En vérité : La surprise Azannaï

Moïse DOSSOUMOU 12 février 2020

Il a plus d’un tour dans son sac. Celui-là pourtant, beaucoup ne l’ont pas vu venir. Candide Azannaï, vieux routier de la politique béninoise, a créé la surprise en refusant d’engager son parti dans la course pour les municipales et communales de mai 2020. L’étonnement est d’autant plus prononcé que le parti « Restaurer l’espoir », écarté des législatives d’avril 2019 pour défaut de certificat de conformité à la charte des partis politiques venait enfin d’obtenir la reconnaissance officielle de son existence. En effet, suite aux démarches menées par le secrétaire général de cette formation politique, les récépissés provisoire et définitif ont été obtenus coup sur coup à quelques jours d’intervalle avec mention au journal officiel. Le boulevard venait ainsi de s’ouvrir pour que les membres de ce creuset, restés pour ainsi dire dans la clandestinité pendant environ un an, s’épanouissent. Tel un renard, Azannaï avait son plan.
Pendant que la dizaine de partis politiques en règle vis-à-vis du ministère de l’intérieur s’affairent pour se jeter dans la course aux communales, « Restaurer l’espoir » a préféré décliner l’offre. A l’heure actuelle, dans les états-majors des chapelles politiques, c’est l’effervescence. Les candidats se bousculent aux portes des comités de validation des dossiers. Dans le même temps, les têtes pensantes définissent les stratégies pour ratisser large afin d’engranger le maximum de voix dans les urnes. L’obligation d’obtenir au moins 10% des suffrages exprimés au plan national pour prétendre occuper des sièges dans les organes locaux de délibération décuple les appétits et alimente les convoitises. Avant tout ceci, chaque parti devra déposer 3630 dossiers à jours à la Commission électorale nationale autonome (Cena) afin de pouvoir participer à ces élections. De quoi donner le tournis aux états-majors qui n’ont plus une minute à perdre.
C’est dans ces conditions de stress que Candide Azannaï annoncé sur la ligne de départ se désiste. Coup de tonnerre ! Réuni en séance extraordinaire le lundi 10 février dernier, le bureau exécutif national du parti « Restaurer l’espoir » a pris la décision. En effet, « il s’est dégagé une très large majorité contre la participation du parti aux élections municipales et communales prévues pour le 17 mai 2020 », lit-on dans le communiqué de presse. Pour Azannaï et les siens, ces consultations électorales n’ont aucun enjeu national. Comme on peut s’en douter, la liste des diatribes contre le régime et l’organe en charge du scrutin est venue renforcer cette décision, pour le moins inattendue. L’opinion aurait aimé voir ce parti se jeter dans la bataille notamment à Cotonou et ses environs. Cela participerait de la beauté et de la vitalité du jeu démocratique. En choisissant de se mettre en retrait, Azannaï se met davantage sur la défensive.
Craint-il de faire un mauvais score dans les urnes ? A-t-il peur d’essuyer les railleries d’une certaine opinion en cas de contreperformance ? Possible. Jusque-là, Candide Azannaï n’a jamais remporté une élection sous la bannière de son parti. Ses postes électifs, il les a obtenus sous la bannière de la Renaissance du Bénin et d’autres alliances notamment les Forces cauris pour un Bénin émergent et l’Union fait la nation. Cette année, il avait l’occasion de montrer que tout seul, il est capable d’obtenir les faveurs des électeurs. Ce challenge sera pour une autre fois. D’un autre côté, le geste à la limite désespéré posé par « Restaurer l’espoir » n’est pas anodin. Le réquisitoire qui motive la décision est la preuve que les ressentiments sont tenaces. Cet aspect n’est pas quantité négligeable. Il faudra miser sur le dialogue, multiplier les preuves de bonne foi sur la durée pour rassurer et apaiser.





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