Stanislas Hounkanlin au sujet du second mandat de Talon : « Le défi est de travailler à construire un vivre-ensemble agréable pour tous »

Moïse DOSSOUMOU 7 mai 2021

Pendant la présidentielle, il a porté la voix des jeunes en suscitant à travers ses propositions, le débat autour des attentes de la jeunesse. Le mouvement associatif ‘’Jeunesse Entreprenante’’ conduit par Minakpon Stanislas Hounkanlin évoque ici les enjeux de la prochaine gouvernance quinquennale qui s’ouvre le 23 mai 2021. Un véritable tour d’horizon des questions les plus cruciales pour la bonne gouvernance et un meilleur vivre-ensemble au lendemain des violences électorales.

Quelles sont les attentes de la jeunesse béninoise pour le prochain quinquennat ?
La jeunesse attend simplement un mieux-être de la prochaine gouvernance. Les jeunes souhaitent vivre dans une société agréable où l’environnement institutionnel leur permet d’initier des projets, d’innover, de créer ; bref, de s’épanouir professionnellement. Ils rêvent d’une nouvelle gouvernance qui intègre véritablement les aspirations, les préoccupations essentielles, les besoins incompressibles de toutes les couches de la société, de toutes les catégories d’âge.
Ce que nous avons découvert de vertueux en notre jeunesse est qu’elle est moins égoïste qu’on ne le pense. La jeunesse que nous rencontrons dans le cadre de notre action est une jeunesse préoccupée par un meilleur vivre-ensemble collectif.

Pour la présidentielle de 2021, vous avez édité un programme de gouvernance de la Nation 2021-2026. Quel était l’objectif de ce programme et les solutions qu’il comporte ?
L’initiative d’élaborer une contribution au prochain programme de gouvernance de la Nation 2021-2026 résulte du constat selon lequel les jeunes sont longtemps restés en marge des processus de planification du développement à tous les échelons géographiques. Les dirigeants sous-estiment leur potentiel contributif.
Notre initiative vient démentir ce cliché d’incapacité ou de faible capacité des jeunes longtemps entretenu à tort ou à raison par les dirigeants, surtout ceux politiques qui ne les utilisent qu’à des fins de manipulation ou d’opérations propagandistes en période électorale.
Pour la présidentielle, notre document est un concentré de propositions concrètes et innovantes sorties du moule de l’intelligence collective de jeunes bien aguerris sur les enjeux et défis du moment.
Notre espoir est que toutes les propositions de la jeunesse béninoise dans le cadre de cette présidentielle soient prises en compte par le prochain gouvernement. Dans le cas contraire, notre organisation s’engage à travailler, avec les moyens à sa portée et dans la limite de ses prérogatives, à mettre en œuvre quelques actions pouvant relever de l’initiative associative ou privée.

Quelles sont vos propositions dans le domaine de la gouvernance et des institutions ?
La gouvernance est le domaine qui rend efficaces tous les autres domaines. La première proposition que Jeunesse Entreprenante fait aux candidats dans le domaine de la gouvernance est la prise d’une loi-programme qui servira désormais de cadrage pour la planification du développement national.
En effet, depuis une trentaine d’années, chaque gouvernement vient avec son programme et ils sont souvent très différents les uns des autres. Cela ne facilite pas la continuité et l’harmonie de l’action publique en matière de politique et de stratégie de développement. Avec cette loi-programme, tous les futurs programmes de gouvernance doivent obligatoirement s’insérer dans ce canevas adopté par le pouvoir législatif.
La deuxième action proposée est l’institutionnalisation de l’évaluation citoyenne de l’action gouvernementale. L’occasion doit être donnée à la fin de chaque année, avant le prochain exercice, à tous les citoyens d’apprécier le bilan du gouvernement dans des domaines stratégiques comme l’éducation, la santé, les infrastructures, l’eau, l’économie, le social, l’énergie, etc. Le questionnaire élaboré dans ce cadre doit être diffusé en version papier et numérique (une application en ligne) pour permettre aux citoyens des 77 communes de partager leur perception et surtout de faire des propositions d’amélioration.
A la fin du processus, un rapport national sur l’état de la gouvernance élaboré de façon participative servira de support à la prise de décision. L’Etat définira l’organisme ou l’instance qui coordonnera le processus d’évaluation citoyenne.
La troisième proposition porte sur la lutte contre la corruption. La corruption demeure le plus grand prédateur des dynamiques de développement. Dans une perspective de changement d’approche et de durcissement de la lutte contre ce fléau, le mouvement Jeunesse Entreprenante propose la création de Bureaux mobiles de dénonciation (BMD).
Ainsi, les citoyens peuvent déclarer les situations de flagrant délit de corruption accompagné de preuves dont la Brigade anti – corruption (BAC) va se saisir et en faire un traitement préliminaire pour les mettre en ligne en attendant le travail de la justice. La BAC doit être une structure autonome et indépendante animée par des professionnels de la justice et d’autres compétences que la loi viendra préciser.

