Eusèbe Quenum au sujet de la mécanique moto et du CQM : « Avec le CQM, l’artisan est dorénavant à sa vraie place… »

30 novembre 2023

Il fait partie sous nos cieux des rares métiers auxquels s’adonne la jeune génération. Il s’agit bien de la mécanique moto. Ce métier aussi vieux que le monde moderne, connait une chute drastique compte tenu de l’avènement des motos électriques et même de la nouvelle technologie. Dans cet entretien, Eusèbe Quenum, patron mécanicien depuis plusieurs décennies nous en dit plus et donne son appréciation sur le CQM.

Comment vous qui avez près de 40 ans dans la mécanique moto définissez ce métier ?
D’entrée, je dirai que la mécanique moto est un métier noble. Elle l’était et elle va continuer de l’être. En effet, comme vous le savez, le mécanicien moto est celui qui est chargé de réparer les motos quand celles-ci tombent en panne. A proprement parler, lorsqu’une moto a un problème technique, seul un mécanicien moto est appelé à identifier le problème afin de le régler.

Ce n’est plus un secret et le constat est bien visible. Dans les ateliers basés à Abomey-Calavi et ses environs, un faible effectif s’observe. Qu’en dites-vous ?
Oui ! vous avez fait un bon constat. C’est malheureux que la jeune génération se retienne à se faire former dans ce métier que je qualifie de noble. C’est vrai que les choses ont évolué. Vous convenez avec moi qu’en terme de statistiques, le nombre de moto qu’il y a au Bénin dépasse grandement les autres moyens de déplacement. Donc c’est évident que le corps des mécaniciens de ce type de moyen de déplacement puisse dépasser les autres corps de métier. Malheureusement, aujourd’hui c’est le contraire. Si vous n’avez pas la passion pour servir les gens, être à leur merci, vous ne pouvez pas exercer ce métier. Il demande assez de concentration et de protocole.

Diriez-vous que l’avènement de la technologie a un impact négatif sur ce métier ?
Pas tout de suite monsieur le journaliste. C’est vrai que tout est aujourd’hui sur internet. Et depuis sa maison les détenteurs de motos peuvent déjà essayer de trouver une solution à leur panne en un clic. Cela par exemple peut fragiliser le mécanicien. Mais quoi qu’on dise, la prestation sera toujours différente. C’est une certitude. On ne discute pas la place du spécialiste.

Va-t-il disparaitre dans les cinq prochaines années si on s’en tient à l’avènement des motos électriques ?
A cette question, je répondrai par la négation. C’est comme si dans cinq ans, la page des motos non électrique sera complètement tournée. Non ! pour dire simple, le jour où on n’aura plus de moto, ce sera le jour où ce métier va disparaitre car les deux se complètent. Les nouveaux types de motos naissent aujourd’hui. Je dois vous dire que nous sommes dans une association de mécanicien et nous allons par saisons suivre des formations pour davantage nous imprégner de la situation de ces métiers.

Votre expérience en tant qu’aïeul dans ce métier ?
C’est le seul métier que j’ai appris dans ma vie. Je me suis donné corps et âme et je suis ce que je suis aujourd’hui grâce à lui. J’ai fait près de 7 ans de formation. Après ça j’ai ouvert mon atelier et puis j’ai commencé par servir mon environnement. A la date d’aujourd’hui, j’ai libéré une quarantaine de mécanicien. Beaucoup sont ces mécaniciens qui ont une vie aisée aujourd’hui. La satisfaction du client était mon mot d’ordre et non l’argent. Car je me dis que si le client est satisfait pour une première fois, il va revenir vers vous et vous faire une publicité auprès de ces collègues.

Un mot sur le CQM.
Il faut dire que ce sont la dynamique et la détermination de notre président Talon qui font du secteur de l’artisanat un levier de développement et cela est salutaire pour nous, artisans du Bénin. Le Certificat de Qualification aux Métiers (CQM) est venu certifier les efforts de l’exécutif. Le Certificat de Qualification aux Métiers (CQM) est devenu une composition remplissant les paramètres des examens nationaux. Et comme le démontrent les statistiques, l’examen 2023 s’est bien déroulé avec de résultats satisfaisants à la grande satisfaction de tous les maitres artisans, de tous les apprentis ainsi que de tous les parents d’apprentis. Il ne faut pas oublier que les enfants ont passé plus de temps dans les ateliers que prévu parce qu’entre temps, l’Etat a suspendu l’organisation de cet examen-là ; ce qui a fait que les enfants ont passé plus de trois ans réglementaires comme le recommande la loi. Je rappelle qu’une autre session est prévue pour avril 2024. La nouvelle formule adoptée pour le CQM nous permet facilement de dire que cette fois-ci, nos enfants sont jaugés suivant les justes ardeurs. On peut se réjouir et dire vraiment cette fois-ci, il y a du professionnalisme. Les résultats de la session passée sont bons et cela prouve combien nous qui sommes patrons, nous nous investissons dans la formation de nos apprentis. Bref l’artisan est dorénavant à sa vraie place.

Votre mot de la fin.
Je voudrais vous remercier pour l’invitation. Je vous rassure que ce métier va continuer d’exister. Les jeunes ont toujours la possibilité de se faire former dedans.
Réalisation : Mahussé Barnabé AISSI (Coll.)



Dans la même rubrique