Orientation budgétaire 2021 au Parlement : Wadagni dissipe les inquiétudes des députés sur la dette

La rédaction 30 juin 2020

"...À titre personnel, je prends le cas d’un individu qui gagne 100.000 francs par mois et qui prend un crédit pour 1 million à 10% d’intérêt. On lui propose de prendre ce crédit sur un an. Ceci implique un remboursement d’à peu près 91. 000 voire 92.000 francs par mois. Il a 100.000 francs par mois et il doit rembourser plus de 90.000 par mois. Vous voyez que c’est difficile et ce n’est même pas soutenable pour lui. Mais le même montant de 1 million, si on lui dit de rembourser sur 5 ans, ça lui fait un poids de 20.000 f par mois qui tout de suite devient soutenable.

C’est ça le premier paramètre de la dette. Quelle est sa durée ? Quel est son taux ? Et quelle est la cohérence de ces paramètres par rapport à quoi l’argent a servi ? Si celui qui prend un million, c’est pour construire une unité de production qui va fabriquer des choses, développer et créer de la richesse, on va lui faire le crédit sur cinq ans. Vous voyez que ça devient une dette soutenable. Mais s’il prend un million pour faire la fête, et à rembourser dans un an, il se tue. Donc par rapport au débat sur la dette, il faut toujours se poser ces deux questions : à quoi ça sert et quelle est la qualité de la dette ? S’agissant du budget de l’Etat, pour montrer que l’Etat ne prend pas de la dette pour faire n’importe quoi, je propose de regarder la structure du budget.

Depuis 2016, il y a un fait que nous essayons de respecter. C’est-à-dire que sur 100% de dépenses, on s’assure que ce que nous dépensons pour faire fonctionner l’État, payer les salaires, payer les pensions, faire fonctionner les institutions ne dépasse pas la moitié du budget mais que l’autre moitié soit consacrée à l’investissement. Globalement quand l’Etat dépense 100f, au moins 50 vont à de la création de richesse, à de l’investissement. Et dans le même temps, le montant de la dette que nous avons chaque année en nominal est inférieur aux taux d’investissement. Ça veut dire que quelque part, nous ne prenons pas de la dette pour payer les salaires, ou faire des dépenses générales. La deuxième chose qu’il faut voir sur la qualité de notre dette, c’est que le Bénin en 2018 a été le premier pays à faire l’opération de reprofilage. J’étais venu l’expliquer ici.

Nous avons pris une garantie de la banque mondiale qui se proposait de nous donner 50 millions de dollars en direct. Nous avons dit non. Nous allons prendre ces 50 millions mais sous forme de garantie et faire ce qu’on appelle un levier. C’est-à-dire au lieu de prendre les 50 millions en cash, nous avons pris une garantie de quatre fois le montant, donc 200 millions de dollars. Nous sommes allés lever de la dette à peu près 15 ans à 2% pour remplacer la dette qui était à 7,8%. Et ça, c’est le Bénin qui a eu le génie de le faire. Personne ne l’a fait avant et nous, on l’a fait avec la garantie de la banque. Alors quand vous voyez en 2018, il y a eu une grosse dette qui est entrée mais personne ne regarde la dette qui sort. Donc il faut raisonner en termes de net. Ce n’est pas le montant qu’on regarde, le Bénin vient de lever encore 10 milliards, 50 milliards... Quelle est l’évolution nette parce que bien souvent, nous faisons des opérations pour améliorer la qualité de notre portefeuille de dettes. Nous allons chercher de l’argent moins cher pour rembourser les dettes qui sont là et qui sont chères.

Donc ça c’est des éléments qu’il faut garder en tête. Maintenant par rapport au taux de dettes, bien entendu il y a des critères de convergence qui fixent les seuils à 70. Je vous ai dit en commission la semaine passée que nous, nous ne voulons même pas dépasser les 50. Nous disons ça en même temps si à un moment donné il y a crise, il y a nécessité d’investir pour nos populations, nous allons dépasser les 50. Parce que s’il faut choisir entre la vie et investir, nous allons toujours choisir la vie.
Et c’est ce que nous faisons dans ce budget. On avait un budget qui faisait un déficit à rembourser de 3%, la Covid19 est là, nous allons dépenser pour répondre aux besoins de nos populations parce qu’à un moment donné, il y a les chiffres mais il y a la réalité. Le plus important une fois encore, c’est à quoi sert cette somme qu’on lève ? Quand vous regardez la croissance de la production de richesse, le volume de richesse fixé au Bénin en 2015, n’est pas comparable. A un moment donné, nous avons révisé le PIB, le paramètre qui évalue combien de volume de richesse est produit au plan national, donc avec la nouvelle méthode, on a revu tous les calculs. En 2015, on avait à peu près 6700 milliards de PIB. En 2019, nous sommes arrivés 8400 milliards de PIB. Ça veut dire que sur 4 ans, on a créé 1700 milliards de plus de richesse.

Nous sommes à 10%, la norme communautaire est de 20%. C’est à dire que quand vous créez un centre de richesse, la norme communautaire demande qu’on prélève jusqu’à 20 % mais on en prélève 10%. Sur 1700 milliards de richesses nouvelles créées en 4 ans, il y a eu 10 % de prélèvement. Cela fait 170 milliards. Donc c’est 170 milliards de capacité de remboursement de dettes aussi. Plus votre capacité de remboursement augmente, vous avez des besoins et vous ne pouvez pas dire oui, je vais rester et ne pas faire des investissements parce que j’ai peur.
Donc, voilà des éléments que je voulais donner sur la dette pour dire que nous sommes très conscients qu’il faut faire attention à la dette. Nous avons des critères de gestion encore plus stricts que les critères de convergence en matière d’endettement et nous veillons à ce que les dépenses courantes soient ajustées pour que ce que nous mettons dans la dette aille à l’investissement et non pas pour payer les dépenses de fonctionnement général.

Ça c’est notre principe. Mais je peux vous dire qu’à un moment donné, s’il y a crise, nous allons prendre dans la dette pour régler les dépenses de l’État au besoin parce que n’oublions pas que derrière les chiffres, il y a des hommes et nous avons à cœur de veiller à ce qu’un épanouissement de la population soit assuré. On a eu trois années pour vraiment ajuster et on était bien lancé pour mettre l’accent sur le social. Malgré le contre coup de la Covid19, vous avez vu les mesures que nous avons annoncées il y a deux semaines. 74 milliards. Nous avons encore d’autres mesures qui vont venir parce qu’à la fin, c’est le bien-être des populations que vous représentez qui compte. Je vous remercie."





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