Thérese Waounwa, Membre du Pcb : La dame de fer se laisse découvrir

Patrice SOKEGBE 31 mars 2015

Considérée comme un mythe au temps du régime marxiste-léniniste de l’ancien Président Mathieu Kérékou, Thérèse Waounwa n’a pas fini d’écrire son histoire. Elle est aujourd’hui Présidente de la coordination des comités d’action des marchés du Bénin, Responsable de l’Organisation pour la défense des droits de l’homme et des peuples et coordonnatrice du forum des travailleurs du Bénin. Zoom sur une femme de feu.

Thérèse Waounwa, la dame de fer...

Qui parle de la résistance des femmes contre la révolution au Bénin évoque indubitablement le nom de Thérèse Waounwa. Militante jusqu’au bout des ongles, cette femme fait partie des figures qui se sont illustrées dans le combat contre la gouvernance du régime marxiste-léniniste du Parti de la Révolution populaire du Bénin (Prpb). Thérèse Waounwa a participé aux combats les plus périlleux. Pour les uns, c’était une femme très effacée mais acerbe et pour les autres, un mythe que le régime marxiste léniniste a toujours tenté de neutraliser. Membre fondateur du Parti communiste du Bénin, elle est restée à ce jour fidèle à ce courant politique. La sexagénaire est inoxydable et continue de militer pour la défense des droits humains, la justice sociale, la liberté d’expression, la bonne gouvernance et l’amélioration des conditions de vie des peuples. On la retrouve dans des marches de protestation, des sit-in et d’autres évènements politiques. Elle est d’ailleurs candidate sur la liste de l’Alliance pour une nouvelle gouvernance (Ang) dans la 15ème circonscription électorale pour les élections législatives d’Avril 2015. A cet effet, elle multiplie les séances de concertation afin de trouver les méthodes idoines pour tirer son épingle du jeu.
En dehors de sa vie de militante, Thérèse Waounwa est commerçante à Missèbo. Elle a une boutique de pagne qui lui permet de gagner sa vie.

Le rêve étouffé
Mariée et mère d’une fille, Thérèse Waounwa est titulaire d’un Bac G2 obtenu au Lycée Coulibaly. Elle s’est ensuite inscrite à la Faculté des sciences juridiques de l’Université nationale du Bénin. Elle était en troisième année quand elle a été poursuivie par la gendarmerie et la police. « J’ai même été une fois victime d’emprisonnement. J’ai été bastonnée. Mais j’ai été très vite relâchée », précise-t-elle. C’est ainsi qu’elle abandonne les études et commence par mener une vie de clandestin. Et pour cause, elle faisait partie des étudiants qui se sont ligués contre les frais d’inscriptions exorbitants, la quasi-inexistence de résidences universitaires, les conditions d’études précaires dans les amphis, le coût élevé du transport et de la restauration. D’après les autorités rectorales, elle était indésirable, parce qu’elle dérangeait les intérêts. Ainsi, clandestinement, elle a continué les études, cette fois-ci en Marketing et action commerciale où elle obtient son Brevet de technicien supérieur (Bts).

L’énigme ‘’Waounwa’’

Toujours au front et prête à braver toutes les épreuves

Plusieurs raisons expliquent le choix de Thérèse Waounwa. Elle est une activiste née. Son histoire d’amour avec le militantisme est une question familiale qui remonte à ses parents et ses grands-parents qui, eux, étaient hostiles à l’injustice sociale. Son Grand-père a mené ce combat toute sa vie durant. Pour cela, à la naissance de Thérèse, il lui a donné le nom ‘’Waounwa’’ qui veut dire ‘’Qui déteste l’injustice’’. Cette adhésion facile au militantisme n’est donc nullement le fruit d’une « frustration particulière » qu’elle a subie. Ainsi, progressivement, elle devient populaire tant au niveau primaire, secondaire que supérieur. « Lorsque j’ai intégré le collège, j’ai vu que les élèves n’avaient pas de bonnes conditions de vie et d’études. On militait dans l’Union générale des élèves et étudiants du Dahomey (Ugeed) et autres organisations scolaires. Progressivement, je suis allée à l’université nationale du Bénin où les conditions de vie et d’études des étudiants étaient des plus précaires. Il fallait donc lutter pour avoir des laboratoires, les bourses, les amphis, les résidences, les bus, la subvention qu’on octroyait aux étudiants pour leur restauration. Les autorités de l’université s’accaparaient de ces subventions et ne donnaient que le strict minimum aux étudiants », a-t-elle révélé. Elle est donc l’un des membres fondateurs du Parti communiste du Bénin (Pcb) en 1977.

