En vérité : Les nouveaux chiffres du Covid-19

Moïse DOSSOUMOU 20 mai 2020

C’est à la limite renversant. A croire qu’il s’agit d’un tour de magie. Du jour au lendemain, le nombre de personnes infectées par le Covid-19 a drastiquement chuté. Comme ça, tout d’un coup. Alors qu’une frange de l’opinion redoutait à bon droit une explosion de cas suite à la tenue des consultations électorales du dimanche dernier, le ministre de la santé est venu dérouter ses concitoyens. En prenant le contrepied de la version officielle servie jusque-là, Benjamin Hounkpatin a mis les pieds dans le plat. Et comme pour dédouaner le gouvernement, le coupable est vite désigné. L’Organisation mondiale de la santé (Oms) se trouve ainsi au creux de la vague. Pour justifier le fait que le Bénin passe subitement de 339 personnes infectées à seulement 130, les pouvoirs publics évoquent une actualisation des standards internationaux fixés pour ce qui est de la détection des cas. En cause, les tests massifs effectués depuis peu.
Selon Benjamin Hounkpatin, les nouveaux indicateurs tiennent compte uniquement des tests à la PCR. A priori, exit jusqu’à nouvel ordre les TDR, entendez tests de détection rapide. A ce niveau, une petite clarification s’impose. Le test de diagnostic rapide (TDR) désavoué par l’Oms consiste « en une recherche dans le sang des anticorps attestant d’un contact avec le virus ». Et ce résultat censé être rapide s’obtient au bout de 10 ou 15 minutes. Quant au test de la PCR ou virologique, il résulte d’une recherche du matériel génétique c’est-à-dire de l’ARN du virus sur un prélèvement naso et/ou orpharyngé (gorge, nez, nasopharynx). Dans ce cas, « le délai de manipulation pour l’obtention du résultat varie entre 3 ou 6 heures pour les tests réalisés au Bénin ». Il y a peu, le gouvernement a inclus dans sa stratégie de riposte contre la pandémie la réalisation à grande échelle des tests TDR dans le but d’avoir les chiffres réels de l’état sérologique de la population.
Voilà que sans crier gare, il est annoncé que tout ceci n’aurait jamais dû se faire parce que l’Oms n’entend pas les choses de cette oreille. Les 209 sujets préalablement déclarés infectés et en cours de traitement sont-ils sains ? Seront-ils placés en observation ou réintégrés en communauté sans autre forme de procès ? Avec cette baisse drastique des cas, faut-il croire que les Béninois sont hors de danger ? Que pourrait-on attendre comme comportement de la part des populations dont la vigilance a baissé d’un cran pour ce qui est de l’observance des gestes barrières ? A-t-on porté suffisamment de gants pour rendre publique cette information qui, à coup sûr, va consacrer chez certains la rupture d’avec les précautions à suivre pour ne pas contracter la maladie ? Que faut-il retenir de tous ces atermoiements imputés à l’Oms ? Qu’en est-il des groupes cibles potentiellement à risque ?
A ce sujet, le ministre se veut rassurant. En dépit des réserves de l’Oms, le Bénin continuera à utiliser les tests TDR pour la surveillance épidémiologique. S’il faut rester dans la droite ligne de la nouvelle logique gouvernementale, ces tests ne seront plus généralisés. Les tests virologiques ou PCR auront davantage droit de cité. Dans tous les cas, quelque chose n’a pas marché. Cette soudaine volte-face matérialisée par des chiffres au rabais n’apaise pas pour autant malgré les assurances du ministre de la santé. Dans le même temps, il ne faut pas non plus trop se casser la tête. Partout dans le monde entier, l’observance des gestes barrières notamment le lavage régulier des mains au moyen d’un désinfectant et la distanciation sociale continue de faire ses preuves. Il faudra s’en tenir à cela afin d’éviter d’être pris dans l’engrenage de ce virus qui n’a pas fini de livrer tous ses secrets.





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