont libres de soutenir les actions du gouvernement. Cela ne veut pas dire que ces partis se confondent. Je voudrais le réitérer. Nous sommes deux partis différents, deux partis qui ont des idéologies différentes mais qui soutiennent les actions du gouvernement. La liste est là. Nous avons une base de données qui est en place. On n’est pas là pour bouleverser les fondamentaux de cette liste. Le rôle d’un Cos, c’est d’actualiser la liste par rapport aux nouveaux majeurs. En principe, tout le monde devait être dans la base de données. Les enfants qui en 2001 par exemple avaient été enrôlés, auraient déjà aujourd’hui en principe 18 ans. Il s’agit pour nous, de les mettre sur la liste des votants. On est tenu de produire une liste transparente pour une élection inclusive. Ce n’est pas parce que nous sommes deux partis qui soutiennent les actions du gouvernement, que nous allons produire une liste contestée. Vous avez suivi tout ce qui s’est passé à la Cena ; on est libre de soutenir qui on veut pour la présidentielle. Donc on ne peut pas a priori se lever pour dire que nous travaillons pour tel ou tel autre pour l’actualisation de la liste.

La Lépi a cours jusqu’en 2021. Circonscrivez-nous un peu le rôle du Cos-Lépi à la lumière du nouveau code électoral ?
Le rôle du Cos-Lépi n’a pas changé. L’Agence nationale du traitement est le bras technique du Cos-Lépi. Nous fonctionnons un peu comme le Conseil d’administration qui donne des orientations au service technique qui est l’Ant. La loi n’a pas touché à ce dispositif. J’ai eu la chance de faire au moins trois Cos-Lépi. Les choses sont restées dans cette dynamique. La Lépi a une durée de vie de 10 ans. L’échéance est là c’est-à-dire 2011-2021. Jusqu’à l’élection présidentielle de 2021, la Lépi a cours. Après, nous allons passer à la Léi, à la liste électorale informatisée. Les dispositions sont en train d’être prises. Chacun de nous a vu que l’Anip est en train de délivrer des pièces biométriques. C’est de cette base de l’ANIP que nous allons souvent extirper la liste électorale informatisée. Donc, la fin du cycle de la Lépi ne veut pas dire que c’est un chaos qui s’installe. C’est naturel, tout comme tout être qui nait, grandit et meurt.

Le Cos est-il encore nécessaire, juste par souci de rationalité ?
Vous savez, le Cos, c’est la loi qui l’a institué. Et le Cos vient pour aider l’Ant à actualiser la liste chaque année. Pourquoi ? Parce que l’élection présidentielle est une élection politique. Il faut que les politiques soient avec les techniques pour se rassurer que ces derniers font le travail correctement. Le Cos a été tout le temps très utile et indispensable pour le consensus, le partage des idées et l’acceptation de la liste au niveau politique.

C’est un challenge pour les membres du Cos-Lépi de réaliser l’actualisation de la liste. Est-ce que tous les moyens sont mis à disposition pour atteindre l’objectif ?
Il fut un moment au Bénin, ça a piétiné beaucoup par rapport au Cos intermédiaire sans élection. Depuis qu’on a prêté serment, on s’est mis au travail en définissant un chronogramme et un budget. Nous avons deux volets, un volet extérieur et un volet intérieur. Je peux vous dire qu’après ce travail interne administratif, nous avons soumis notre projet de budget aux services compétents du ministère des finances qui nous ont aidés pour l’arbitrage et les moyens ont été mis à notre disposition en tenant compte de la rareté des ressources. Quant au budget de l’extérieur, la réflexion est en cours. Mais avec le contexte de la Covid-19 et la réforme de la carte diplomatique, les choses ne peuvent plus être comme par le passé. Donc, les réflexions sont en cours pour que nous bouclions cette étape également. Le gouvernement est vraiment disponible à mettre les moyens à notre disposition. Vous me donnez l’occasion de saluer les efforts de l’Exécutif.

