Révolution du numérique au Bénin : Le futur de l’emploi pris en otage

Patrice SOKEGBE 19 septembre 2019

Alors qu’il est accueilli et utilisé en abondance, le numérique semble résoudre beaucoup de problèmes dans le quotidien des Béninois. Mais en même temps qu’il les sert, il change leur mode de vie, et même transforme les métiers qu’ils exercent.

Il est 14h 45. C’est l’occasion pour les employés de rejoindre leurs postes respectifs. Fréjus, Agent en service au Trésor public, n’a pas encore effectué son opération dans une banque située sur l’esplanade du stade de l’amitié. Alors que le guichetier servait le 16ème client, M. Fréjus était encore à la 79è place. Agacé par la lenteur observée, il s’impatiente et entre en discussion avec d’autres clients qui dénonçaient la même lenteur. A M. Fréjus de dire : « Pour défaut de carte magnétique, nous sommes obligés de perdre toute notre journée ici. C’est harassant ! C’est ici qu’on comprend le sens du temps… ». Sur les lieux, un autre client appuie ses propos : « Les services Mobile Money nous rendent vraiment la vie facile ».
La révolution du numérique change le quotidien de millions de Béninois. Hommes et femmes, jeunes, adultes, vieillards ne résistent plus aux outils modernes qui leur facilitent la vie. « Les technologies de l’information et de la communication nous permettent de gagner en temps, en énergie et en argent. Autrefois, pour envoyer une lettre à l’étranger, il faut passer par la poste. Et il faut attendre plusieurs semaines avant d’avoir la réponse. Cela faisait dépenser, on y tenait, parce qu’il n’y avait pas d’autres alternatives…Mais aujourd’hui, en mois d’une seconde, on peut écrire à son ami aux Usa…On peut même effectuer des appels audios ou vidéos. C’est extraordinaire ! », déclare Constant Hessou, usager des Tic. Tout comme lui, beaucoup pensent que les Tic ont impacté positivement la vie des béninois, grâce à l’accès facile à l’information et aux services d’usage. Mais, cette révolution laisse transparaître tout de même un climat économique sombre dans le pays.

Un gros piège du 21è siècle
Malgré la révolution du numérique, qui devrait accélérer l’essor économique du pays, les attentes semblent ne pas être au rendez-vous. A en croire Kwuamé Sènou, Président de la fondation Kundi Africa, l’emploi traditionnel est fortement menacé. « Il y a quelques années, les gens pouvaient émettre à partir des téléphones fixes et des cabines téléphoniques. Mais aujourd’hui, les téléphones portables ont envahi le marché. Cela constitue un manque à gagner à l’Etat béninois. Pis, les marchés du réveil, des appareils photos numériques ont disparu au profit des téléphones Android… Whatsapp est priorisé au détriment des messages simples (Sms)...Même dans le domaine de la presse, vous constatez aisément que le numérique prend progressivement le pas sur l’analogique, sinon des organes de presse traditionnelle », explique-t-il. Il est donc clair que la plupart des utilisateurs ne voient que la partie visible de l’iceberg. « Nous nous intéressons au futur du travail. Car, un rapport du forum économique mondial dit que d’ici 2050, plus de la moitié des métiers d’aujourd’hui ne vont plus exister. Il est donc temps de parler de ce sujet, de le démystifier afin de permettre aux jeunes de faire leur opinion et d’envisager sereinement leur futur… », précise-t-il, tout en rappelant que les populations consomment plus qu’ils n’en produisent. « Une société qui ne fait que consommer va sans doute s’appauvrir…Nous étions là quand les téléphones portables nous ont envahis. Et cela ne nous dit rien, mais nous en consommons en quantité suffisante…C’est ce qui explique également la morosité économique dans notre pays », indique Judith Dahui, Directrice Adjointe de l’Office béninois des services de volontariat des jeunes (Obsvj). Plus loin, Vladimir Ulrich Tevi, Ingénieur en informatique, pense que « Là où l’Intelligence artificielle serait capable de battre l’être humain, c’est qu’elle peut travailler tous les jours, se rappeler de tout et répéter avec précision ce que l’on attend d’elle. Il lui est plus facile d’apprendre de nouvelles choses que les systèmes classiques le font. Avec l’essor de l’Ia, le travail classique commence à ne plus être perçu comme étant l’avenir de l’être humain, l’avenir de l’être humain est de réfléchir, de créer et de laisser les robots accomplir des tâches difficiles ». Mieux, il ajoute que ces outils technologiques n’ont pas de revendications ni de charges familiales. « Les employeurs veulent beaucoup rentabiliser. Pour ce faire, ils ont trouvé les moyens de mettre l’intelligence artificielle à service », explique-t-il.

