Interview avec Dominique Zinkpè, Artiste-plasticien : « On ne peut pas se dire artiste contemporain sans s’intéresser à sa culture »

La rédaction 6 octobre 2020

Dominique Zinkpè est le Président d’honneur de l’espace culturel Le Centre. Il est l’un des artistes contemporains qui a basé ses travaux sur l’histoire de son pays, le culte des Ibéji et l’environnement. Peintre et sculpteur avec une certaine notoriété, il revient à travers cette interview, sur son projet d’exposition.

Vous êtes l’invité du programme Rencontre/Discussion initié par l’Espace Le Centre. Pourquoi revendiquez-vous les traits d’aspirant et autodidacte dans votre partage d’expériences ?
Je revendique le titre accordé au meilleur artiste aujourd’hui, qui excelle au Bénin et qui le rend autodidacte. J’ai remarqué qu’au Bénin, c’est le seul moyen utilisé par les artistes qui excellent et qui honorent le Bénin. Les galeries résistent aujourd’hui avec une bonne reconnaissance, bien que nous n’ayons pas des écoles de beaux-arts standards. Artiste autodidacte au Bénin, nous a permis de nous doter y compris les contemporains. Je ne voudrais pas dire qu’on nous empêche d’étudier l’art, mais au moins cela a fait son chemin. Il y a de bons autodidactes et c’est juste cela que je voudrais célébrer. Sinon il n’y aurait même pas d’artistes ici au Bénin. Il y a de très bons autodidactes au Bénin qui font un travail qui suit la route et qui font parler d’eux dans le monde entier.

A travers votre parcours, on remarque que vous rendez hommage à Manu Dibango, vous vous exprimez à travers plusieurs mediums et vous vous intéressez aussi à la pandémie du Corona. Pourquoi cette particularité ?
Cette particularité s’impose. Vous savez nous sommes dans la société, même si on est reconnus comme plasticien. Nous faisons corps avec nos sociétés. Tout problème lié à notre société, nous concerne également. La pandémie concerne tout le monde. Comment voudrait-on continuer à peindre les coins de salons, les belles scènes de Ganvié, les femmes qui vont au marigot quand on sait qu’en ce moment, nous traversons une période difficile. C’est le rôle aussi des artistes de remarquer que ce qui se passe est d’actualité tout simplement. Hommage à Manu Dibango c’est du singulier, Manu Dibango même est Sud camerounais, mais quand même un des grands musiciens que nous avons connus en Afrique de l’Ouest. Quand la pandémie l’a emporté, modestement, je ne pouvais que le célébrer. Il a été guerrier et à dominé le monde avec son saxophone. C’est des détails simples qui nous honorent et que moi j’ai pris pour lui faire un clin d’œil d’une manière légitime.

Quel est votre rapport avec les statuettes notamment celles représentatives des jumeaux ?
Oui les statuettes des jumeaux, Ibéji au Nigéria, Hoho au Bénin et Wénanvi au Togo et au Ghana, c’est important pour nous. Les Hoho font partie de notre culture. On ne peut pas se dire artiste contemporain africain, de plus béninois et ne pas s’intéresser un tout petit peu à sa culture traditionnelle et endogène. Pour avoir un langage dans le monde universel, on va partir de ce que nous savons faire, de ce qui nous ressemble. On ne peut pas copier une autre culture qui n’est pas la nôtre. Vous savez, le Bénin, c’est une terre de culture. Nous jeunes qui essayons de travailler aujourd’hui, si on regarde un tout petit peu l’avantage, c’est énorme. Autour de nous, nous avons des vestiges formidables. Regardez aujourd’hui nos palais royaux, c’était parti de rien, mais aujourd’hui c’est encore là, les apparats, les objets et même les dentures existent toujours. Les familles sont disciplinées, chacune à son rôle, les Dakpogan et autres. Il y a trop d’héritages, et c’est cet héritage-là qui est important pour les plasticiens d’aujourd’hui. Il faut qu’ils y puisent pour être encore plus forts.
Propos recueillis par : Marina HOUNNOU(Coll.)





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