Professeur Ibrahim Yekini au sujet de la réforme sur la décentralisation : « Les investisseurs seront plus rassurés, …le pouvoir central a un regard sur leurs investissements »

24 septembre 2021

L’un de sujets qui font l’actualité au Bénin depuis quelques jours est la réforme sur la décentralisation présentée aux Maires et Préfets en présence du Chef de l’Etat, le président Patrice Talon. Pour beaucoup, il s’agit d’un pan du volet social du programme d’actions du gouvernement. C’est le cas de Ibrahim Yèkini, Maître-de conférences à l’Université d’Abomey-Calavi (UAC) et Directeur adjoint de l’Ecole normale supérieure à Porto-Novo. Dans une interview accordée à votre journal, l’homme donne son appréciation et s’explique.

Le 23 mai dernier, dans son discours d’investiture pour son second quinquennat, le président Patrice Talon disait que ce second mandat sera ‘’hautement social’’. Après quelques mois, est-ce qu’il y a des signes annonciateurs de la tenue de cette promesse ?
D’abord, qu’il me soit permis de dire que le premier mandat du président Patrice Talon à la tête du pays a été un succès. Un programme d’actions a été mis en œuvre et a connu de grands succès sur les plans des infrastructures sociocommunautaires, de l’économie, des réformes politiques et structurelles, judiciaire avec la création de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) et bien d’autres domaines. Ce qui a été promis a été globalement fait. Je pense que tout le monde est d’accord sur ce point. Le seul point sur lequel beaucoup s’attardent à tort ou à raison, c’est le social. Mais tout dépend de ce que chacun met dans le volet social. Ce que je puis dire, c’est que le gouvernement de la rupture n’a jamais cessé d’œuvrer pour le social. S’il dit que le second mandat sera hautement social, c’est sûrement parce qu’il a l’intention d’améliorer ce qu’il a entamé depuis 2016. Il faut donc le croire puisqu’il a déjà fait ses preuves dans d’autres secteurs. Vous n’êtes pas sans savoir que nos villes changent de visage. Presque tout le pays est en chantier et ça va se poursuivre. Il fallait s’attaquer aux grands chantiers d’abord.

Quelle est votre approche du social dans un pays comme le Bénin ?
Le social est ce qu’il y a de plus facile pour un Chef d’Etat. Il suffit d’avoir un programme adapté aux réalités socioéconomiques du pays.

Que mettez-vous dans un ‘’programme adapté’’ ?
Notre pays le Bénin n’est pas riche comme les pays occidentaux ou les ‘’Dragons d’Asie’’. Notre économie est fiscale et il faut remercier le gouvernement pour les différents efforts consentis pour la stabilité de l’économie. Si vous vous souvenez très bien, le Nigeria a fermé ses frontières terrestres avec le Bénin pendant plus d’une année, mais cela n’a pas empêché le gouvernement de payer les salaires. Le gouvernement arrive même à créer des emplois. Prenez l’exemple de ces jeunes enseignants aspirants recrutés dans nos collèges, c’est du social puisque cela permet à chacun d’eux d’avoir son premier emploi. Donc, lorsque je parle de programme adapté, c’est de tenir compte des ressources disponibles et des opportunités qui s’offrent aux couches les plus vulnérables. L’autre chose qu’il faudra intégrer dans nos mentalités est que l’Etat crée les conditions favorables pour le secteur privé pourvoyeur d’emplois. Le président Patrice Talon y va avec méthode.

Lorsque vous parlez des enseignants aspirants, est-ce que cela concerne ceux que vous formez dans les écoles normales ?
Vous posez là un problème qui me tient à cœur. Nous pensons qu’il faudra bien faire une différence entre les enseignants aspirants et ceux que nous formons dans les écoles normales. En tant qu’enseignant de l’Ecole normale supérieure de l’Université d’Abomey-Calavi, lorsque je forme des gens, c’est qu’ils soient directement aptes à exercer sur le marché de l’emploi. L’aspiranat qui est proposé n’est pas ce que nous aurions souhaité. Ceux qui sortent de nos écoles n’aspirent pas au métier d’enseignants. Ils sortent enseignants. Notre souhait est qu’on puisse les recruter directement. On peut continuer l’aspiranat pour les autres quitte à les envoyer dans les écoles pour le renforcement de capacités.

