Restructuration de la Sonacop : Les députés mettent la pression sur l’Exécutif

Arnaud DOUMANHOUN 14 janvier 2020

Restructurer ou liquider. Le parlement béninois s’est fait sa religion. La réponse à la problématique de pénurie des produits pétroliers ainsi que la résolution de l’épineuse question de la prolifération de la commercialisation illicite de l’essence passe par une véritable et totale libéralisation du secteur. Une posture qui, pour le moins qu’on puisse dire, est en déphasage avec la vision du gouvernement de Patrice Talon.
« Le conseil a décidé de nommer un administrateur provisoire à la tête de la Société et de mettre en place un Comité de coordination et de suivi de sa restructuration. Ledit Comité est chargé de superviser et de veiller à la bonne application de la feuille de route réaliste que soumettra l’administrateur provisoire ». Telle est la substance du relevé du Conseil des ministres du 9 Octobre 2019 notamment relative à la question de la restructuration de la Société nationale de commercialisation des produits pétroliers (Sonacop).
De source digne de foi, l’Administrateur provisoire a pris service depuis le 2 décembre 2019 et s’est résolument mis à la tâche pour des résultats probants vis-à-vis de son cahier de charges. Cette option du gouvernement a reçu une amende favorable au niveau des travailleurs de l’entreprise, qui sont montés au créneau le 15 octobre 2019 pour féliciter le chef de l’Etat. « Vous nous avez fait passer de la liquidation, de la dissolution, de la privation sauvage à une administration provisoire pour une restructuration. Cette décision est un nouveau souffle de vie que vous donnez à l’entreprise. C’est un secteur vital de l’économie béninoise qui est en train d’être sauvé et l’emploi de nombreux travailleurs sauvegardé », avait déclaré la Secrétaire générale du Syntra-Sonacop, Mireille Hounsegbé avant d’ajouter : « Notre rêve est de faire de la Sonacop pour le Bénin, ce que Total est pour la France, ce que Shell est pour la Grande Bretagne, ce que Sonabhy est pour le Burkina-Faso… ».
C’est dans un tel contexte que les députés de la 8ème législature, lors du passage à l’hémicycle du ministre de l’industrie et du commerce, Shadiya Alimatou Assouma aux fins de répondre à une question orale avec débat sur la situation actuelle de la Sonacop ont suggéré que le secteur de la commercialisation des produits pétroliers soit exclusivement géré par le privé. Est-ce une expression de la volonté du peuple ?
Toujours est-il que la volonté d’une privatisation de la Sonacop a traversé les régimes successifs, sans être concrétisée dans les faits et cela à juste titre. Comment retirer l’Etat d’un secteur si vital de l’économie nationale ? « La situation appelle de la part de l’Etat, des mesures hardies au regard du caractère hautement stratégique du secteur des hydrocarbures et de l’obligation d’y assurer le service public », a déclaré le gouvernement dans le relevé du conseil des ministres du 9 octobre 2019. C’est dire que s’il est vrai que les maux qui minent la Sonacop ont pour nom : forte diminution des activités, baisse drastique du chiffre d’affaires, accumulation de dettes et de litiges, il n’est pas impossible de faire en sorte à y assurer le service public. Cela paraît si évident, que lorsqu’il s’est récemment agi de la crise du carburant liée au verrouillage des frontières avec le Nigeria, le recours aux stations-services de la Sonacop a été salvateur. En effet, selon la déclaration du ministre Shadiya Alimatou Assouma au parlement le jeudi 9 janvier, le réseau de distribution de la Sonacop est composé de 142 stations-services dont 6 en gérance directe et 86 en gérance libre et le reste non fonctionnel.
Face un tableau si sombre, la tâche ne sera pas aisée pour l’administrateur et son équipe mandaté par le gouvernement et dont les résultats sont attendus. De toute façon, il reste à démontrer que le tout pour le secteur privé est l’option idéale.





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