TICs et Agriculture au Bénin : En milieu rural, des start-ups montrent le chemin

Fulbert ADJIMEHOSSOU 15 juillet 2021

Poche de sècheresse, baisse de rendement, attaque de ravageurs,... Des menaces planent sur l’agriculture béninoise. La résilience pourrait venir de la révolution numérique portée par les start-ups dans certaines localités, non pas sans embûches.

Ils ont toujours fait l’agriculture à la manière ancestrale. Mais à Natitingou, les effets des changements climatiques et la quête d’un meilleur rendement conduisent de nombreux producteurs à puiser dans leurs téléphones des conseils pour s’adapter au climat et au marché. Dans cette ville située aux flancs de l’Atacora, Donald Tchaou, Ceo de Tic - Agro Business Center passe le clair de son temps à leur faciliter l’accès aux informations sur les bonnes pratiques agricoles et la disponibilité des intrants. « Notre système de messagerie vocale permet au producteur de recevoir des messages vocaux en langue locale, sur plusieurs thématiques dont celles relatives aux changements climatiques. Son téléphone sonne, il décroche comme un appel pour écouter le message », explique ce génie des technologies dont la start-up touche plus de 50000 producteurs par an via la messagerie vocale.
Des passionnés des Tic comme lui sont nombreux à poser leurs valises et ordinateurs dans les zones agricoles. C’est le cas de Fréjus Tanguy Zinsou. Ce mardi, le promoteur du Centre de Promotion Agricole et d’Etudes d’Adaptation de l’Elevage aux Changements Climatiques (Cepacc) a pris départ pour Parakou. Il doit offrir à un partenaire une solution pour gérer sa ferme depuis l’Europe. « Il suffit d’avoir quelqu’un de confiance sur le site. Et avec votre ordinateur, vous avez une idée de chaque dépense effectuée, de comment les animaux sont nourris, etc. », confie le Zootechnicien.

Une aubaine
En réalité, au Bénin, depuis 2016, le secteur agricole affiche une contribution de 28% au PIB. Cependant, il est encore tributaire des savoirs ancestraux et de l’humeur des saisons. Ainsi, l’information actualisée reste capitale pour l’adaptation. « On ne doit pas attendre un bâton magique pour créer la résilience. Il faut apporter l’information et le conseil nécessaire. Par exemple, juste avant la campagne agricole, il faut informer les producteurs sur les prévisions pluviométriques et faire des recommandations claires en termes de date de semi et le type de variété de semence (cycle court ou cycle long) pour un meilleur rendement », déclare Donald Tchaou.
L’enjeu c’est aussi de réduire la part du secteur dans l’émission des gaz à effet de serre, tout en boostant la productivité. « Nous travaillons sur l’alimentation des animaux parce que c’est à partir de ça qu’ils produisent le méthane », note Fréjus Tanguy Zinsou.

Difficile connectivité

Les startups brisent ainsi le mythe du numérique dans le monde agricole, de la production à la distribution. En revanche, autant, les atouts sont énormes, autant les embûches se dressent sur le chemin. Ingénieur agronome, Mirlain Bossou dirige Jinukun, une start-up dont l’une des solutions est de faciliter l’accès aux marchés via une plateforme qui comporte plus de 600 produits agricoles. Il en sait beaucoup sur les contraintes. « La barrière linguistique pèse dans la balance. Ensuite, il y a le taux de pénétration qui est faible. Quand je suis à Bantè ou à Ouèssè, etc. c’est difficile d’avoir la 3G. Quand un producteur doit prendre jusqu’à 5 min pour se connecter à Facebook ou à un site, c’est contraignant. Aussi, avec la cybercriminalité, c’est difficile d’enlever de la tête des personnes instruites que tout ce qui est sur internet est faux », déplore-t-il.
Malgré toutes leurs ambitions et leurs capacités, les Start-up se doivent de s’adapter elles aussi aux réalités du terrain. C’est parfois trop vite aller en besogne que de conseiller des drones par exemple, même si c’est l’idéal. « Les producteurs n’ont pas de smartphone. C’est un peu contraignant pour nous. Nous sommes obligés de miser sur des solutions applicables aux téléphones simples. Imaginez un producteur qui doit dépenser entre 3.000 et 7.500 FCFA le mois pour charger simplement son téléphone. C’est compliqué pour lui d’avoir dans ce cas un smartphone. Il ne peut qu’avoir un téléphone dont la batterie est plus résistante », fait remarquer Donald Tchaou.

Des jalons pour le futur
L’accessibilité à l’énergie, la couverture réseau et l’internet restent pour lui un déterminant majeur. Mais unanimes, les acteurs le sont par rapport aux efforts en cours pour réduire la fracture du numérique. « C’est surtout l’infrastructure numérique qui est indispensable pour le développement et le suivi des solutions que nous développons au profit des producteurs. Le cadre juridique est assez favorable », martèle Donald Tchaou. Dans tous les cas, des joujoux, les start-ups ne le sont pas moins aux yeux des partenaires qui, avec la Covid-19, misent sur les Tics pour optimiser leurs appuis. Aux producteurs d’en profiter et à l’Etat de tout faciliter.





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