Sortie de crise politique née de la présidentielle : Les propositions des vieux briscards du monde syndical

Arnaud DOUMANHOUN 15 juin 2021

Un Bénin où règne la paix. C’est le rêve que nourrissent les vieux briscards du monde syndical béninois. Pascal Todjinou, ex-secrétaire général de la Cgtb, Paul Essè Iko de la Cstb ont formulé le vœu du retour à un climat apaisé après les tumultes de la présidentielle du 11 avril. « Il y a eu des arrestations avant et après les élections, je trouve que c’est un peu regrettable. Le régime politique doit être convivial. On n’a pas besoin de tant de tension », a déclaré Pascal Todjinou. La présidentielle de 2021 aurait généré l’une des plus grosses crises de l’histoire politique du Bénin, donnant lieu à des affrontements violents ainsi qu’à des arrestations de plusieurs figures de l’opposition dont Réckya Madougou, Joël Aïvo, Alexandre Hountondji, Joseph Tamegnon et cie. La liste n’est pas exhaustive.
Depuis le 23 mai 2021, le président Patrice Talon a prêté serment pour son second et dernier mandat constitutionnel, et il urge de panser les plaies aux fins de mobiliser toutes les énergies à la construction de l’édifice Bénin. « Seuls les politiciens savent ce qu’ils trouvent dans leur lutte. Moi, je suis préoccupé par la paix et quand il y a la paix, on est plus à l’aise, on ne craint rien. Je pense qu’aujourd’hui pour retrouver une telle atmosphère, il faut que le chef de l’Etat puisse voir si un tel geste noble ne va pas apporter plus de paix dans le pays ». Telle est la conviction Pascal Todjinou. L’ex-secrétaire général de la Cstb, Paul Essè Iko sera plus formel : « La paix est beaucoup plus du ressort de celui qui détient le pouvoir d’Etat. C’est l’Etat qui a les armes. C’est l’Etat qui a les moyens de répression. Et moi, je réclame avant tout que les répressions cessent et que triomphe la démocratie », a-t-il martelé avant de conclure que ‘’le pouvoir doit pouvoir mettre la balle à terre’’. C’est dire que les regards sont surtout tournés vers le chef de l’Etat, en sa qualité de Père de la Nation pour une décrispation de cette atmosphère qui prévaut et ne laisse au fond, personne indifférent. Est-ce que le pouvoir en place estime qu’il a déjà la victoire et qu’il ne regardera plus dans ce sens ? S’est interrogé Paul Essè Iko.

Ils ont dit

Paul Essè Iko : « Je réclame avant tout que les répressions cessent et que triomphe la démocratie… »

La crise politique que nous traversons est une crise de démocratie. Il faut que chacun ait droit à la parole et puisse dire ce qu’il pense, et que la démocratie règne. La paix est beaucoup plus du ressort de celui qui détient le pouvoir d’Etat.
C’est l’Etat qui a les armes. C’est l’Etat qui a les moyens de répression. Et moi, je réclame avant tout que les répressions cessent et que triomphe la démocratie.
Mais est-ce le pouvoir en place estime qu’il a déjà la victoire et qu’il ne regardera plus de ce côté ? Je pense que le pouvoir doit pouvoir mettre la balle à terre.

Pascal Todjinou
« On n’a pas besoin de tant de tension »

« Les élections ont eu lieu. Il y a eu des arrestations avant et après ces élections. Je trouve que c’est un peu regrettable. Je trouve que c’est regrettable parce que le régime politique doit être convivial. On n’a pas besoin de tant de tension. Seuls les politiciens savent ce qu’ils trouvent dans leur lutte. Moi je suis préoccupé par la paix et quand il y a la paix, on est plus à l’aise, on ne craint rien. En 2006, quand on voulait élire le président Yayi, j’étais président de la Ced Littoral. Tous les autres cadres de la Ced ont eu des gardes du corps, moi je n’en ai pas eu, malgré ça, je n’ai fait du mal à personne. Moi je pense qu’aujourd’hui pour trouver une telle atmosphère, une telle ambiance, il faut que le chef de l’Etat puisse voir si un tel geste noble ne va pas apporter plus de paix dans le pays. Ceux qui sont sous les liens de la justice, ils doivent savoir qu’il y a quelque chose qui ne va pas entre eux et les normes. Je dis ça parce que si une loi est votée et que la loi demande de faire une chose, il faut le faire. Il ne faut pas vouloir forcer quelque chose. En prison, il y a beaucoup de tentation. C’est regrettable parce que moi je connais, je veux citer Joël Aïvo et dame Reckya. Deux avec qui nous avons travaillé dans le cadre de la société civile. On les retrouve dans les bras de la justice. Je ne sais pas ce qu’on leur reproche, mais si c’est ce qu’on entend qu’on leur reproche, moi je ne suis pas dedans. Mais si c’est politique, je souhaite que la justice travaille et voie clair dans ce qui se passe ».

Kassa Mampo, SG de la CSTB)
« On doit accepter la contradiction pour que le pays marche »

Je crois que ce qu’il faut faire pour dégeler la situation, comme le Président l’a dit dans son discours d’investiture, il faut privilégier le volet social. Ce qui sous-entend qu’il faut être à l’écoute des travailleurs, des populations. Cela passe par la prise des mesures remettant en cause tout ce qui est à l’origine de la tension. Si je prends le côté social, il y a les lois qui restreignent les libertés syndicales par exemple. Je veux parler des lois sur la grève, sur les contrats à durée déterminée, les licenciements et même le code pénal qui restreint les manifestations et autres. Le coût de vie étant élevé, il faut prendre des mesures. Il faut l’augmentation de salaires pour les travailleurs. Pour les non travailleurs, il faut une diminution des taxes, la suppression dans des domaines donnés. Actuellement, il faut rabaisser la TVA. La vie coûte chère et tout le monde crie. Il n’y a pas d’argent et les produits de première nécessité montent de prix. Il faut augmenter le salaire en revalorisant le point indiciaire. Il faut revaloriser le SMIG pour permettre aux fonctionnaires du privé de souffler un peu. Pour le côté politique, il faut ramener la balle à terre. Il n’y a plus de liberté politique au Bénin. Les prisons sont pleines de détenus politiques. D’autres sont à l’extérieur comme exilés. Il faut libérer les détenus politiques, sans condition. Il faut libérer Laurent Mètognon, Reckya et d’autres détenus politiques. Il faut permettre que les Béninois reviennent dans leur pays pour participer à sa construction. Je fais partie de ceux qui se sont battus pour la démocratie au Bénin. Nous nous sommes battus. C’est un combat grâce auquel l’actuel Président a pu revenir au Bénin. Il y a beaucoup d’hommes politiques qu’on ne connaissait pas et qui ne participaient pas au combat politique ou qui étaient de l’autre côté. Nous nous sommes battus pour qu’il y ait des libertés. Il faut que ceux qui sont au pouvoir sachent que dans un pays, on doit écouter l’autre. On doit accepter la contradiction pour que le pays marche. Tout est pratiquement au point mort. Quelques-uns s’enrichissent. Les travailleurs sont licenciés. Quelques-uns seulement sont privilégiés. Beaucoup d’entreprises privées n’ont pas de marchés. Tout le monde se plaint. Voilà les différents aspects du mandat social que les travailleurs attendent.

Propos recueillis : Patrick SOKEGBE, Arnaud DOUMANHOUN, Moïse DOSSOUMOU





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