Entretien avec Makosso Allavo, ingénieur agroalimentaire : « Les gens comprennent petit à petit que l’agroalimentaire est une science et non de la magie »

Isac A. YAÏ 11 mai 2022

Issu de la Faculté agronomique de Gembloux de l’Université de Liège en Belgique en Science et technologie des aliments, Makosso Allavo est titulaire d’un diplôme d’ingénieur de conception en technologie alimentaire. Nanti d’un master en économie sociale et solidaire appliquée au domaine agroalimentaire, qu’il a fait entre l’Université Lyon Lumière 2 en France et l’Institut de la francophonie pour l’administration et la gestion en Bulgarie, il totalise plus de dix ans d’expérience dans le domaine agroalimentaire. Expert industriel dans le secteur agroalimentaire, il est depuis quelques années au Bénin où il travaille avec différents projets et programmes. Dans cet entretien, Makosso Allavo donne ses impressions sur le travail qui se fait au Bénin dans le domaine agroalimentaire.

Vous êtes ingénieur de conception en technologie alimentaire, un pur produit de l’Université de Liège en Science et technologie des aliments. Votre secteur se trouve entre la production et la consommation. Quel regard portez-vous sur le travail qui se fait dans votre pays le Bénin sous le régime de Patrice Talon en matière de technologie des aliments ?
Il faut reconnaitre que beaucoup de choses ont évolué dans le domaine agroalimentaire, et dans tout ce qui est gestion de la qualité dans le secteur. Lorsqu’on parle de qualité, on parle de la fourche à la fourchette. La fourche représente la production au champ tandis que la fourchette est cet outil que nous utilisons à table pour manger. La qualité en réalité embrasse tous les domaines à partir des semences jusqu’à la transformation en passant bien sûr par la production, les récoltes, et par tout ce qui concerne le stockage/conservation et la transformation agroalimentaire. Lorsqu’on prend donc le domaine agroalimentaire au Bénin, la première chose qu’on voit, c’est l’engagement de l’Etat sur l’effectivité d’une Agence Béninoise de Sécurité Sanitaire des aliments qui aujourd’hui est assez active dans ce domaine. Cette agence travaille surtout à régler un problème lié à l’obtention des autorisations de mise sur le marché des produits agroalimentaires au Bénin. Il n’y a de richesse que d’homme. Je pense que c’est à l’actif du Chef de l’Etat qui résolument a compris que la première richesse d’un pays, est sa ressource humaine. Donc, on ne peut pas continuer à laisser n’importe qui, lorsqu’il sort un produit agroalimentaire dans sa maison, dans sa chambre, dans sa cuisine, mettre cela sur le marché. Ce produit pourrait intoxiquer et constituer un danger pour la santé des consommateurs. Je pense que si aujourd’hui, il y a une obligation qui demande à ces différentes entreprises qui sont dans le domaine agroalimentaire d’aller vers l’ABSSA et de se formaliser afin d’avoir une autorisation de mise sur le marché, il faut saluer cela. Et comme je le dis tout le temps avec les entrepreneurs agroalimentaires avec qui je travaille, il faut qu’ils comprennent que l’Etat, en proposant cela, n’est pas du tout contre l’activité économique encore moins contre l’entrepreneur. L’on ne doit pas oublier quelque chose, l’entrepreneur même est d’abord consommateur. Dès qu’il consomme des produits des autres entrepreneurs qui ne sont pas de bonne qualité, il peut avoir des problèmes et des difficultés liés à sa santé. Je pense que c’est capital de le souligner, aujourd’hui, la loi N°2007-21 du 16 octobre 2007, qui protège le consommateur au Bénin a été vraiment mise en application avec l’ABSSA, l’ABRP (Agence Béninoise de Régulation Pharmaceutique) et l’Agence Nationale de Normalisation de Métrologie et de Contrôle Qualité et tout ce qui concerne les autorisations de mise sur le marché.

