Polémique autour de la prorogation du mandat de Patrice Talon : Le législateur de bonne foi, malgré tout…

Moïse DOSSOUMOU 6 janvier 2021

Elle n’est pas du goût de tous. La révision constitutionnelle intervenue aux premières heures du 1er novembre 2019 ne cesse d’alimenter les débats. En ligne de mire, l’option de l’alignement des mandats présidentiel, législatif et communal pour l’instauration des élections générales à l’échéance 2026. A cette fin, le mandat actuel du chef de l’Etat devant initialement prendre fin le 5 avril 2021 à minuit a été prorogé de 45 jours. Inadmissible pour une certaine frange de l’opinion qui ne veut pas l’entendre de cette oreille. Depuis lors, la polémique se fait insistante au fur et à mesure que l’on s’approche de cette date. Pour les contempteurs du régime, il n’est pas question que Patrice Talon bénéficie d’un seul jour supplémentaire à la tête du pays.
L’idéal aurait été que le législateur laisse Patrice Talon finir son mandat, tel que consacré dans les urnes, le 5 avril prochain à minuit. Ainsi, la constitution révisée aurait pu prévoir d’autres mécanismes pour l’organisation des élections générales en 2026. Changer les règles du jeu au cours du jeu surtout pour ce qui est du mandat présidentiel dans un régime démocratique est une pilule trop amère à avaler. Hélas, le « mal » est déjà fait. Au point où nous en sommes, il vaudrait mieux faire avec cette réalité au risque de compromettre la paix et la stabilité.
En même temps que des pierres sont jetées au parlement pour n’avoir pas su confiner le chef de l’Etat dans un quinquennat strict, il faut quand même reconnaître que l’intention d’organiser la présidentielle existe et n’a pas été occultée. Le 1er tour est fixé au 11 avril prochain et la Commission électorale nationale autonome (Cena) ainsi que les autres structures devant jouer un rôle dans la tenue de ce scrutin s’activent déjà. Dans les urnes, les électeurs auront la latitude de valider ou non les réformes prônées et effectuées par le gouvernement. Les Béninois ont cette particularité de s’exprimer avec le bulletin de vote dans l’isoloir dans les moments cruciaux. Ils ne manqueront pas de le faire dans trois mois.
Dans cette dynamique, ceux qui estiment que des manœuvres dolosives ont été accomplies à dessein dans la loi fondamentale feront en sorte de rallier la majorité des électeurs à leur cause. Certes, il est utile de dénoncer. Mais, à un moment donné, si tant est que les fondements démocratiques sont ébranlés, les contempteurs du régime gagneraient à s’investir corps et âme dans la bataille électorale dans le but de l’emporter. L’opposition a tout intérêt à définir les bonnes stratégies pour conquérir et exercer le pouvoir dans quelques mois. Certes, contester les 45 jours supplémentaires accordés par le législateur à Patrice Talon est légitime, mais elle ferait mieux de sortir victorieuse des urnes. Ce serait la meilleure manière de prouver son désaccord avec la révision constitutionnelle du 1er novembre 2019. Tenter un coup de force dès le 6 avril prochain conduira le pays dans un chaos qui ne profitera à personne. La solution pour taire cette polémique se trouve dans les urnes.





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