25% d’allègement de dette aux multinationales, c’est ce que vous proposez entre autres sur le plan économique. On sait que les investisseurs étrangers recherchent des garanties contre la perte de leurs investissements. Au regard des efforts fournis ces dernières années par le Bénin pour améliorer le climat des affaires, comment sauvegarder ces acquis en cas de crise sociale ?
Nous pensons qu’en dépit de tout, le Bénin demeure une destination sécurisée pour les investisseurs étrangers. A aucun moment, l’Etat n’a procédé à des nationalisations ou à des pressions abusives sur les investisseurs étrangers bien que l’actuel Président de la République soit un grand acteur du monde économique [donc qui a ses propres intérêts].
En plus d’être le pays où le processus de création d’une entreprise est parmi les plus rapides au monde, des zones économiques spéciales sont en train d’être installées pour doper le tissu productif (surtout industriel) béninois. Cette opération de remise de dettes que nous proposons représente à notre avis un ballon d’oxygène pour les entreprises en général qui connaissent un taux de mortalité élevé du fait du poids fiscal et douanier (entre autres).

Pour en finir avec les clivages ethniques, vous proposez dans votre document, d’instituer une fête nationale ?
Il faut rappeler que le Bénin est un ensemble hétéroclite d’anciens royaumes et d’une multitude de groupes ethniques. Les plaies séculaires liées aux conquêtes et à l’expansionnisme peinent à se refermer. Le défi est donc de travailler véritablement à construire un vivre-ensemble agréable pour tous.
Les réminiscences souverainistes de chaque groupe ethnique exacerbent les clivages si bien que beaucoup de citoyens n’arrivent pas à se détacher d’une fierté d’appartenir à la région nord, d’autres à la région du centre et d’autres encore à la région du sud.
Les conceptions teigneuses d’appartenance à une Nation constituent le terreau fertile pour la tension sociale et l’instabilité politique. C’est donc pour aider à construire une nation où tout le monde se sent chez lui partout au Bénin que nous avons proposé l’institution de cette journée qui sera notre fête nationale à l’occasion de laquelle tous les fils de ce pays vont communier, discuter à cœur ouvert sur les problèmes qui se posent, promouvoir la fraternité et la paix, vivre un destin commun en un mot.

Est-ce qu’il faut plutôt opter pour une meilleure redistribution des retombées de la croissance économique pour qu’aucune localité ne soit laissée de côté ?
Pour nous à Jeunesse Entreprenante, le Bénin ne vit pas les disparités socioéconomiques les plus prononcées au monde. Il y a un effort significatif de bonne répartition des infrastructures et des services sociaux de base qui se fait depuis des décennies par les différents gouvernements. En termes d’amélioration, nous proposons plutôt la création de zones économiques spéciales autour des principales métropoles régionales de notre pays afin de faciliter aux jeunes de toutes les régions l’accès à des opportunités d’emplois.