Après plusieurs années passées à l’extérieur, malgré les multiples opportunités que vous avez eues dans vos différents pays d’études et de formation, vous avez décidé de rester dans votre pays et de mettre vos connaissances à l’actif de votre pays. Qu’est-ce qui sous-tend ce choix ?
Je pense qu’il faut commencer par arrêter la fuite des cerveaux. J’aimerais expliquer qu’avoir une bourse d’études pour aller étudier à l’étranger, est le fruit d’une coopération bilatérale, entre votre pays et le pays européen (d’accueil). L’objectif, c’était d’aller acquérir beaucoup d’expériences, de se spécialiser dans le domaine agroalimentaire, du génie des procédés, dans le domaine de la formulation alimentaire… pour revenir au pays afin de mieux valoriser nos agro-ressources. Aujourd’hui, nous faisons beaucoup de choses dans les différents programmes où nous travaillons. Nous avons beaucoup travaillé sur le soja, le lait de soja, la farine de soja, le fromage de soja. Nous avons également travaillé sur des produits agro-santé. Nous avons travaillé sur le neem. Nous avons eu l’opportunité de développer des baumes, des savons de neem. Nous avons eu l’opportunité d’accompagner beaucoup d’entrepreneurs locaux qui ont besoin de nos compétences parce qu’ils sont pour la plupart profanes dans le domaine agroalimentaire. C’est un choix personnel de revenir rester au pays, parce que nous avons estimé qu’en Europe, tout était déjà fait et que notre pays aura plus besoin de nous pour son développement. Depuis quelques années désormais, des entrepreneurs nous contactent au jour le jour. Beaucoup de personnes aiment notre page youtube : https://www.youtube.com/channel/UCTDxKGAQKYGyXPT54p7mEtg que nous animons avec des vidéos de valorisation de nos recettes locales, d’explication d’un certain nombre de processus de transformation. Les gens nous contactent et petit à petit commencent par comprendre que l’agroalimentaire est une science et non de la magie.

Au quotidien, vous apportez vos contributions au développement de ce pays ?
Il faut le reconnaitre, je suis un industriel agroalimentaire. Un industriel agroalimentaire n’est pas celui qu’on voit en premier. Ce qu’on voit, c’est le produit, qu’il développe. Aujourd’hui, lorsque vous allez dans les grands supermarchés de Cotonou, les produits sur lesquels j’ai travaillé sont nombreux. Lorsque les consommateurs voient ces produits dans ces supermarchés, ils s’étonnent que ces produits soient travaillés au Bénin. Derrière un produit, un industriel, un expert a travaillé. C’est le produit final qu’on voit, l’on ne voit pas l’expert. C’est souvent compliqué de l’expliquer même si on a des attestations de bonne fin. Nous faisons un travail de fourmi. Nous sommes dans l’antichambre de la création et de l’innovation des produits agroalimentaires. Si les gens ont des projets dans le domaine agroalimentaire, c’est important de nous contacter pour qu’on puisse échanger et réfléchir ensemble pour pouvoir mieux valoriser nos ressources et mieux formuler pour que nos produits soient des produits innovants mais surtout des produits sûrs qui préservent la santé des consommateurs. A tous égards, qu’ils soient autant concurrentiels que les produits qui viennent de l’extérieur.

Partagez avec nous vos perspectives dans le secteur
La première chose, je pense qu’il vaut mieux communiquer sur l’agroalimentaire au Bénin. Il faut montrer que désormais l’expertise locale existe. Un grand projet que nous avons, c’est de continuer sur notre page Youtube Makosso Allavo https://www.youtube.com/channel/UCTDxKGAQKYGyXPT54p7mEtgnos vidéos qui montrent clairement la richesse de l’agroalimentaire au Bénin. Nous comptons contribuer une fois encore, à la formation, dans différentes technologies de transformations à l’endroit des jeunes, des déscolarisés et surtout des femmes pour permettre à ce qu’on puisse créer pour ces cibles des activités génératrices de revenus basées sur le domaine agroalimentaire. Nous avons en perspective d’accompagner les projets programmes qui sont sur place à mieux conseiller les entrepreneurs dans les différentes filières qu’ils ont. Il s’agira pour nous d’accompagner les entrepreneurs sur leur équipement et sur la façon dont ils doivent travailler pour standardiser leurs produits, sur comment ils doivent habiller leurs produits pour que le produit soit concurrentiel sur le marché.
Propos recueilli par Isac A. YAÏ





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