En vérité : La manne des partis

Moïse DOSSOUMOU 14 septembre 2020

C’est une étape décisive. Elle vient couronner en quelque sorte la réforme du système partisan menée à pas de charges par le régime en place. Après la période de la constitution des nouveaux partis, il est venu le temps de s’occuper de leur bourse. Par le passé, la plupart du temps, les poches des dirigeants étaient confondues à celles des formations politiques. Il faut croire que ces pratiques sont révolues. Désormais, outre les cotisations et d’autres apports, l’argent public fera également partie des ressources des partis politiques. Ce mécanisme longtemps souhaité est en passe d’être appliqué. Pour une fois, le Trésor va décaisser des fonds pour le compte des partis réunissant les conditions pour en bénéficier. La machine ainsi lancée ne devrait plus s’arrêter. Chaque année, selon des critères bien définis, une enveloppe financière sera consacrée à l’animation de la vie politique.
La loi n°2019-44 du 15 novembre 2019 portant financement des partis politiques en République du Bénin avait déjà balisé le terrain. Il ne restait que le gouvernement joue sa partition en édictant des normes qui vont faciliter son application. C’est ainsi que le décret N°2020-362 du 22 juillet 2020 portant financement des partis politiques pour l’année 2020 a défini les conditions de la répartition de cette manne sera répartie. Selon l’article 2 dudit décret, « les données électorales servant de base à la détermination du montant du financement destiné à chaque parti politique sont celles issues des résultats des élections communales et municipales du 17 mai 2020 ». Il est aisé de constater que l’Union progressiste se taille la part du lion. Elle sera suivie du Bloc républicain. Considéré comme le petit poucet, le parti Force cauris pour un Bénin émergent ferme la marche avec une portion congrue. Les autres creusets attendront quelques années avant de prétendre à cette enveloppe.
Au titre de cette année, c’est la somme de trois milliards qui a été réservée pour les clubs politiques. Mais en fin de compte, seulement un montant de un milliard cinq cent millions sera décaissé pour le compte du second semestre en cours. Il reviendra à la Commission électorale nationale autonome (Cena) de faire la répartition de cette somme entre les trois partis éligibles selon leurs performances aux dernières élections. Du pain béni pour les dirigeants et les membres des trois formations politiques qui reçoivent un bonus confortable. A quelques mois de la présidentielle de 2021, cette dotation leur permettra d’animer sans difficulté la vie politique appelée à être mouvementée sous peu. C’est un nouveau défi qui vient d’être lancé au personnel politique dont les membres n’avaient la possibilité de gérer les fonds publics que lorsqu’ils sont placés à un poste de grande responsabilité. Voilà que sans ce préalable, ils sont appelés à faire cette expérience.
Comme on peut s’en douter, la consommation de cette dotation est sujette à des exigences rigides. En effet, « tout parti politique est tenu de produire à la Cour des comptes ses états financiers, au plus tard, le 30 avril de chaque année ». Les bénéficiaires de cette manne sont également soumis au contrôle de l’Inspection générale des finances. « Tout manquement…entraîne automatiquement la perte du bénéfice du financement de l’année en cours sans préjudice des sanctions pénales prévues par la législation en vigueur ». Avis aux têtes de pont de l’Up, du Br et des Fcbe. A tout moment, ils sont appelés à rendre compte de l’utilisation de ces fonds. A l’évidence, force est de constater que les matériaux entrant dans la fondation de la réforme du système partisan se mettent en place. Une à une, les briques sont posées. Il ne reste qu’à élever les murs.





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