Journée internationale de la femme, édition 2024 : Le message de Huguette Bokpè Gnacadja

Patrice SOKEGBE 8 mars 2024

La communauté internationale célèbre ce jour la Journée internationale de la femme (2024), et l’Institut national de la femme (Inf) n’est pas resté en marge de cet évènement. Selon Huguette Bokpè Gnacadja, cette journée dont le thème est intitulé : « Investir en faveur des femmes : accélérer le rythme », est célébrée dans un contexte assez particulier. Il s’agit des conflits géopolitiques, des crises humanitaires, de la forte recrudescence de la pauvreté marquée par des inégalités socio-économiques croissantes et des impacts persistants de la pandémie de COVID-19, ou l’aggravation des effets du changement climatique, menaces liées à la cyber sécurité et des menaces terroristes avec leurs migrations forcées, etc. Face à cette situation, il est urgent d’investir dans la facilitation de leur accès aux marchés locaux, nationaux et internationaux, d’investir dans leur accès aux ressources matérielles, d’investir dans la santé et l’éducation et dans la protection des droits des femmes et des filles et leur accès à la justice en cas de violation de ces droits.

Allocution de la Présidente de l’Inf lors de la célébration de la JIF 2024

Chers participants

Le thème de la célébration de la journée internationale de la femme pour cette année est : Investir en faveur des femmes : accélérer le rythme
Le besoin d’accélérer le rythme provient du fait que le monde est en état d’urgence.
Conflits géopolitiques, crises humanitaires, forte recrudescence de la pauvreté marquée par des inégalités socio-économiques croissantes et les impacts persistants de la pandémie de COVID-19, ou aggravation des effets du changement climatique, menaces liées à la cyber sécurité, menaces terroristes avec leurs migrations forcées, etc.
Ces situations affectent gravement les femmes et les filles, en exacerbant la violence domestique, en accroissant leur vulnérabilité aux violences sexuelles et aux abus, en provoquant la réduction ou la perte de moyens de subsistance.
Investir dans les femmes en allant encore plus vite est devenu un impératif, et c’est investissement doit toucher plusieurs domaines simultanément.

J’ai passé la semaine dernière à Dassa, dans le département des collines, où j’ai effectué une mission ; en marge des travaux j’ai réuni les femmes qui y avaient participé, parce que je voulais m’intéresser à leur quotidien ; certaines m’ont confié qu’elles étaient productrices de gari, qu’elles fabriquaient au coco, au miel, et à d’autres goûts ; elles cultivent un champ de manioc et ensuite le transforment mais elles n’ont plus de marché d’écoulement ; « les gens n’achètent presque plus, donc on produit mais on ne vend pas » m’ont-elles dit.
Deux femmes m’ont dit que leur problème était différent en ce qu’elles avaient du manioc en attente d’être transformé parce qu’elles manquaient d’outils et avaient épuisé leurs économies ; elles ont besoin de presses, de marmites de cuisson, de râpeuses, de bassines.
• Pour les premières femmes, il est urgent d’investir dans la facilitation de leur accès marchés locaux, nationaux et internationaux en leur fournissant des informations sur les opportunités commerciales, en les reliant à des réseaux d’affaires, et en leur offrant un soutien pour la commercialisation de leurs produits, et pour leur participation à la chaîne de valeur.
• Pour les deux autres il est également impératif d’investir dans leur accès aux ressources matérielles, notamment des équipements, pour qu’elles puissent poursuivre le développement de leur activité économique.
• Si on investit également dans l’accès de ces femmes aux technologies de l’information et de la communication, qu’on leur offre un appui institutionnel pour renforcer leurs capacités de productrices, qu’on leur apprend à développer des marques et des labels de qualité, on va leur permettre de bénéficier d’opportunités économiques durables.

A l’INF nous recevons tous les jours des femmes abimées par les violences domestiques, conjugales, en milieu de travail ; celles qui sont économiquement vulnérables ont d’abord besoin d’une autonomisation émotionnelle, psychologique, d’une sortie de l’emprise et de l’ignorance qui leur fait croire qu’elles n’ont pas le choix de refuser de subie la violence ;
• Pour nous il est clair que l’heure est à l’investissement dans le renforcement des compétences et de la résilience des femmes par la formation, le mentoring, le coaching, le soutien, la documentation numérique sur les questions de découverte de soi, de compétences personnelles et professionnelles, d’estime de soi, de confiance en soi, d’intelligence émotionnelle, dans des formules intégrant leurs contextes culturels.

L’intensification de l’investissement doit aussi gagner les domaines prioritaires suivants :

• L’éducation qui doit intégrer des programmes d’éducation non formelle, le soutien à la réintégration scolaire, un accompagnement psychosocial, un soutien familial et communautaire qui implique les familles, les communautés et les leaders locaux dans la promotion de l’éducation des filles ; l’emploi et l’entrepreneuriat féminin, la formation professionnelle et technique, l’employabilité des jeunes ; l’accès à la technologie et à l’innovation, le développement des compétences professionnelles, entrepreneuriales et financières des femmes et des filles.

• La santé, en termes d’accès des adolescents, des jeunes et des femmes à des informations et des services de santé sexuelle et reproductive qui réduise l’exposition à la violence sexuelle, aux grossesses précoces ou non désirées, en termes de prise en charge la santé mentale.

• La protection des droits des femmes et des filles et leur accès à la justice en cas de violation de ces droits ; c’est la mission principale de l’INF et nous sommes heureux de savoir que nous disposons désormais d’un outil performant que constitue la plateforme SIDOFFE de l’OFFE, dans sa forme actualisée à l’initiative de Mme la MASM, qui compte maintenant 342 indicateurs désagrégés par sexe et par âge au lieu de 144, dont 120 adressent les questions de VFF et de VBG, et plusieurs domaines innovants ;

• Le renforcement du leadership et de la participation des femmes à la vie politique, économique et sociale, au niveau national comme au niveau local. Dans la perspective des prochaines élections nous investissons ensemble avec le caucus des femmes parlementaires, des PTF, des institutions ayant de l’expertise, des ONG fortement motivées à l’élaboration d’un plaidoyer avec des propositions cohérentes pour une plus grande présence des femmes dans la gouvernance locale.

• Le soutien aux femmes et aux communautés dans les zones frontalières qui surmontent des défis sécuritaires, au moyen de la garantie de la sécurité des élèves et autres apprenants pour un accès sans danger à l’école et dans les lieux de formation ou d’apprentissage, de programmes d’éducation non formelle, de l’autonomisation économique pour aider les femmes à maintenir un minimum d’activités génératrices de revenus, de participation des femmes dans les processus de prise de décision au niveau local, le développement de la résilience communautaire.

Telle est notre vision de la nécessité d’investir de façon accélérée dans les femmes sur laquelle nous nous invitons à réfléchir. Cette vision me semble bien pouvoir être mise en lien aussi bien avec notre Plan National de Développement 2018-2025 (PND), qu’avec le PAG2, et je l’affirme avec un sentiment de confiance que cela est possible, puisque la volonté politique favorable est présente et palpable.
J’exprime ma conviction que pied à pied nous y arriverons et termine mon propos par un souhait :
Seul on va peut-être plus vite, mais ensemble, on va loin ; alors Mme la Ministre des Affaires Sociales et de la Microfinance, chers partenaires techniques et financiers, chères alliées ONG, et vous les hommes qui nous soutiennent, vous tous participants qui croyez en l’œuvre commune à la réalisation de laquelle nous sommes tous attelés, pour aller loin, restons ensemble.
Je vous remercie



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