Une mise à jour s’impose
Tel des logiciels, les employés ont besoin d’adapter leurs métiers aux réalités de l’heure. Etant donné qu’ils sont tous atteints, il importe qu’ils mettent à jour leurs connaissances. « Nous avons fait le bilan et nous nous sommes rendus compte que le besoin réel de notre audience jeune était l’orientation que ce soit en tant qu’entrepreneur ou comme employé. Nous nous sommes donc assigné comme objectif de mobiliser des professionnels des ressources humaines et des responsables d’entreprises pour en discuter avec eux », souligne Kwamé Senou. A l’en croire beaucoup d’apprenants ont de bonnes idées, mais n’ont pas l’opportunité d’en parler avec des aînés qui ont déjà réussi. « Il est donc bien d’avoir l’inspiration à partir de ceux qui ont déjà réussi. Cela ne conditionne pas leur choix, mais leur permet de choisir leur manière d’évoluer », ajoute-t-il. Ulrich Vladimir Tevi, ingénieur en informatique, trouve quant à lui, que l’intelligence artificielle ne devrait pas être une menace, mais une opportunité que chacun devrait saisir. Conscient des avancées fulgurantes du numérique, le gouvernement béninois a engagé des réformes. Il s’agit entre autres du déploiement de l’Internet haut débit et très haut débit sur l’ensemble du territoire, de la Migration vers la Télévision Numérique Terrestre (Tnt), de la mise en œuvre d’une administration Intelligente (Smart Gouv), de la généralisation de l’Usage du E-Commerce, de la généralisation de l’usage du Numérique dans le secteur de l’éducation et de la promotion du développement de contenus numériques. Malgré ces efforts, l’épée de Damoclès plane toujours sur l’emploi au Bénin.

Ulrich Vladimir Tevi, ingénieur en informatique, promoteur de African Youth
« L’Intelligence artificielle serait capable de battre l’être humain, car elle peut travailler tous les jours »