Nous sommes à l’étape de l’affichage des listes. Mais le constat est que les Béninois ne sortent pas pour les vérifications. Quelles dispositions prenez-vous pour rectifier le tir ?
Nous nous attelons pour que la communication passe mais vous connaissez notre pays. Les gens attendent toujours la dernière minute. Nous sommes fermes. C’est 21 jours. Il faut que les gens aillent vérifier. C’est la période la plus importante. C’est une audience publique. C’est même la base de la transparence. Nous n’avons pas d’agenda caché au Cos-Lépi. Il faut que les populations aillent jouer leur rôle. Est-ce qu’il y a des gens fictifs là-dessus ? Est-ce qu’il y a des décédés ? Est-ce qu’il y a des erreurs matérielles sur les noms, est-ce qu’ils ne sont pas à leurs postes de vote ? Ils n’ont qu’à nous dire et on va corriger. Ce n’est pas le rôle du Cos seul, c’est le rôle de tout le monde. Raison pour laquelle nous collaborons avec les médias pour que les objectifs soient atteints.

Est-ce que vous avez associé les chefs quartiers et de village ?
Tout est prévu. Les choses évoluent bien sur le terrain. C’est un autre volet de la communication. Les chefs quartiers sont les pièces maîtresses de cette opération. Les gongonneurs sont aussi associés. Ils sont prévus dans le budget. Mais, c’est un constat récurrent chez nous. Les populations attendent toujours le dernier jour pour les opérations de recensement et autres.

C’est quoi la prochaine étape par rapport au processus d’actualisation de la liste ?
Ce sont les corrections et l’enrôlement. On va enrôler les omis. On va extirper les majeurs et les mettre sur la liste. On va faire les corrections matérielles des erreurs. Ces opérations courent jusqu’au 31 décembre. La liste doit être déposée le 15 janvier. Ce sont les ajustements nécessaires que nous allons opérer sur les listes.

Vous êtes président du Cos-Lépi. N’empêche que vous êtes aussi un acteur politique majeur. L’actualité, c’est la probable présence du chef de l’Etat dans les starting-block pour le compte de la présidentielle de 2021. Selon vous, a-t-il avisé dans le bon sens ?
C’est un citoyen. Est-ce qu’une disposition constitutionnelle ou légale refuse à Patrice TALON d’être candidat ? Il a fait le choix de se porter candidat à nouveau. Il a mesuré ses forces et faiblesses avant de prendre certainement sa décision. Ce n’est pas à moi de juger s’il a fait le bon choix ou non ? Il est citoyen comme vous. Mon rôle n’est pas de dire s’il a avisé dans le bon sens ou pas.

Mais il a promis faire un seul mandat. Pour un homme d’Etat est-ce une bonne chose de se dédire ainsi ?
Ecoutez. Vous êtes journalistes. Vous avez suivi avec nous ce qui s’est passé. Le président n’a pas dit je viens, je fais un mandat et puis je m’en vais. Il a bien dit, je veux que nous réorganisions le pays de telle sorte qu’on n’ait pas des hommes forts mais plutôt des institutions fortes. Les Béninois ont choisi qu’on ait des hommes forts. Et vous voulez le priver de son droit d’être candidat ? Il a proposé des réformes dans ce sens. Est-ce que ces réformes ont été acceptées ? Donc, dire qu’il a promis faire un mandat unique, ce n’est pas juste. Il a proposé lors de la révision de la Constitution que ce soit un mandat. Le mandat unique, ce n’est pas l’orgueil d’un individu. Il le fait pour le bien du pays. Si nous tous avons vu que lui seul s’était peut-être trompé, pourquoi ne voulez-vous pas qu’il avise sur la question du mandat unique. A la révision de la Constitution, on a dit à Talon qu’il s’est trompé en rejetant sa proposition. Quand vous dites à quelqu’un qu’il s’est trompé, il a ensuite le droit de revoir sa position. C’est le bon sens. Moi j’ai bien entendu. Patrice Talon n’a jamais dit, qu’il ne fera qu’un seul mandat.

