L’Imam Mamam Tondro Abdoul-Madjid à propos de la Tabaski 2020 : « La fête de cette année sera spéciale en raison de la Covid-19 »

La rédaction 30 juillet 2020

La Tabaski avance à grands pas et les fidèles musulmans se préparent malgré les contraintes liées à la pandémie de la covid-19 qui rendra cette Edition, qui aura lieu le 31 juillet 2020, sera assez spéciale. A travers une interview, l’Imam Mamam Tondro Abdoul-Madjid parle de l’origine de cette fête et des mesures prises par les autorités religieuses afin d’éviter tout risque de contamination.

Qu’est-ce que la Tabaski ?
La Tabaski communément appelée ‘’la fête du sacrifice’’ est l’une des plus grandes fêtes annuelles en Islam. La fête de la tabaski est une fête endogène qui nous vient de notre prophète Braham (Alayhi Salam) et de son fils Ismaël. Il est indiqué que le prophète braham reçu dans ses rêves, l’ordre divin de sacrifier son fils Ismaël. Ayant été élevé dans la foi, le fils Ismaël accepte d’être immolé par son père. Mais au moment où il tentait d’égorger son fils, l’ange Jibril(Gabriel) lui substituait au dernier moment l’enfant par un bélier. Ce bélier a été une source de joie et de fête entre la famille et les voisins ainsi que les amis. C’est ainsi qu’est née la fête de la Tabaski que nous célébrons chaque année. Pour mieux l’illustrer, référons-nous à la sourate 37 versets 107 où Allah (S.A.W) nous dit : « Nous rachetâmes l’enfant par un bélier considérable ».

Que gagnent les fidèles musulmans à la célébration de la fête de la Tabaski ?
La tabaski est une fête qui concerne tous les fidèles musulmans du monde entier sans exception. C’est un moment de joie, de distraction et aussi de retrouvailles annuelles. Elle est très importante pour les fidèles musulmans. En Islam, il existe plusieurs retrouvailles. Entre autres, nous avons les retrouvailles quotidiennes qui se font 5 fois par jour. C’est à dire les retrouvailles aux mosquées pour les prières quotidiennes. Ensuite, les retrouvailles hebdomadaires qui se déroulent par semaine précisément les vendredis. Enfin, les retrouvailles annuelles qui s’observent une fois l’an, le jour de Ramadan et le jour de la Tabaski. Le jour de la Tabaski est une retrouvaille annuelle pour tout le monde mais particulierement pour ceux qui vont immoler un bélier. Pour ceux qui veulent immoler un bélier, chaque poil du bélier représente l’accomplissement d’une bonne œuvre pour le fidèle, parce que ça fait partie des actes d’adoration et de dévotion. C’est la sunna, autrement dit les pratiques du prophète Mohamed (S.A.W). Cependant, le sang qui coule du bélier après l’avoir immolé, est estimé d’Allah, donc c’est une miséricorde, l’esprit de partage, une bénédiction que gagnent les fidèles. Pendant les fêtes principalement la fête de Tabaski, il y a ce qu’on appelle l’esprit de partage qui est très recommandé. Le bélier immolé est divisé en 3 parties selon les prescriptions du prophète Mohamed (S.A.W). C’est le tiers seulement qui revient à la famille de celui qui a immolé le bélier. Les deux tiers reviennent aux amis et aux voisins, peu importe leur religion. Cela prouve combien de fois ces moments valorisent l’esprit de partage. Ce partage permet aussi à tous les mendiants, sans-abris, voisins, démunis, amis de jouir et de bénéficier de ces moments magiques.

La Tabaski se rapproche-t-elle qu’une fête chrétienne ?
La Tabaski ne se rapproche d’aucune fête chrétienne. Il est vrai que la bible a fait mention de l’histoire du prophète Braham, mais ce n’est pas une fête chez les chrétiens contrairement aux musulmans.

