Sandra Idossou au sujet du ‘’Consommons local’’ : « Le message passerait facilement si nos autorités étaient elles-mêmes des exemples »

14 octobre 2021

Consultante en Qualité de services, Sandra Idossou est très engagée pour un certain nombre de problématiques qui touchent notre société, notamment la protection de l’environnement à travers la campagne ‘’Sachet Héloué’’ et le ‘’Consommons local’’ à travers la galerie d’arts et d’artisanat ‘’Kouleurs d’Afrik’’. Dans l’entretien ci-dessous, elle a montré l’importance de la consommation locale et le rôle des autorités dans la promotion des produits locaux.

Vous avez fait l’option de valoriser les produits locaux. Pourquoi ce choix ?
J’ai fait l’option du ‘’Consommer local’’ pour montrer la valeur de certains produits locaux que nous avons. C’est dommage qu’on nous ait inculqué que localement, nous n’avons pas des choses de qualité, alors que c’est faux. Un certain nombre de produits alimentaires que nous mangeons localement sont meilleurs que ce que nous avons importé. Donc, en tant que citoyenne engagée, j’ai commencé par militer pour le ‘’Consommer local’’, ceci pour sensibiliser nos populations, pour les réveiller, pour leur dire d’ouvrir les yeux par rapport à ce complexe que nous avons vis-à-vis des produits faits au Bénin.

Le Gouvernement a désigné le mois d’Octobre comme Mois du Consommons local. Il s’agit d’un évènement qui est à sa deuxième édition au Bénin. Quel contenu donnez-vous à la consommation locale ?
Pour moi, la consommation locale, ce n’est pas une question d’un mois. Ce n’est pas seulement en Octobre qu’il faut parler du ‘’Consommer local’’. Moi, je parle du consommer local tous les jours. Et je pense que c’est bien d’avoir un mois qui valorise le ‘’Consommer local’’, mais au-delà du mois, c’est une responsabilité à nous tous de montrer la valeur et de faire la promotion de ce que nous avons localement.

Les Béninois ont pendant longtemps préféré les produits venus d’ailleurs à ceux locaux. Qu’est-ce qui explique cet état de chose ?
Pour être objectif, ce n’est pas seulement une question de Béninois. Dans la plupart des pays, on a toujours eu tendance à préférer des produits qui viennent d’ailleurs, tout simplement parce qu’on a l’impression qu’ils sont de meilleure qualité. Pour moi, c’est une question de mentalité. Si on peut aujourd’hui susciter l’intérêt de nos populations vis-à-vis des produits locaux, ce serait déjà bien pour nos acteurs qui sont dans la fabrication et dans la transformation de ces produits.

Quel est l’avantage de consommer le riz local au Bénin ?
Il y a quelques années, j’ai découvert le riz ‘’Mon Riz’’ qui vient de la région de Savè. J’ai opté pour ce riz. Même s’il est plus cher que le riz importé, je préfère contribuer à faire développer les économies locales. Je préfère dépenser un peu plus cher et me dire que je contribue à un essor économique, et que mes achats sont responsables. Mais au-delà de cet esprit patriotique, c’est surtout la qualité que je mange. J’ai toujours dit qu’il vaut mieux se nourrir que de manger. Il y a une grande différence. Manger, c’est juste remplir le ventre. Mais se nourrir, c’est être sûr que ce qu’on apporte à son organisme a des nutriments qui nous permettent d’être en bonne santé et de renforcer notre système immunitaire. Pour des questions diététiques, je préfère des produits locaux sans engrais ni conservateurs, que des produits importés. C’est pour cette raison que, depuis des années, j’ai opté pour le riz local.

Les produits locaux coûtent généralement plus chers que ceux importés. Ne trouvez-vous pas que c’est un frein à la consommation locale ?
Je suis d’accord que, pour certains produits locaux qui coûtent plus cher, cela n’aide pas vraiment à pousser les consommateurs à aller s’en procurer. Il est important d’accompagner les producteurs pour que leurs produits soient à des prix raisonnables. Au lieu d’acheter par exemple le riz à 4 200 FCFA, grâce à l’aide du Gouvernement, on pourrait l’acheter au même prix que les produits importés. Cela pousserait beaucoup de personnes à pencher pour des produits locaux. Je pense aussi que le gouvernement peut aider en augmentant les taxes sur certains produits importés pour être sûr que ceux locaux ont des coûts raisonnables et accessibles à la population.

Le gouvernement promeut le ‘’Consommons local’’. Mais le style vestimentaire de nos autorités ne traduit pas cette volonté. La tenue Goodluck se rapporte systématiquement à l’ancien président nigérian Goodluck Jonathan. Et aujourd’hui, une bonne partie de l’Afrique a adopté cette tenue. Mais en même temps, on dit souvent le poisson pourrit par la tête. Qu’en pensez-vous ?
Je pars du principe qu’on ne peut impacter que si nous-mêmes, sommes l’exemple. Je pars aussi du fait que c’est bien de promouvoir le ‘’Consommer local’’, mais le message passerait plus facilement si nos autorités étaient elles-mêmes les exemples de ce ‘’Consommer local’’. Mais quand on parle du ‘’Consommer local’’, ce n’est pas que l’alimentaire, c’est le vestimentaire, le mobilier, les compétences locales, la musique locale, les médias locaux etc…Si nous voulons faire la promotion du ‘’Consommer local’’, il est important voire urgent que nous autorités à tous les niveaux soient les exemples de ce que nous prônons.

Quels sont les acteurs qui doivent contribuer à inverser la tendance ?
Pour moi, c’est les leaders à tous les niveaux, tous ceux qui peuvent prôner le changement. Après eux, c’est la presse. Selon moi, les médias jouent un rôle très important dans la sensibilisation des populations. Donc, je veux compter sur la presse et sur chaque personne qui, indirectement, peut avoir de l’influence dans son entourage. Chacun dans sa maison peut être le porteur de ce message du ‘’Consommer local’’.
Propos recueillis par Patrice SOKEGBE





Dans la même rubrique