L’actualité, c’est plusieurs sujets dont la réforme sur la décentralisation. Cela fait environ un an que les nouveaux conseils municipaux sont installés. Que pensez-vous du bilan de la gestion des Maires ?
Je dois vous dire sans ambages que ce n’est pas ce qu’on attend d’eux. En dehors de quelques villes comme Porto-Novo qui arrivent à entretenir les infrastructures réalisées à coût de milliards de Fcfa, c’est la déception. On ne sait même pas si les Maires existent dans certaines Communes. Il n’y a pas de politique de communication sur les actions. Heureusement que le président Patrice Talon a vu juste en entreprenant la réforme sur la décentralisation.

Justement. Quelle est votre appréciation du contenu du document présenté aux Maires et aux Préfets le mardi 21 septembre dernier en présence du Chef de l’Etat ?
Je dois vous avouer que je n’ai pas lu le document. Mais à partir de ce que nous avons eu à travers les médias, je dirai que le président Patrice Talon est l’homme qu’il faut pour le développement de ce pays. Lorsqu’on vous dit que le Maire ne sera plus l’ordonnateur du budget, qu’il y aura plutôt un Secrétaire exécutif comme ordonnateur, qu’il y aura un Fonds d’investissement en remplacement du Fonds d’Appui au développement des Communes (FAdec), je ne peux qu’applaudir.

Quel avantage pensez-vous que les populations pourront tirer de cette réforme ?
Votre préoccupation renforce mes dires au sujet de la capacité du Chef de l’Etat à régler le problème du social. Lorsqu’un Maire et ses conseillers savent qu’il existe un fonds d’investissement, je crois que leurs ambitions pour le développement de leur Commune à travers des projets qui impactent positivement les populations deviendront des réalités. Il existe des Communes à fortes potentialités économiques, mais qui manquent de ressources financières pour les investissements. L’autre chose est que des investisseurs seront beaucoup plus rassurés parce qu’ils savent désormais que le pouvoir central à un regard sur leurs investissements dans ces Communes ; une garantie donc. La réforme sur la décentralisation participe au développement du volet social du programme d’actions du gouvernement.

Quels sont vos regrets par rapport à cette réforme sur la décentralisation ?
Je ne parlerai pas de regret. J’aurais souhaité que l’on aille vers la création des agglomérations de Commune pour une mutualisation des ressources. Quand on parle du Grand Nokoué, c’est déjà un exemple, mais il faut aller au-delà. Il y a des Communes qui n’ont plus de raison d’exister. Elles ne disposent pas de ressources susceptibles de leur permettre de se développer concrètement au point de maintenir les bras valides sur place. Cela peut se comprendre quand on se souvient des tensions enregistrées lors du choix des chefs-lieux des nouveaux départements. Allez dire aujourd’hui aux populations d’une Commune qu’elle sera fusionnée à d’autres, imaginez les conséquences. Nous devons donc faire confiance au gouvernement pour le développement de nos différentes Communes.

Votre mot de la fin
Je vous remercie pour l’opportunité que vous nous offrez pour se prononcer sur l’actualité nationale. Je voudrais profiter de l’occasion pour inviter mes compatriotes à la sérénité. Nous avons besoin de développer ce pays et rien ne sera possible sans un peu de sacrifice. Nous avons surtout besoin d’un climat de paix pour swla concrétisation des différentes réformes entreprises par le gouvernement. C’est en cela que je salue le rapprochement entre le président Patrice Talon et son prédécesseur Boni Yayi à la faveur de la rencontre de ce mercredi 22 septembre 2021 au Palais de la République. Cela est gage d’un dégel du climat délétère entre la mouvance et l’opposition.
Propos recueillis par Karim Oscar ANONRIN





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