Quelles sont les prescriptions du prophète Mohamed (S.A.W) par rapport à la Tabaski ?
Les prescriptions du prophète par rapport à cette fête de la Tabaski regroupent plusieurs facteurs. Dès les premiers moments de la fête, le prophète (S.A.W) a dit : « Lorsque vous apercevez le croissant lunaire de Dhoul-Hijji et que l’un d’entre vous veut faire le sacrifice, qu’il n’enlève rien de ses cheveux ni de ses ongles ». Cet extrait relève les interdictions posées par le prophète pour le bon déroulement de l’immolation. A partir de la veille, il nous est recommandé de multiplier les invocations liées à la fête parce qu’en ce temps, il y a des pèlerins qui sont à la Mecque et qui doivent faire la station à Arafat. Notons que cette année sera vraiment particulière, parce qu’il n’y aura pas de Hadj à la Mecque à cause de la pandémie de la Covid-19. Cela n’exclut pas l’organisation de la Tabaski au niveau de chaque localité. Le choix de l’animal repose sur quelques conditions. L’immolation de n’importe quelle bête n’est pas permise. Il doit être en forme et sans blessure, doit être âgée de 1 an pour un bélier, de 2 ans pour un bœuf et de 4 ans pour un chameau. Nous devrons noter que l’immolation d’une bête est une prescription divine pour ceux qui ont les moyens. Cette immolation se déroule sur un intervalle de trois jours pour permettre à ceux qui n’ont pas pu le faire le premier jour de se rattraper le deuxième ou le troisième jours. Cette bête est divisée en trois parties comme nous l’avions évoqué précédemment.

Certains pensent qu’immoler un mouton est une obligation. Qu’en dites-vous ?
Ce n’est nullement une obligation pour ceux qui n’ont pas les moyens. Il n’y a rien qui le mentionne dans le Saint Coran de façon stricte. C’est une obligation uniquement pour ceux qui ont les moyens. Cependant, certaines personnes s’endettent pour se procurer un bélier, ce qui n’est point recommandé. Il est conseillé de faire avec les moyens que l’on possède, mais dans le cas contraire, de laisser jusqu’au moment où Dieu facilitera les choses. Ne soyez pas étonné de voir vos voisins musulmans qui n’immolent rien comme bête parce que ce n’est pas une contrainte.

Dans le contexte de la propagation de la Covid-19, comment pensez-vous célébrer la fête de la Tabaski ?
La célébration de la tabaski cette année sera une fête spéciale, car nous veillerons aux respects stricts des mesures de préventions prescrites par le gouvernement dans nos lieux de culte. Le port des masques sera rigoureusement contrôlé avant l’accès à nos mosquées. Les dispositifs de lavages des mains seront à l’entrée et les fidèles vont se désinfecter avec les gels hydroalcooliques. La distanciation de 1 mètre sera observée en ce moment de prière, ce qui n’était pas le cas à l’accoutumée. Egalement, il y aura l’absence des différents regroupements festifs que les fidèles musulmans avaient pour coutume de faire lors des précédentes fêtes, parce que presque tout le monde a compris la gravité de la situation. Il y aura également la réduction des visites. Beaucoup vont réduire les visites non obligatoires, surtout au niveau des amis ou du voisinage. Chacun restera chez lui et fêtera en famille comme nous l’avions constaté lors de la fête de ramadan précédente. Le regroupement avec nos entourages était des prescriptions de l’Islam. Mais nous voilà face à la pandémie de la Covid-19 qui nous empêche d’exercer librement nos coutumes et de vivre l’ambiance et les temps forts de cette fête.

Votre mot de la fin.
Je voudrais juste souhaiter une bonne fête par anticipation à toute la communauté musulmane du monde entier en général et du Bénin en particulier. En ce qui concerne les mesures de préventions, j’exhorte tous les fidèles à respecter les mesures barrières afin de réduire tout risque de contamination. Le prophète Mohamed (S.A.W) nous a dit : Si nous avions la possibilité de nous abstenir, de ne même pas aller là où la maladie sévit ou les endroits où nous pouvons le contracter. Il faut que nous prenions conscience que la maladie existe vraiment et qu’elle fait des ravages. C’est ce qui nous oblige à respecter les mesures de préventions édictées par les autorités de notre cher pays le Bénin.
Propos recueillis par : Falilathou ABDOULAYE (Stag.)





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