Zakiath Latoundji à propos de la liberté de presse au Bénin : « L'environnement juridique est favorable à la liberté de presse »

5 mai 2022

À l’occasion de la célébration de l’édition 2022 de la journée internationale de la liberté de presse, Zakiath Latoundji, présidente de l’Union des professionnels des médias du Bénin (UPMB) fait un état des lieux.

Aujourd’hui est célébrée la 31ème édition de la journée internationale de la liberté de presse sous votre mandat en tant que présidente de l’Union des professionnels des médias du Bénin. Quel état des lieux pouvez-vous faire de la liberté de presse au Bénin ?
Lorsque je dois apprécier l’état de la liberté de presse au Bénin, j’essaie d’interroger l’environnement pour l’exercice de la profession dans notre pays. Quand j’interroge les conditions de vie des acteurs de la presse, on peut dire globalement qu’on a un environnement juridique qui est favorable à la liberté de presse, la liberté de création des entreprises de presse. Presque tous les jours, surtout dans le numérique, on assiste à la création de nouveaux médias. Donc l’environnement, du point de vue de la création d’organes de presse est quand-même assez favorable. Presque tout le monde peut créer un organe de presse aujourd’hui. Deuxième chose, presque tous les sujets peuvent être abordés. Il y a cette possibilité aux professionnels des médias d’aborder les sujets qu’ils veulent. Maintenant, c’est comment on a abordé le sujet, est-ce que tout le travail d’investigation de recherche d’informations nécessaires autour de ce sujet a été fait pour qu’on évite la diffamation ou quelque délit de presse. C’est là que tout le problème se pose. Pour moi aujourd’hui, c’est difficile de répondre par oui ou non, il y a liberté de presse mais je pense que globalement, il y a quelques rares cas où le journaliste est interpellé et mis aux arrêts pour des questions de délits de presse. Mais on a la possibilité de créer son organe et d’écrire son article même si on n’a pas toujours les sources d’information disponibles pour nous apporter les informations nécessaires.

Parlant de délits de presse, pensez-vous que la presse béninoise est sous l’emprise du code du numérique ?
Oui, nous avons même un gros projet de relecture du code du numérique. Mais il se trouve que malheureusement, il y a une mauvaise interprétation des dispositions du code du numérique qui fait que même quand l’acteur de médias prouve sa qualité de journaliste, on ne le traite plus sur la base du code de l’information et de la communication qui en fait est la loi qui régit la profession mais sur la base du code du numérique. Nous avons mené une série d’activités dans ce sens et le plaidoyer est encore en cours, pour qu’on definisse clairement à travers le code du numérique, la qualité du journaliste et qu’à partir du moment où il y un problème avec un journaliste, on ne va pas le traiter sur la base du code du numérique mais sur la base du code de l’information et de la communication qui a banni les peines privatives de la liberté.

La révolution des réseaux sociaux impacte sérieusement le fonctionnement des acteurs des médias. Est-ce qu’il existe un diagnostic pour cette situation ?
Il n’y a pas eu un diagnostic proprement dit. Mais tous autant, nous sommes des utilisateurs des réseaux sociaux. Et on comprend aujourd’hui qu’avec le numérique, les nouvelles technologies de l’information et de la communication, il y a beaucoup de nouveaux médias et presque tout le monde se fait passer pour un acteur de l’information. Et c’est là le challenge même pour les professionnels des médias d’arriver à, malgré qu’ils exploitent des réseaux sociaux, garder leur casquette de journaliste pour qu’on puisse distinguer le journaliste du citoyen lambda qui utilise le numérique pour diffuser les informations. Tout le monde aujourd’hui, quand je prends l’exemple de Facebook, témoin d’un accident de circulation peut aller sur sa page Facebook. Mais, qu’est-ce qui fait la différence entre monsieur et madame tout le monde qui écrit sur le numérique et moi, professionnelle des médias qui écris sur le numérique. Parce que le professionnel est qualifié pour le traitement de l’information. C’est pour que la question du professionnalisme interpelle et il faut que la responsabilité du journaliste entre en jeu pour que, même sur le numérique, on arrive à distinguer la qualité de l’information qui ne sera pas écrit sur le numérique comme n’importe qui va écrire sur le numérique mais utiliser le numérique comme le vecteur de l’information parce que les médias traditionnels ont montré leurs limites aujourd’hui. Et presque tous les médias conventionnels ont commencé à utiliser le numérique aujourd’hui. Donc ce n’est pas mauvais en soi. C’est de rester dans la dynamique du temps, de devoir actualiser les moyens de production et les moyens de diffusion de l’information avec le numérique. Après, il faudra respecter les différents circuits de traitement de l’information pour que l’information, une fois qu’elle sort, soit quand même une information de qualité. Ce qui fait qu’on peut distinguer l’information diffusée par un professionnel de l’information qu’un quidam balance sur le numérique.

