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Hyppolite Sessou, Psycho-pédagogue « Il va falloir s’inquiéter de la suite à réserver à ces apprenants s’ils réussissent au Bac »

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« Il faut comprendre le gouvernement dans sa position. Le gouvernement ne peut pas prendre des décisions sans se rapporter aux textes en vigueur. Dans la mesure où les textes n’interdisent pas qu’un enfant âgé de 11 ans puisse prendre part aux examens du baccalauréat, en soi, le problème ne se pose pas. Ça, c’est du point de vue administratif. Maintenant, du point de vue de l’analyse psychologique, je vais aussi répondre de manière objective qu’on peut admettre une telle chose. Ce n’est pas exclu parce que nous avons eu dans la littérature déjà et dans l’histoire des Estoniens, des gens ou des enfants qui sont doués. On les appelle tout simplement des doués parce qu’ils sont très intelligents et ils peuvent effectivement affronter les épreuves de ce genre pour peu qu’on les ait suffisamment formés et que les encadreurs jugent qu’ils ont le niveau. Là, on parle d’enfant exceptionnellement doué, cela existe. Maintenant, lorsque nous ramenons le sujet dans notre contexte, il va falloir s’inquiéter de la suite à réserver à ces apprenants s’ils réussissent au Bac. Comment l’après bac sera géré ? Et c’est là que se pose le problème. Personnellement, si je dois opiner sur la question, je dirai qu’il ne fallait pas parce que nous n’avons pas les structures adéquates comme dans les pays développés où il y a un encadrement spécial qu’on leur fait et qui leur permet de garder le cap et d’évoluer dans leur univers mental. Voilà que nous sommes au Bénin avec nos moyens limités. Pour cet enfant, s’il va faire l’université, je crains qu’il réussisse dans cet univers-là où ce sont généralement des adolescents ou des gens d’un certain âge qui sont capables d’affronter les réalités du terrain, les tracasseries liées à l’inscription, les conditions dans lesquelles, ils prennent les cours. Et donc, ça va être difficile à gérer.
....Généralement, ceux qui réussissent au bac à un jeune âge, 14 ans, 15 ans, lorsque les parents ont les moyens, ils les mettent dans des écoles, dans des établissements d’enseignement supérieur privés. Donc, si on doit rester dans l’optique qu’il faut les inscrire dans les universités publiques, ce sera un peu difficile à cause de la massification demandant parfois que les gens se lèvent à 4 heures, à 5 heures pour se chercher une place. Pensez-vous qu’un enfant de 11 ans peut le faire. Là, ça va être problématique, je crains qu’il aille s’étouffer dans son élan, or, c’est un génie apparemment, pour cet âge-là, il nécessite donc un encadrement spécial, un aménagement spécial. Nous n’avons pas vraiment les infrastructures adéquates pour le faire. Nous n’avons pas l’équipement adéquat dont on doit faire usage pour mieux encadrer l’enfant. Evidemment, s’il arrivait à finir d’une manière ou d’une autre, travailler va poser problème parce que pour travailler ici au Bénin, il faut avoir au moins dix-huit ans. C’est des enfants qui sont très fragiles aussi, donc il faut pouvoir les suivre et déceler leurs besoins. Si on ne le fait pas, ça va être une perte, ou soit il sera démotivé. L’enfant surdoué, normalement, devance déjà l’enseignant ou perçoit vite le lien entre les notions étudiées ou les différents enseignements pendant que ses camarades cherchent à comprendre. Et donc, un enseignement peut être ennuyeux pour lui quand il ne voit pas le motif qui va l’intéresser à un cours par exemple. Ce n‘est pas parce qu’il ne connait pas ou parce qu’il banalise les choses, mais parce qu’il est fragile ou très rapide dans les réflexions, et il ne suit pas le rythme du professeur. Et donc, cela peut le déboussoler. C’est pourquoi, je parlais de défaut d’encadrement autre que ce qui est ordinaire, qui est à la barre et qui est consacré à des gens de niveau moyen qui évoluent suivant le cycle normal de développement. Parce que l’enfant surdoué, comme c’est le cas, est en avance sur son âge, et bien son encadrement doit être assez spécifique.
Nous sommes dans une communauté assez particulière où il y a des normes, des modèles que nous suivons. Je sais que cela respecte un principe à savoir que l’être humain a un rythme de développement. Et on essaie de se baser sur ce principe là pour instruire l’enfant… ».

7-07-2017, Patrice SOKEGBE


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