Orientation sociale et réforme administrative : un "mentorat de fin de carrière" exigible pour la pension de retraite

15 juillet 2021

Ainsi que je le laisse entendre depuis que le Président de la République a décidé d’insuffler plus de social à son programme d’action, l’occasion est belle pour tout citoyen de soumettre à son jugement tout ce qui lui parait pouvoir y contribuer si tant est que le social est populaire par sa nature.

Au social, il convient de donner le sens large de tout ce qui rassemble ; tout ce qui contribue à l’harmonie sociétale dans la permanence. Et, l’harmonie et la permanence ne se retrouvent pas seulement dans l’économie ; elles devraient également être omniprésentes dans l’Administration qui est, en définitive, la manière formelle de conduire les affaires publiques dont l’économie et la politique afin de concourir au bien-être social, objectif premier de toute politique publique conséquente. L’Administration se doit, alors, d’être responsable en se nourrissant, par le biais de la transmission solidaire, des expériences cumulées de ceux qui en ont été les acteurs.

Transmission d’expériences et solidarité
Toute transmission, en l’occurrence, celle des connaissances, relève objectivement de la solidarité, et pour cause. Transmettre spontanément et gracieusement est un acte généreux et noble qui ne peut être mu que par un esprit de disponibilité à partager avec autrui ce que l’on sait aux fins d’élever son niveau de connaissance et de le rapprocher de soi, de quelque manière. Transmettre ce que l’on sait, c’est le seul moyen de faire avancer un pays par la mémoire collective ; et cela, nous l’oublions bien trop souvent et à mal escient. L’on devrait se faire à l’idée que les réformes n’ont aucun avenir si elles ne sont pas transmises de générations en générations. Il est alors pour le moins curieux et symptomatique, tout à la fois, qu’à ce jour, n’existe ni cadre ni la moindre disposition pour assurer la transmission des expériences des agents en fin de carrière et cela est, à mon avis, une bévue incompréhensible de l’Administration. C’est pour y remédier que je suggère l’institution officielle dans tous services et entreprises d’un ‘’mentorat de fin de carrière’’.

Mentorat de fin de carrière, qu’est-ce à dire ?
Il s’agit concrètement de la préparation officielle de la relève par la transmission ordonnée des expériences. Au cours d’une période déterminée précédant sa retraite professionnelle, tout cadre supérieur ayant assumé une fonction de direction devra préparer la transmission à la postérité, par l’écrit, de l’essentiel de ce qu’il aura appris au cours de sa carrière, y compris les connaissances acquises au cours des différentes formations pratiques. Il mettra ainsi ses successeurs au fait des ficelles de la profession qu’il aura exercée toute sa vie durant, lui épargnant notamment les mêmes erreurs qu’il aura commises, le cas échéant, et lui permettant ainsi de progresser de manière linéaire, sans anicroche, dans toute la mesure du possible.
En partance à la retraite, tout haut cadre devra donc déposer à la direction de son ministère de tutelle un rapport de fin de carrière exigible pour faire valoir ses droits à la retraite. Je dis bien exigible pour bénéficier de sa pension de retraite. De cette manière, la transmission des connaissances sera obligatoirement assurée et garantira d’office l’efficacité dans la continuité ; aussi notre Fonction publique en sortira-t-elle grandie et respectée. Ce mentorat qui conditionnera le bénéfice de la pension de retraite pourrait paraitre, en première analyse, bien sévère, mais en réalité, il devrait aller de soi pour qui a compris le sens du service public dans lequel il s’était engagé. Les anglais traduisent le terme fonctionnaire par l’association de deux mots, l’un qualifiant l’autre : « Civil servant » qui, en français signifient serviteur de la société, serviteur du peuple. Ces deux mots accolés donnent la mesure de ce qu’on est en droit d’attendre d’un fonctionnaire notamment à l’occasion de son départ à la retraite : tout haut cadre de la nation ayant assumé les fonctions de direction devrait avoir plaisir à consigner quelque part pour la postérité ce qu’il aura appris dans ses fonctions et devrait se féliciter de laisser son empreinte là où il a travaillé.

