En vérité : Sanction exemplaire

Moïse DOSSOUMOU 17 juin 2020

Elle n’a vécu que quelques petites années sur terre. Mais pour ses assassins, à 7 ans, elle était déjà assez grande pour mourir. A la quête d’un savon de chance, ils ont jeté leur dévolu sur une innocente. Au seuil de la vie, elle a été brutalement arrachée à l’affection des siens. Ses parents et proches inconsolables, continueront de pleurer la mort de leur fille. Les assassins n’ayant pu attenter à la vie d’une adulte, fille de joie, cible désignée au départ, ont décidé d’accomplir leur funeste dessein sur une enfant naïve et sans défense. Les faits qui se sont déroulés à Cotonou il y a quelques mois ont jeté de l’émoi dans les cœurs. Sans même attendre la justice, la société a spontanément condamné cet acte crapuleux. Fort heureusement, de fil en aiguille, les services judiciaires ont pu mettre la main sur les présumés coupables. C’est déjà bon pour le moral de savoir qu’ils ont été appréhendés.
Placés en détention préventive, ils ont répondu des faits qui leur sont reprochés à l’occasion de la session criminelle en cours au tribunal de première instance de première classe de Cotonou. Le présumé assassin qui était d’ailleurs le principal accusé, en a eu pour son compte. Il a écopé de la réclusion criminelle à perpétuité. Ce dossier connaît ainsi son épilogue. Du moins pour l’instant. En attendant un éventuel arrêt en appel, les parents et proches de la petite disparue peuvent se sentir réconfortés. Ce n’est pas tous les jours que des ravisseurs d’enfants destinés à la mort sont arrêtés et jugés. Sur ce coup, les services de la police et la justice ont assuré. Mais ce n’est pas du tout l’avis de Mario Mètonou, procureur de la République près le tribunal de Cotonou qui n’est pas satisfait par ce verdict. La relaxe au bénéfice du doute du présumé complice demandeur du fameux savon de chance ne lui a pas plu. Il se pourrait que la Cour d’appel réexamine ce dossier.
Tout compte fait, l’assassin reconnu comme tel par la justice sait à quoi s’en tenir. Il passera le restant de ses jours derrière les barreaux. Ce drame qui sévit un peu partout dans le pays relance la question de la surveillance des enfants par leurs parents et tuteurs. Faut-il laisser son enfant fréquenter un voisin, un proche du quartier sans prendre quelque précaution ? Le tort des parents de Gracia est d’avoir fait confiance à un jeune de leur concession qui a l’habitude de s’amuser avec leur fille. Ils étaient à mille lieues d’imaginer que son projet était d’obtenir leur confiance pour arracher la vie à leur enfant dans le but de prélever des organes à des fins occultes. Hélas, le mal est déjà fait. Il faut maintenant œuvrer pour que d’autres parents n’aient pas à subir ce que vivent ceux de Gracia Prunelle. C’est le moment pour les adultes de prendre convenablement soin des plus petits qui n’ont pas toujours les réflexes appropriés pour se protéger contre des individus malintentionnés.
Ce drame interpelle également la société dans son ensemble. Les fameux savons de chance proposés à tous les coins de rue sont composés de quels ingrédients ? La course effrénée à la richesse, la facilité et l’envie conduisent à des pratiques dégradantes. Beaucoup sont prêts à tout pour se faire une place au soleil. Le travail, la seule voie honorable qui permet de sortir de l’oisiveté, est considéré comme une corvée par certains qui préfèrent les raccourcis. C’est ce qui amène hélas les esprits faibles à emprunter des voies peu honorables. Des enfants et adultes ont connu le même funeste destin que Gracias Prunelle. Mais la justice à travers ce verdict vient de donner un signal fort à la société.





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