Nous vous le concédons Monsieur le président. Même si d’autres ont entendu autre chose. Le président dit avoir fait le choix de l’impopularité. Dans une telle posture, peut-il aller solliciter le suffrage des électeurs face à des concurrents qui savent convaincre ?
Si on doit opiner sur ce thème, ce serait faire une thèse. Il a fait le choix de l’impopularité et pourtant il est candidat. La compréhension que moi j’ai de cette réflexion est la suivante : je préfère travailler normalement pour le pays que de travailler dans le sens du populisme pour attendre être réélu en caressant les gens dans le sens du poil. C’est tout ce qu’il a dit. Si les Béninois sont conscients, s’ils veulent vraiment le développement, ils doivent comprendre qu’on ne peut pas faire le développement en cherchant la popularité. Ce n’est pas possible. On a vu les gens dans ce pays dire que ce n’est pas les pavés qu’on va manger mais le président accepte et il dit je veux développer le pays. En développant le pays, si certains se sentent privés d’intérêts inavoués, ils peuvent dire Monsieur le président, on ne mange pas à notre faim etc…Mais qui ne prend pas son salaire dans ce pays ? Tout le monde est payé à bonne date. Moi, je pense qu’en disant qu’il a fait le choix de l’impopularité, c’est pour dire qu’il a fait le choix du développement et non le choix de la politique. L’homme politique à la veille des élections, même si tu es en faute, il a peur de te le dire ouvertement, il a peur de prendre une décision contre toi parce qu’il attend ton suffrage. Mais il faut être objectif. Ce n’est pas parce qu’on a des élections dans six mois, qu’il va fléchir dans sa rigueur pour compromettre le développement. Moi, c’est ce que j’ai compris dans ce qu’il a dit.

Pour une compétition ouverte, il faut que tout le monde accède au parrainage. La formule de l’anonymat retenu ne recèle-t-elle pas un piège ?
Quel piège ? Je sais que cette formule inquiète les partis. Vous avez entendu certains ténors des partis réagir vivement pour manifester leur opposition en disant qu’ils veulent maîtriser leurs élus. Je pense que c’est la meilleure formule, celle de la transparence. Chaque élu prend ses responsabilités. On donne aux élus la liberté de parrainer. Demain, on ne va pas dire qu’ils ont été téléguidés, manipulés. C’est ça aussi la démocratie. Dire maintenant qu’il y a un piège, c’est l’imaginaire collectif qui est comme ça dans le pays.

On sent que vous voulez afficher un certain franc parler. Alors, quelqu’un qui a des convictions, peut-il parrainer une personne en cachette ?
Est-ce que j’ai besoin de l’afficher publiquement ?

Votre candidat incarne des valeurs auxquelles vous adhérez. La première des valeurs, c’est d’être clair dans son jeu vous ne trouvez pas ?
Oui mais, est-ce-que cela veut dire que plus tard, on ne saura pas si tel a parrainé tel autre ? Les gens sont libres. C’est l’anonymat d’abord. Si tu veux, tu peux aller claironner après. Mais le dossier qu’on veut là, tu dois le fournir dans l’anonymat. Cela ne veut pas dire que tu ne vas pas signer. La formule donne la possibilité à tous les Béninois de se sentir capables et d’avoir la volonté d’être candidats. Ils peuvent approcher tous les élus. Au lieu de dire, au Bloc Républicain, personne ne sort, une consigne est donnée, on permet la libre compétition. C’est le souci de la libre compétition.

Tout ceci peut vite donner lieu à un marchandage politique
Si quelqu’un se vend, c’est son affaire. Un homme n’est pas une marchandise. Chacun est responsable de ses actes. Moi, je ferai ce que ma conscience va me dire de faire. Je ne peux pas être manipulé par le matériel.

L’Honorable Gilbert Bangana a-t-il déjà en tête le profil du candidat qu’il va parrainer ?
Le moment venu, je ferai mon choix. C’est l’anonymat pour le moment.

Mais est-ce que la réforme du système partisan permet ainsi aux partis politiques de jouer leur rôle, d’être véritablement forts ?
C’est un début. Aucune œuvre humaine n’est parfaite. Le fait de quitter plus de 200 partis pour 13, c’est déjà un effort. C’est un grand effort. Si on peut encore dans les regroupements et dans les similitudes de tendance, nous retrouver à quatre partis, ce sera encore meilleur. Dans les grandes démocraties, soit c’est les démocrates, soit les républicains. C’est la gauche ou la droite. Même en Afrique, on a des exemples. Au Ghana, vous sentez que ce sont deux grands partis qui s’affrontent toujours. Au Nigéria tout près, c’est le cas et pourquoi ce ne sera pas possible chez nous ? Quand les regroupements sont grands, ils sont forts. On peut dire qu’on a des partis forts au Bénin. L’essentiel maintenant, c’est de travailler à les consolider.

