Front pour la restauration de la démocratie : L’opposition à l’épreuve de la cohésion

Moïse DOSSOUMOU 14 janvier 2021

Ils ne cessent de donner de la voix. Les contempteurs du gouvernement sont de plus en plus actifs sur la scène politique. Naguère timorés et divisés, ils donnent l’impression de parler plus ou moins d’une même voix même si des frictions demeurent entre eux. Hier, mercredi 13 janvier, le « Front pour la restauration de la démocratie » a vu le jour. Trois formations politiques sont en ligne de mire dans ce creuset à savoir le parti « les démocrates », la « Dynamique unitaire pour la démocratie et le développement (DUD) », la « Grande solidarité républicaine (GSR). A titre de personnalité, le Professeur Frédéric Joël Aïvo dont les ambitions présidentielles sont évidentes est venu s’ajouter à ce groupe. Ensemble, ils comptent œuvrer pour aboutir à l’alternance au terme de la présidentielle de 2021. A peine créé, ce creuset a des exigences et pas des moindres dont l’une des plus importantes est la suppression du parrainage. Cette condition constitue d’ailleurs un goulot d’étranglement pour des candidatures provenant des forces de l’opposition, car sur papier, elles n’ont pas la capacité de mobiliser au moins 16 parrains pour participer à ce scrutin. Visiblement, les assurances du chef de l’Etat à cette fin ne reçoivent pas un écho favorable auprès des opposants.

L’épreuve de la cohésion
Le plus dur à présent pour ce regroupement, c’est non seulement de maintenir la cohésion entre les membres fondateurs mais aussi et surtout de ratisser large. Si ce bloc a pu se constituer, c’est que ses différents animateurs ont réussi à se parler pour aplanir les divergences et décider d’aller de l’avant. Mais au sein de l’opposition, cet état d’esprit n’est pas partagé par tous. Candide Azannaï ne se retrouve pas dans ce creuset. Veut-il faire cavalier seul ou a-t-il une recette miracle dont il est le seul à avoir le secret ? Sébastien Ajavon dont les siens continuent le combat sur place ne sont pas affiliés à ce nouveau regroupement. Vont-ils toujours garder leurs distances ou finiront-ils par rejoindre Valentin Houdé et consorts ? Difficile de le dire. Opposant déclaré de Patrice Talon, Nicéphore Soglo qu’une certaine opinion attendait parmi les membres fondateurs du parti « les démocrates » est aux abonnés absents. Qu’est-ce qui le motive à rester en retrait de toutes ces initiatives alors que son discours n’est pas différent de celui du Front. Enfin, le parti Fcbe vidé de Boni Yayi et de ses fidèles, n’est pas non plus associé à cette initiative. En fin de compte, le Front à lui tout seul peut-il réussir à œuvrer pour l’alternance ?

Qui pour porter le flambeau ?
Au point où en sont les choses aujourd’hui, il est difficile voire pénible pour les opposants de ramer à contre courant en se mettant à l’écart du processus électoral en cours. L’alternance dans les urnes est la meilleure manière de prouver la pertinence des idées défendues. Dix ans en arrière, en 2010-2011, l’opposition, hétéroclite au départ, avait réussi à accorder ses violons au point de désigner un candidat unique pour la présidentielle. Même si en son temps, l’Union fait la nation n’a pas réussi à évincer Boni Yayi, elle aura prouvé qu’il est possible que des partis politiques et personnalités se retrouvent et forment un seul bloc dans le but de défendre un idéal. Aujourd’hui, sur le plan politique, beaucoup de choses ont changé et l’opposition ne voit pas cela d’un bon œil. Aura-telle les ressources d’aller au bout avec autant de forces opposées en son sein ?

Quelle stratégie pour l’alternance ?
Neuf griefs ont été énumérés par le Front créé tout juste hier. A l’évidence, Patrice Talon n’y prêtera pas une oreille attentive. D’ailleurs, le processus électoral est en cours. Les députés et maires habilités à parrainer les candidats ne se font pas prier pour se ruer à la Commission Electorale Nationale Autonome (Cena) dans le but de retirer leurs formulaires. Pourquoi ne pas se prêter au jeu en solliciter les parrainages requis ? C’est plus facile de travailler à prendre le chef de l’Etat au mot qui a promis travailler pour des élections ouvertes. Contester, c’est bien, mais si dans le même temps, des tractations se mènent et que, in fine, l’opposition se retrouve en lice pour la présidentielle avec un candidat valable, elle pourra démontrer sa capacité à convaincre les électeurs à sa cause. Pour ce faire, il faudrait d’abord qu’elle s’inscrive dans cette dynamique. Au-delà des déclarations qui participent à l’animation de la vie politique, le maintien de la cohésion dans l’action utile et pertinente est un défi de taille pour le Front. Pour les contempteurs du gouvernement, c’est maintenant que le plus dur commence.





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