Pendant la présidentielle, deux candidats en l’occurrence Patrice Talon et Corentin Kohoué ont annoncé la création d’un fonds de garantie auprès des banques pour permettre l’accès au financement par les jeunes entreprises. Que pensez-vous de cette proposition ?
Le mouvement Jeunesse Entreprenante se félicite déjà que tous les duos présidentiels présentent et portent des projets de société. C’est un bon début. Néanmoins, nous constatons que les propositions liées à l’emploi sont à améliorer.
La mise en place d’un fonds de garantie pour les jeunes porteurs de projets auprès des banques est une bonne chose. Mais cela ne suffit pas. Les procédures mises en place dans ce cadre doivent permettre à un grand nombre de jeunes d’accéder aux crédits bancaires. Sinon que par le passé, un tel mécanisme a existé et n’a pas prospéré car les critères mis en place n’étaient pas à la portée des jeunes.
En plus, les mesures d’accompagnement n’étaient pas bien dimensionnées pour aider les jeunes à conduire à bon port leurs projets entrepreneuriaux. Autre chose, les domaines retenus par les pouvoirs publics ne correspondent pas toujours à ceux privilégiés par la plupart des jeunes.
Les jeunes doivent donc être intimement associés à l’opérationnalisation de ce fonds qui doit s’aligner plutôt sur les vraies attentes des bénéficiaires.

Quelles sont les thématiques importantes sur lesquelles les candidats n’ont pas suffisamment renseigné les populations dans leurs projets de société selon vous ?
La décentralisation était le parent pauvre de tous les trois projets de société. Les mesures préconisées de part et d’autre montrent à suffisance que les candidats ont une conception réductrice de la décentralisation. Or, cette option de gouvernance territoriale permet d’accélérer le développement national à travers une bonne valorisation des potentialités locales. Les propositions devraient d’une part, aller dans le sens du renforcement des pouvoirs et des moyens d’action des autorités locales et, d’autre part promouvoir la mise en place des outils de contrôle des exécutifs municipaux et communaux.
Le mouvement Jeunesse Entreprenante pense que si nous avons des pouvoirs locaux forts et bien gouvernés, la création de la richesse deviendra une réalité et ainsi, les emplois locaux vont éclore véritablement. Par ailleurs, le positionnement du Bénin dans l’espace économique régional n’a pas une bonne lisibilité dans les projets de société des candidats. Quelle est la stratégie que prévoit chaque candidat pour mieux capter les opportunités que représentent les huit (08) pays de l’Uemoa et les quinze (15) pays de la Cedeao ?
Quels sont les produits phares que le futur Gouvernement compte mettre en avant ? Quelle place pour les jeunes start-ups du Bénin dans la promotion de l’entreprenariat jeune de la sous-région ? Toutes ces préoccupations méritent d’être mieux traitées et c’est pour cela que nous veillerons à ce qu’elles soient bien inscrites dans le programme de gouvernance de la Nation 2021-2026.

Quelles sont les autres dynamiques citoyennes en cours au mouvement associatif Jeunesse entreprenante après l’élection présidentielle ?
Précisément dans le cadre de la présidentielle du 11 avril 2021, le document élaboré reste la meilleure contribution de Jeunesse Entreprenante. Pour le reste, nous travaillons aux côtés des autres acteurs sociopolitiques à l’apaisement et à la prévention des troubles. Nous avons une bonne expérience en la matière. Notre réseau de jeunes est en train d’être activé pour une large diffusion des messages de paix. Des capsules vidéo, des flyers et des banderoles sont les principaux supports que nous utilisons. Juste après l’élection présidentielle, nous avons initié le Prix HOUNKANLIN STANISLAS MINAKPON pour la consolidation du vivre-ensemble au Bénin. Jeunesse Entreprenante s’est dit, que dans le contexte électoral aussi explosif que nous avions connu, des initiatives qu’elles soient citoyennes, associatives ou mêmes politiques, étaient nécessaires, pour peu qu’elles contribuent à l’apaisement et l’instauration d’un dialogue constructif.
En dehors du processus électoral, nous organiserons bientôt les états généraux de l’emploi au Bénin. Ces retrouvailles nationales des acteurs de l’emploi et de l’entreprenariat vont déboucher sur l’activation de la chaîne de solidarité dans chacune des 77 communes du Bénin où des rencontres vont mobiliser les Forces vives locales pour une mobilisation des solidarités locales en faveur des jeunes entrepreneurs et porteurs de projets.
Propos recueillis par Moïse DOSSOUMOU





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