En vérité : Standing ovation pour Talon

Moïse DOSSOUMOU 26 juillet 2018

Il a vraiment l’étoffe d’un réformateur. Il vient de le prouver une nouvelle fois comme il sait si bien le faire. Patrice Talon ne cessera d’étonner ses compatriotes. Au fil des années, il dévoile chaque jour un peu plus ses ambitions pour le Bénin. Son dernier fait d’arme remonte à tout juste hier. La séance du Conseil des ministres de ce mercredi 25 juillet restera mémorable. Les décisions qui ont sanctionné cette messe gouvernementale hebdomadaire le seront encore plus. Un grand coup de balai a été donné dans la cour des agents de santé. Le ménage tant espéré est enfin advenu. La suspension de la délivrance d’autorisation et la révocation d’autorisation pour l’exercice en clientèle privée des professions médicales et paramédicales par un agent public fonctionnaire ou contractuel sont des décisions on ne peut plus salutaires. Elles viennent sonner le glas de certaines mauvaises pratiques qui ont cours dans les hôpitaux depuis des lustres.
En effet, la mode dans le milieu sanitaire béninois consiste à ce que des agents de santé recrutés par l’Etat pour servir dans les hôpitaux et centres de santé publics prêtent également leurs compétences dans les cliniques privées. Selon un emploi du temps bien réglé et dont ils ont le secret, ils s’arrangent pour se retrouver dans les deux entités à la fois. Le secteur public étant connu pour être un nid de complaisance et de laxisme, ils ont tôt fait de privilégier la clientèle privée au détriment des patients qui ont recours au service public pour recouvrer la santé. Avec la complicité des décideurs qui ont de tout temps fermé les yeux sur le phénomène, ces comportements déviants ont été érigés en normes. A cœur joie, les agents de santé y ont souscrit pendant des décennies. Pendant que les habitués des cliniques privées bénéficiaient de soins appropriés en temps et en heure, les autres devaient ronger leur frein jusqu’à ce que le spécialiste daigne s’occuper de leurs cas.
Attendus à l’hôpital à 8h comme tout bon fonctionnaire, les médecins peuvent se pointer à 11h et même au-delà sans avoir à se justifier. Pendant ce temps, les malades amassés sur les bancs, gémissent et s’en remettent au sort. Pressés de repartir s’occuper des patients qui ont la bourse déliée, c’est avec empressement qu’ils expédient les cas qui leur sont présentés. Pis, les visites médicales quotidiennes dans les salles d’hospitalisation pour constater l’efficacité des traitements administrés aux personnes alitées s’apparentent pour eux à des corvées. Obnubilés par l’appât du gain, nombre d’entre eux, qui agissent de façon mécanique et intéressée, en arrivent à oublier leur serment. La double décision prise par le Conseil des ministres vient assainir les mœurs à ce niveau. C’est une bouffée d’oxygène pour les malades moins nantis qui ne peuvent pas s’offrir le luxe des soins privés.
Le 30 août, c’est la date butoir fixée aux médecins pour opérer un choix entre l’exercice de leur profession dans le secteur public ou le secteur privé. Le double emploi est désormais banni. Vivement que cette mesure révolutionnaire reste définitive ! Comme c’est le cas au Togo depuis fort longtemps, il ne sera plus possible pour les agents de santé de jouer sur les deux tableaux. Ils devront choisir entre le risque et le challenge du privé et le confort et la stabilité de la fonction publique. A l’avenir, il ne sera plus question d’abandonner les hôpitaux publics pour les cliniques privées. Des places se libèrent ainsi pour les jeunes médecins diplômés à qui les aînés faisaient ombrage. Ils auront maintenant l’opportunité d’éprouver et d’affiner leur art. Il faut le dire sans ambages. Patrice Talon est entrain de poser des actes de portée historique. L’intérêt général est davantage renforcé.





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