Dr Romaric MASSI sur la drépanocytose, la Covid et les pluies : « Le froid peut déclencher des crises vaso-occlusives »

Fulbert ADJIMEHOSSOU 24 juin 2020

Les drépanocytaires ont des raisons de faire plus attention en ces temps de Covid-19. Ils seraient un peu plus vulnérables face à cette pandémie qui décime la planète. Dr Romaric M. Massi, Médecin Hématologue Clinicien, explique les causes probables de cette vulnérabilité et donne des conseils sur les moyens de prévention. Aux drépanocytaires, le spécialiste des maladies du sang suggère aussi des dispositions à prendre en ces temps pluvieux.

Nous traversons depuis quelques mois une période de pandémie. Au nombre des sujets à risque, il y a les drépanocytaires. Qu’est-ce que c’est que cette maladie, la drépanocytose ?
La drépanocytose est une maladie du sang plus précisément une maladie de l’hémoglobine qui est une grosse protéine se trouvant dans le globule rouge et qui a pour rôle de capter, de transporter et de diffuser l’oxygène dans tout l’organisme. Les sujets drépanocytaires ont une hémoglobine anormale S ou C qui sous l’influence de certains facteurs va facilement se polymériser. Cette polymérisation entraîne la falciformation du globule rouge qui perd sa forme arrondie pour prendre une forme en demi-lune, ce qui entrave sa circulation dans les vaisseaux et provoque sa destruction précoce.

Est-ce une maladie héréditaire ? Ou comment en devient-on sujet ?
La drépanocytose est une maladie génétique donc héréditaire. C’est la maladie génétique la plus répandue au monde. Les sujets asymptomatiques AS ou AC qui sont des porteurs de traits drépanocytaires sont sains et ne souffrent pas de la maladie. Mais ils peuvent transmettre la maladie à leurs enfants. Ce sont les sujets doubles homozygotes SS ou doubles hétérozygotes SC qui vont présenter les manifestations de la maladie.

Il est souvent dit que c’est aussi une erreur fatale quand on ne prend pas la peine de faire les tests de compatibilité avant de se marier. Comment faire son choix pour éviter d’avoir des enfants drépano ?
Oui il faut obligatoirement faire son dépistage avant de s’engager dans le mariage et la procréation. En effet comme nous l’avons dit plus haut, les sujets AS ou AC sont asymptomatiques mais peuvent transmettre la maladie à leurs enfants. Ainsi il est déconseillé que les sujets porteurs de traits drépanocytaires ou drépanocytaires se marient entre eux. Par exemple, lorsqu’un sujet AS se marie avec un autre sujet AS ou AC, bien que les deux membres du couple ne souffrent pas de la maladie, ils risquent d’avoir des enfants SS ou SC qui vont souffrir de la drépanocytose. La réalisation de l’électrophorèse de l’hémoglobine est donc obligatoire avant tout projet de mariage et de procréation. Une fois que les deux membres du couple ont leur électrophorèse, on peut facilement prédire la survenue d’un enfant drépanocytaire. Lorsqu’on est porteur de trait drépanocytaire (AS ou AC), ou drépanocytaire (SS ou SC), il faut obligatoirement s’unir avec un sujet AA pour protéger ses enfants de la maladie. Dans le doute il est préférable de prendre conseil auprès d’un médecin avant de s’engager.

Il est dit que Covid-19 et drépanocytose ne font pas bon ménage. Quels conseils donner à ces patients drépanocytaires pour se protéger actuellement ?
Effectivement les sujets drépanocytaires sont considérés comme des sujets à risque face à la Covid-19 probablement à cause de la fragilité de leur système immunitaire qui les prédisposent à faire des infections graves et peut-être aussi à cause des phénomènes thrombotiques que provoque la Covid-19 ; phénomènes thrombotiques amplifiés probablement chez les drépanocytaires qui à l’état basal sont prédisposés à faire des manifestations thrombotiques. Nous n’avons pas aujourd’hui assez d’éléments pour confirmer ces deux hypothèses puisque la Covid-19 est apparue il n’y a pas longtemps. Mais les études scientifiques en cours nous apporteront plus de précision certainement dans quelques semaines. Ceci étant, comme tout le monde, les drépanocytaires doivent respecter scrupuleusement les gestes barrières et informer leur médecin traitant aussitôt qu’ils remarquent le moindre symptôme. Surtout pas de panique car le stress chez le drépanocytaire peut être source de crises vaso occlusives douloureuses. Il faut donc rester vigilant et dans le calme se référer à son médecin lorsqu’on constate une anomalie.

Que doivent-ils consommer pour renforcer leur défense immunologique ?
Pour maintenir une bonne immunité il faut d’abord manger sain et équilibré. Les repas doivent être bien protégés. L’hygiène en générale et celle des mains en particulier doit être obligatoirement observée. Les oligo éléments participent également au renforcement du système immunitaire. Certains sujets après avis de leur médecin traitant vont recevoir une supplémentation en vitamine C ou en zinc. La consommation des fruits et légumes est conseillées à condition d’en assurer une hygiène impeccable. Une bonne hydratation d’au moins 3 litres d’eau par jour est vivement conseillée.

Et comme un malheur ne vient jamais seul, nous sommes de plain-pied dans la grande saison pluvieuse avec le retour de la fraîcheur. Comment faut-il se protéger davantage quand on est un sujet aussi sensible au froid ?
Effectivement la saison pluvieuse est à risque. D’abord à cause du froid qui est un facteur qui peut déclencher les crises vaso-occlusives qui sont très douloureuses. Il est donc important que le drépanocytaire se couvre correctement quand il fait froid et surtout bien s’hydrater comme nous l’avons mentionné plus haut. Aussi la saison pluvieuse est corrélée avec une recrudescence des cas de paludisme. Le paludisme chez le drépanocytaire peut être responsable de crises vaso-occlusives, mais aussi d’hémolyse (destruction des globules rouges) pouvant aggraver l’anémie chronique du drépanocytaire et amener jusqu’à une transfusion de sang. Il est donc important que le drépanocytaire pendant cette période renforce la lutte contre le paludisme (dormir systématiquement sous moustiquaire, veiller à ce que les portes et fenêtres soient grillagées etc.) et surtout contacter son médecin traitant dès qu’il constate la moindre fièvre.
Réalisé par Fulbert ADJIMEHOSSOU





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