Une chose, pour le professionnel de l’information, est de faire preuve de professionnalisme, une autre, est de continuer à exister en tant qu’entreprise de presse face aux affres des réseaux sociaux en matière de la diffusion de l’information. Qu’en pensez-vous ?
Faire preuve de professionnalisme demande à l’acteur des médias de bien connaître les règles qui régissent notre profession. On a un code d’éthique et de déontologie qui exide d’écrire de façon juste et vérifiée. Ça, c’est important. Après, le numérique est là. Oui, on va exploiter le numérique mais ce n’est pas parce qu’on va sur le numérique qu’on va balayer de revers de la main les règles d’éthique de notre profession. Aujourd’hui, ce n’est presque plus possible de faire de la production de l’information sans recours au numérique. Vous pouvez rester dans les 4 coins des murs de chez vous et faire des productions journalistiques en contactant des spécialistes de part et d’autre. Avec votre téléphone et connexion internet, vous avez réglé vos interviews et tout. Donc ce n’est plus possible d’exercer sans le numérique. Pour le professionnel, il s’agit de mettre le numérique au profit de l’exercice de la profession pour lui donner tout le caractère nécessaire et respectable qu’il lui faut.

Le Bénin a connu des reculs dans le classement international.
C’est déplorable. Nous n’avons pas non plus tous les éléments qui permettent à Reporteur Sans Frontières de faire dérouler le Bénin dans le classement. Mais toujours est-il qu’il y a des éléments d’appréciation tels que l’environnement, la situation des journalistes qui sont gardés et dont la sécurité est menacée et les cas d’interpellation du journaliste. Au regard de tout ça, on peut dire qu’on a connu des jours meilleurs en matière de liberté de presse pour le Bénin, pour l’acteur des médias que nous-mêmes, nous sommes. Il y a eu un environnement favorable avant.

Qu’en est-il du renouvellement des cartes de presse ?
C’est un autre plaidoyer que nous faisons pas seulement pour le 3 mai. L’obtention de la carte de presse est gérée par la HAAC sur l’appel à candidature. Notre plaidoyer, que le renouvellement de la carte de presse soit automatique plutôt qu’attendre l’appel à candidature de la HAAC avec le temps que cela prend.

Un mot à l’endroit des acteurs des médias ?
Je leur souhaite une belle célébration de la fête de la journée internationale de la liberté de presse. Que nous fassions preuve de professionnalisme et c’est important. J’ai l’habitude de citer ces aînés là qui, pendant plus de 30 ans de carrière, n’ont été aucunement interpellés pour diffamation ou tout autre délit de presse, parce que respectant justement les dispositions régissant notre métier. Que chacun actualise ses connaissances. On n’a pas besoin d’attendre de grand moment de rassemblement pour forcément actualiser ses connaissances. Mais chacun à son niveau, peut travailler et jouer sa partition. Que nous ayons une presse qui réponde aux besoins de la population parce que nous avons les consommateurs des produits de presse qui sont là pour les besoins de l’information. Donc travaillons pour que l’information que nous leur produisons soit vraiment celle qui puisse leur servir au quotidien. Que l’État garantisse un environnement favorable à la liberté d’expression et liberté de presse telle que définie dans la constitution.
Propos recueillis : Fidégnon HOUEDOHOUN (Stag)





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