Tentatives antérieures de redressement de notre Fonction Publique
Jadis, des assises s’étaient rendues au chevet de notre administration pour tenter de la redresser. Il me suffira de faire référence aux ‘’Etats généraux de la Fonction Publique et de la modernisation de l’Administration’’ organisés par le Programme d’Ajustement Structurel (PAS) qui ont eu lieu en 1987 et aux ‘’Etats généraux de la Fonction Publique’’ tenus en Décembre 1994. Je mentionnerai également la Conférence sur la Fonction Publique tenue du 28 Mai au 1er Juin 2001. Mais force est de constater qu’aucune de ces assises ne visaient la nécessité de la transmission. Les premières traitèrent principalement de la réduction drastique du personnel de la Fonction Publique devenu pléthorique sous le régime révolutionnaire qui au nom d’une certaine politique de plein emploi, avait engorgé la Fonction publique de façon inconsidérée. Les statistiques nous apprennent, en effet, qu’entre 1972 et 1987, l’effectif des agents de la Fonction publique est passé de 9.200 à 47.000 agents. La Fonction publique était devenue un endroit où le politique réalisait ses promesses électorales en matière d’emploi. Les seconds ‘’Etats généraux’’ avaient préconisé notamment l’introduction de la notion de contrôle de gestion dans l’administration et avaient mis en place un nouveau système d’avancement face à la politisation de l’administration publique pour finalement déboucher sur celle du mérite et de sa rétribution. Puis, il y a eu la Conférence sur la Fonction Publique Mais, pour ce qui est du redressement de notre administration, rien n’y fit et elle est restée avec ses maux traditionnels nonobstant les progrès enregistrés depuis l’avènement du présent régime quand bien même aucune réforme majeure n’y ait été opérée.

Importance du mentorat de fin de carrière
Pour ma part, ce mentorat, s’il était pris en considération, sera une réforme administrative tout aussi profonde et de même importance que ceux qu’a entrepris le régime de la Rupture jusqu’alors en matière politique et économique. Et cela, d’autant qu’il sied de reconnaitre que c’est l’Administration qui gère et la politique et l’économie ; si elle n’assurait pas leur suivi, les réformes péricliteraient et disparaitraient en fin de compte. Le mentorat que nous appelons de tous nos vœux permettra en outre de mettre de l’ordre dans notre Fonction Publique qui n’a jamais été bien performante hypothéquée qu’elle est par la trop commode assurance tranquille qu’offre la sécurité de l’emploi mettant l’agent à l’abri du licenciement en toutes circonstances, si ce n’est celle de malversations avérées. Le mentorat de fin de carrière aidera, par ailleurs à minimiser les incompréhensions et les conflits de génération à l’intérieur de l’administration, qui la paralysent bien des fois.
Les jeunes estiment d’emblée que les anciens sont dépassés et qu’ils n’ont plus rien à leur apprendre. Les anciens imbus de leur expérience s’y accrochent comme la prunelle de leurs yeux et se plaisent à regarder les jeunes de haut. Alors, si les anciens laissaient par écrit ce qu’ils auront appris pendant toute leur carrière, les jeunes comprendront d’entrée de jeu qu’ils ont l’expérience qu’eux, n’ont pas encore ; ils leur en seront redevables d’autant et les respecteront ; ils comprendront aisément qu’ils devront s’appuyer sur ce qu’ont fait leurs devanciers et dont ils leur laissent trace s’ils veulent faire mieux qu’eux et réussir leur mission. Il est évident que l’Administration y gagnera en efficacité. S’il est vrai que l’on ne peut introduire les notions de productivité ni de rentabilité dans la Fonction publique pour la bonne raison qu’elle n’est pas une entreprise, du moins pourrait-on exiger d’elle l’omniprésence de l’efficacité en tant que norme de travail. Et l’efficacité tient de la continuité alors que la continuité tient, elle-même, de la transmission des expériences.
Léguer à la postérité ce que l’on aura appris dans sa vie, professionnelle en l’occurrence, c’est aussi payer une dette envers la société et lui savoir gré de ce qu’elle nous aura permis d’apprendre. Et, il est de mon opinion que si l’on ne transmettait pas et que l’on emportait dans sa tombe ce que l’on aura appris, réalisé, réussi et accumulé ici-bas, l’on n’aura été pour la société qu’un échec culturel de génération. C’est, à n’en point douter, la mémoire des faits et la transmission générationnelle du savoir qui garantissent le développement d’un pays.
En dernier ressort, il me revient d’informer, à toutes fins utiles, le lecteur que j’ai soumis l’idée de cette réforme administrative qu’est l’institution du mentorat de fin de carrière exigible de tout haut cadre pour percevoir sa pension de retraite, à l’appréciation de Madame la Ministre de la Fonction Publique et que j’en ai rendu compte au chef de l’Etat. J’aime à penser que ma démarche sera de quelque utilité et contribuera autant que faire se peut, à la gestion des affaires publiques.

Ambassadeur Candide Ahouansou





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