Ecartée pour ses actes
Après 5 ans de clandestinité, Thérèse Waounwa revient au devant de la scène grâce à l’intervention de Amnesty international. Elle ne subissait plus les poursuites policières, mais se sentait plutôt marginalisée, puisque les dirigeants ne voulaient pas dans leur système d’un individu qui va dénoncer les détournements, l’impunité, la corruption et autres scandales. « Les gouvernants n’ont pas voulu de nous à leurs côtés. Selon eux, j’étais celle-là qui dit la vérité, qui ne pouvait se taire sur les scandales orchestrés par eux, qui veut que les prédateurs de l’économie nationale soient punis », indique-t-elle. Elle était donc le ‘’virus’’ qui allait infecter le système de gouvernance du Prpb. Ainsi, elle a pris son courage à deux mains et s’est investie dans le commerce, notamment dans la vente de pagne à Missèbo à Cotonou.

Thérèse Waounwa face à ‘’l’Autocratie’’
Les luttes menées par Thérèse Waounwa à chaque étape de sa vie l’ont rendue populaire, et même bouillante aux yeux du gouvernement de la République populaire du Bénin. Par ailleurs, elle perçoit les années 80-89 comme une époque autocratique dirigée par le Commandant Mathieu Kérékou. Selon elle, c’était une époque où les libertés n’existaient pas, où les citoyens sont envoyés en prison pour un ‘’Oui’’ ou un ‘’Non’’. Un simple tract suffisait déjà pour se faire envoyer au violon, révèle-t-elle. Toujours selon ses dires, à cette époque, les citoyens béninois n’avaient pas deux repas par jour et les journalistes, dans l’exercice de leur fonction, sont incarcérés et même torturés. « Les travailleurs n’avaient plus de salaires. La vie était chère. Il n’y avait pas du tout de liberté individuelle et collective. C’était le parti-Etat. Il n’y avait plus d’autres partis. Le parti communiste du Bénin vivait dans la clandestinité. Les syndicats des travailleurs étaient muselés. Il n’y avait que l’Union nationale des syndicats des travailleurs du Bénin (Unstb). Si tu ne milites pas au sein de l’Unstb, tu est déclaré ennemi du pouvoir », confie-t-elle. Face à cet état de choses, d’après Thérèse, les membres du Pcb et autres citoyens acquis à leur cause, dans le but de mettre fin à la dictature, ont ouvert une bataille rude contre le régime. Ainsi, les marches, les dénonciations, les grèves, les sit-in et les tracts se sont multipliés. De la même manière, nombre de manifestants ont été victimes d’assassinat, d’emprisonnement et de torture à Ségbana, Parakou et Plm Alédjo. Exaspéré par la situation qu’il vit, tout le peuple s’est jeté dans la rue, le 11 décembre 1989, pour mettre fin à un régime qui a longtemps fait mal. D’où la tenue de la Conférence nationale des forces vives de la Nation du 19 au 28 février 1990. « Ma participation n’a pas été particulière et je ne me vois pas seule dans cette lutte. C’était une lutte collective et qui a payé de toute façon », souligne-t-elle, humblement.