Bloc Républicain ou Union progressiste, parmi ces deux grands blocs aux idéologies différentes, lequel est à même de porter la candidature du chef de l’Etat ?
Je ne sais pas. Le président n’a pas dit qu’il est candidat UP ou BR.

On suppose qu’il sera probablement porté par l’UP ou le BR ?
Il y en a qui vont supporter d’autres candidats. La liberté est de mise. Le président est candidat mais nulle part il n’a encore été investi par un parti. Le jour de son investiture, vous saurez. Je ne veux pas spéculer.

UP qui a pour idéologie la social-démocratie ; BR, idéologie libéralisme. Pour quel courant pourrait-il pencher ?
Il est libre de choisir. D’autres partis peuvent dire nous soutenons librement la candidature du chef de l’Etat. C’est vrai que les alliances de partis ne sont pas autorisées mais il peut être porté par un parti et les autres partis peuvent dire nous soutenons. Le moment venu, le président va choisir la formule indiquée pour sa candidature.

Je suppose, quand on est président du Cos-Lépi, le vœu, c’est qu’à la fin de tout le processus électoral, on soit fier d’avoir participé à l’organisation d’une fête où les électeurs se sont vraiment mobilisés. Le taux de participation vous inquiète-t-il au vu de ce qu’on a observé avec les législatives et les communales dernières ?
C’est vrai. En tant que membre du Cos, nous devons travailler à améliorer techniquement le taux de participation. Et améliorer ce taux, c’est faire l’actualisation correcte de la liste. Vous savez qu’en principe, nous devons sortir les décédés de la liste. Avec cela, le dénominateur doit pouvoir se réduire et le taux va s’améliorer. C’est ce travail que nous devons faire et bien faire pour apporter notre contribution. Le faible taux et tout ça, il revient à chacun d’accomplir son devoir civique. Même dans les grandes démocraties, on n’ a jamais vu tout le monde sortir pour aller voter. Et dans nos dispositions légales, on n’a pas défini un seuil à atteindre en termes de taux de participation pour qu’une élection soit validée.

Le taux de participation est quand même un baromètre pour apprécier la qualité de la gouvernance ?
C’est vous qui le dites. Mais nous ne pouvons pas présager des faibles taux antérieurs sur fond de crise pour tirer la conclusion que ce ne sera pas une fête prochainement. Les élections prochaines seront à mon avis une grande fête. Tout est balisé pour que tous les béninois soient libres d’être candidats. Si c’est le cas, il n’y a pas de problème, les gens vont sortir pour aller voter.

On va souhaiter qu’il y ait compétition…
La compétition est obligatoire. Le président de la République n’a jamais dit qu’il est le seul candidat à l’élection prochaine. Il faut qu’il y ait d’autres candidats. C’est le souhait de tout le monde.

On peut aussi avoir des candidats fabriqués….
Oh, un humain responsable, on va le fabriquer comment ? Si on fabrique quelqu’un, il sera le responsable. Moi, je respecte tous les candidats. Si quelqu’un est convaincu qu’il va gagner, qu’il a la carrure pour gérer le pays, il peut y aller. Je crois en tous les candidats.

Votre dernier mot pour conclure cet entretien
Je tiens à vous remercier. Je vais demander aux citoyens de sortir massivement pour aller consulter les listes afin que toutes les corrections soient faites. Le jour des élections, vous voyez les gens courir dans tous les sens en alléguant qu’ils n’ont pas retrouvé leurs noms ou postes de vote, c’est l’occasion pour eux de faire ces corrections. Accompagnez-nous pour que les gens soient informés, pour que cette actualisation soit vraiment la meilleure de tous les Cos.
Propos recueillis par Angelo DOSSOUMOU
Transcription : Bergedor HADJIHOU





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