L’intelligence artificielle, c’est comme un gratte-ciel à côté des bâtiments ordinaires. C’est la prochaine étape dans l’évolution des systèmes informatiques connus. Elle permet de gérer des entités dont les proportions sont sans comparaison avec ce que pourrait gérer un système informatique classique. Si l’enthousiasme des ingénieurs face à l’IA ne cesse de grandir c’est parce qu’elle permet l’automatisation, la composition et l’analyse des tâches liées aux technologies de traitement de l’information. Si vous avez un système doté d’Intelligence Artificielle, vous pourriez y stocker vos données personnelles auxquelles vous seul avez accès, il ne vous sera plus nécessaire de mémoriser la plupart des choses que nous passons du temps à bûcher.
À tout moment, lorsque le système juge que son serveur est vieux ou saturé, il commande le dernier serveur à la mode, le configure et y transfère toutes ses données. Dans le domaine de la santé par exemple, lorsque vous utilisez un système doté d’intelligence artificielle, il pourrait détecter des signes de malaise que vous ressentez et vous en informe, tout en commandant automatiquement les médicaments nécessaires après avoir consulté le meilleur des médecins connus.
Ce système peut aussi reconnaître vos proches au milieu d’un concert bondé de monde. Son utilité dans la sécurité routière n’est plus à démontrer. Par exemple lorsque vous êtes en voiture, il vous alerte aussitôt qu’un véhicule roulant à vive allure pourrait vous percuter dans les minutes à venir car les manœuvres de son chauffeur sembleraient incertains et ou ne respecteraient pas le code en vigueur. Chaque jour, ce système vous informe des événements à venir et vous assiste dans la prise de vos décisions. Grâce à des simulations avancées, vous êtes constamment informé(é) des meilleures possibilités à prendre en compte pour l’amélioration de votre vie. Les bienfaits de l’IA sont innombrables et son utilisation permettra à notre société de faire des bonds historiques. Elle est capable d’emmagasiner les meilleures stratégies décisionnelles de ce monde afin de les mettre au service de toute une nation. La difficulté à laquelle les anciens systèmes est confrontés, sont souvent la cherté de leurs réalisations et surtout l’impossibilité de réadaptation parce qu’ils sont réalisés suivant des modèles linéaires. Leur maintenance est parfois plus coûteuse que leurs remplacements et c’est le facteur temps qui entre aussi en jeu car recréer un système est lié principalement au temps consacré à sa réalisation. Si un système ne peut être amélioré, c’est que celui-ci n’est pas réalisé avec intelligence. Or l’intelligence artificielle est censée évoluer afin de ressembler à un être vivant qui puise régulièrement dans le passé pour avancer. Là où l’IA serait capable de battre l’être humain, c’est qu’elle peut travailler tous les jours, se rappeler tout et répéter avec précision ce que l’on attend d’elle. Il lui est plus facile d’apprendre de nouvelles choses que les systèmes classiques le font. Avec l’essor de l’IA, le travail classique commence à ne plus être perçu comme étant l’avenir de l’être humain, l’avenir de l’être humain est de réfléchir, de créer et de laisser les robots accomplir des tâches difficiles.

Judith DAHUI, Directrice Adjointe de l’Obsvj

« Après des années de formation, vous êtes obligés d’actualiser vos connaissances »
Vu l’ampleur du développement des TIC dans notre monde, nous pouvons vraiment nous inquiéter et dire que l’avis de la banque mondiale est justifié. Parce que nous voyons beaucoup de domaines où l’informatique prend désormais le dessus et pourrait véritablement remplacer la main. Prenons comme exemple le domaine de la santé où le robot opère déjà les hommes. Déjà avec un ordinateur, on peut opérer un patient. C’est vrai que c’est inquiétant, au même moment que c’est de l’innovation et que les résultats sont totalement efficaces et efficients, c’est aussi une inquiétude bien justifiée. Notons aussi que dans le secteur de la télécommunication, nos parents avaient de difficulté à s’envoyer des messages, et c’était par personne interposée qu’il faut transporter le message. Mais avec le développement des Tic, le téléphone fixe a amélioré les choses. Après, c’est le téléphone sans fil, nos portables. Aujourd’hui, nous avons plein d’applications qui nous permettent de véhiculer l’information à plein temps avec des visuels pour appuyer l’information. Imaginons le personnel par exemple de la poste. Que deviennent-ils ? Est ce qu’ils existent encore ? Dans le domaine de la santé, nous avons forcément besoin de la main d’œuvre physique, mais à des niveaux élevés, nous avons pensé que les robots remplaceraient les hommes. Ce qui signifie qu’après des années de formation, vous êtes obligés d’actualiser vos connaissances, de vous appliquer en vous adaptant à la réalité. Ce qui signifie encore que vous pourriez avoir votre diplôme et ne pas pouvoir travailler parce que la machine vous remplace. Tenons-nous donc seulement à ces deux exemples. C’est vraiment inquiétant, nous voyons tel que le monde se développe, nous voyons comment les jeunes diplômés sortent des universités, mais à la fin, ils ne trouveront pas d’emploi parce que les TIC les auraient remplacés. Ça va être vraiment dommage. Il faut donc qu’on commence déjà par penser à comment travailler pour renverser autrement cette tendance, informatiser beaucoup d’emplois.



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