Un pas en avant, mais…
Si le Bénin est devenu un Etat démocratique depuis 1990 à ce jour, c’est donc grâce à la proactivité, la détermination du peuple en général et d’une femme battante comme Thérèse Waounwa qui a désiré que tout change. L’objectif était atteint. Selon Thérèse, ce qui a changé, c’est qu’il n’y a plus de Parti-Etat et que les libertés ne sont plus confisquées comme auparavant. Il y a une certaine liberté d’association. La preuve, dit-elle, on compte plus de 200 partis politiques au Bénin. « Aujourd’hui, l’on peut librement s’exprimer sans être inquiété. La plupart des élections sont organisées, même si elles sont entachées de fraude… Et l’alternance au pouvoir est devenue une réalité », pense-t-elle.
Malgré ce changement radical noté après la Conférence nationale des forces vives de la nation en février 1990, Thérèse a émis des réserves face à la gouvernance actuelle. Selon elle, il reste beaucoup à faire. Elle dénonce, entre autres, l’organisation tardive des élections communales et municipales, la dilapidation des ressources de l’Etat au profit des marches de soutien au Chef de l’Etat, les grèves dans les secteurs de l’enseignement, de la santé, de la justice, la poursuite des opérateurs économiques nationaux, le projet de révision de la Constitution, la crise dans la filière coton et autres. « Je ne peux pas dire que tout a changé. Si tout avait changé, on ne serait plus là en train de voir les travailleurs dans les rues, les magistrats et les agents de la santé en grève pendant plusieurs mois… », précise-t-elle. C’est donc pour donner de la voix qu’elle s’est portée candidate sur la liste de l’Alliance pour une Nouvelle Gouvernance (Ang) dans la 15ème circonscription électorale afin d’avoir la possibilité de voter des lois qui feront le bonheur du peuple béninois.

Epouse comme toute autre !
Bien que Thérèse soit très active au plan syndical et politique, elle joue tout de même son rôle d’épouse. En ce qui concerne sa vie conjugale, Thérèse répond que son époux et elle ont toujours vécu en harmonie, surtout que celui-ci connaît et respecte son choix. « J’ai fait depuis mon enfance le choix de militer pour les intérêts du peuple. L’homme que j’ai épousé connaît et respecte mon choix. Je ne lui impose pas mon choix. Je gère mon foyer comme toute autre femme », souligne-t-elle. Les querelles rarement survenues entre eux, dit-elle, ne sont pas souvent liées à son militantisme.

Egalité du genre d’accord, mais développement d’abord !
De son expérience d’épouse, Thérèse a fait des constats concernant l’égalité du genre au Bénin. Selon elle, la femme doit bénéficier des mêmes droits que l’homme à condition qu’elle soit d’abord instruite dans nos langues maternelles et que le Bénin ait une croissance économique à deux chiffres. La femme doit plutôt lutter avec l’homme pour le progrès social avant de prétendre à l’égalité du genre. Il faut que les hommes et les femmes, poursuit-elle, comprennent que le niveau de développement atteint par le Bénin ne permet pas à la femme de réclamer une égalité du genre. D’où, souligne-t-elle, il ne revient pas à la femme de se battre toute seule, elle doit le faire ensemble avec la société toute entière. « Je ne suis pas d’accord avec la manière de réclamer aujourd’hui l’égalité. L’égalité en droit n’équivaut pas forcément à l’égalité en devoir. A l’étape actuelle, on ne peut pas demander à un homme de revenir à la maison et d’aller écraser la tomate et le piment pour faire la cuisine. Ceci sort de l’ordinaire. Si les femmes de la haute bourgeoisie tiennent ces propos, c’est tromper les ménagères. Dans les pays développés, il n’y a plus la meule, il y a la moulinette. Et l’homme peut facilement faire ce que la femme lui demande. Combien de femmes au Bénin possèdent de moulinette ? Combien de femmes dans les pays développés ont encore des bébés au dos en train de se promener dans les marchés ?… », s’interroge-t-elle. Néanmoins, elle exhorte les femmes du Bénin et d’Afrique à se battre, même si les moyens sont encore maigres.
En ce qui la concerne, la lutte est loin d’être terminée et le prochain défi de l’indomptable Thérèse Waounwa, c’est le palais des Gouverneurs. Peut-être pour un autre combat de la tigresse qui a secoué le Prpb.





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