En vérité : Relâchement fatal

Moïse DOSSOUMOU 15 juin 2020

Il ne figurait pas parmi les députés les plus en vue. D’ailleurs, très peu de Béninois pouvaient mettre un nom sur son visage. Pourtant, Aliou Démonlé Moko faisait bel et bien partie de la 8ème législature. Très effacé, son nom vient de s’ajouter à la longue liste des victimes de la pandémie du moment. Curieusement, c’est au moment de l’assouplissement des mesures de précaution que ce virus a choisi de frapper. Depuis quelques jours, le nombre de personnes infectées est en nette augmentation. Les décès aussi. Pendant de longues semaines, le compteur macabre qui tournait sans arrêt ailleurs, était bloqué chez nous sur un seul mort. Aujourd’hui, il en compte sept. Le dernier est un élu du peuple. Cette soudaine disparition liée au Covid-19 relance la question du relâchement observé à maints égards. La psychose et la rigidité quant à l’observance des gestes barrières ont cédé la place à la banalisation de l’infection.
Puisqu’il s’agit d’un virus qui a fait passer des centaines de milliers de personnes de vie à trépas, cette erreur se paie cash. En dépit de la réduction drastique du nombre de cas préalablement signalés au lendemain des communales du 17 mai dernier, du fait des directives de l’Oms qui ne prend en compte que les tests PCR, la courbe ascendante prend des proportions alarmantes. A la date d’hier, dimanche 14 juin 2020, le Bénin comptait officiellement 470 personnes infectées, dont 228 guéries, 235 sous traitement et 7 décès. C’est évident que cette maladie ne recule pas. Au contraire, elle s’installe chez nous. Pis, les nouvelles qui proviennent des centres de traitement déjà débordés ne rassurent guère. Certes, il n’y a pas péril en la demeure. Mais il urge que l’arsenal de communication officiel soit de nouveau mis en branle avec un accent particulier sur la sensibilisation.
C’est peu dire que les populations ont développé une certaine insouciance face à ce mal. Il faut donc à nouveau éveiller leur attention sur les risques auxquels ils s’exposent en continuant à se comporter comme si de rien n’était. La réouverture des lieux de culte rime avec le respect strict des gestes barrières. Si chez les uns, les précautions sont prises pour briser la chaîne de propagation du virus, chez les autres, le laxisme bat son plein. La reprise du transport en commun et la fréquentation des bars et maquis, à nouveau autorisées, ne sont pas synonyme d’anarchie. Des règles précises et impératives ont été édictées. Il va de soi qu’elles soient scrupuleusement respectées. Au-delà de la responsabilité individuelle qui peut vaciller selon le degré de conscience de chacun, les pouvoirs publics sont censés être les gendarmes des citoyens en gardant un œil ouvert sur les pratiques des promoteurs de ces commerces et services qui draînent du monde.
Au niveau des écoles, à la réouverture, tout semblait aller pour le mieux. Mais aujourd’hui, le port systématique de masque par les élèves n’est plus de mise. En ville ou en situation de classe, c’est le laisser-aller généralisé. Les enseignants et le personnel d’encadrement qui devraient être les censeurs circonstanciels cautionnent cet état de choses. Si les masques ne se retrouvent pas dans les sacs ou les poches, c’est qu’ils sont laissés à la maison. Quid des attroupements dans les cours de récréation ? C’est le moment de revenir à la rigueur. Des vies sont en danger. Ce virus ne fait pas de discrimination entre riches et pauvres, ni entre célébrités et anonymes, encore moins entre dirigeants et citoyens lambdas. La preuve, un député vient d’en faire les frais. La logique voudrait que ses collègues endeuillés et le personnel de l’Assemblée nationale soient testés. C’est une question de responsabilité et de prudence.





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